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Histoire du Japon (5) : Le pouvoir des Shoguns

Minamoto1185. Le clan Taira a été défait, et le clan Minamoto se trouve désormais le plus puissant de l'archipel. La toute-puissance du clan Taira et sa mainmise sur les affaires de l'Etat ne sont plus qu'un souvenir. Néanmoins, le conflit a démontré la prééminence que le pouvoir militaire avait pris sur l'autorité impériale. Longtemps considérés comme de simples serviteurs du pouvoir, les samouraï commencent à former une sorte de caste guerrière, jouant un rôle de plus en plus important. Cet état de fait est consacré par une décision impériale peu après la victoire des Minamoto: accorder à Minamoto no Yoritomo le titre de Seii Tai Shogun, lui confiant ainsi les rênes du pouvoir. 

 

L'ère Kamakura (1185-1333)

L'ère Kamakura débuta en 1185, lorsque Minamoto no Yoritomo, premier shogun depuis des siècles, établit le siège de son gouvernement dit du bakufu (gouvernement de la tente, en référence au fait que les chefs militaires y détenaient le pouvoir) à Kamakura, à une cinquantaine de kilomètres de l'actuelle Tokyo. Comme pour tout nouveau régime, la première chose que fit Yoritomo fut de consolider sa puissance. Il créa trois ministères essentiels à la gouvernance de l'état. Le premier gérait les finances et l'administration. Le second rendait ala justice en tant de paix et organisait la levée des troupes chez les vassaux du shogun entemps de guerre. Le denier s'assurait de la bonne application des decisions du shogun.

L'autre source de pouvoir du shogunat de Kamakura venait des terres sous son contrôle. Après la défaite des Taira, de nombreuses terres dans le centre et l'Ouest du Japon passèrent sous le contrôle des Minamoto, via confisquation. Les Minamoto distribuèrent ensuite ses terres parmi ceux qui allaient devenir leur vassaux, s'assurant ainsi leur loyauté. Ce fut la naissance du système féodal, et de la caste des samouraï, composée des propriétaires terriens et de leurs vassaux ayant juré fidélité, et combattant pour leur seigneur.

Shogun KamakuraAlors qu'il établissait ce nouveau système, Yoritomo se trouva contraint de lutter contre ceux qui resistaient à ces changements. Le clan Fujiwara, possédant la majeure partie des terres du Nord du Japon, etait très ancré dans les valeurs traditionnelles, . Ils considéraient considérait les Minamoto comme des arrivistes qui mettaient en danger le pouvoir impérial lui même. Par ailleurs, les Fujiwara refusaient de devoir rendre des comptes à ceux qu'ils voyaient comme des rivaux. Finalement, la situation dégénéra jusqu'à l'éclatement d'une nouvelle guerre civile, bien plus rapide que la précédente, qui se solda en 1189 par la défaite de Fujiwara no Yasuhira et la fin du pouvoir des Fujiwara, qui ne s'en relevèrent jamais.

A la mort de Yoritomo, dix ans plus tard, en 1199, le paysage politique du Japon était méconnaissable. Si la vieille cour impériale se tenaient toujours à Kyoto, les nouvelles familles de propriétaires terriens vassales des Minamoto s'étaient regroupées à la cour de Kamakura. Pour la première fois, il y avait deux véritables centres de pouvoir au Japon.

Néanmoins (je crois que l'adverbe est mal choisi, j'aurais dit "Mais"), la mort de Yoritomo est également le début de la fin pour les Minamoto. Les dissenssions internes qui s'étaient déjà manifestées durant la guerre contre les Taira reprirent avec virulence. Son fils Yoriie lui succède à la tête du clan, mais il se révèle incapable de maintenir la mainmise des Minamoto sur le shogunat. Un clan guerrier, les Hôjô, mit alors la main, dans les premières années du 13e siècle, sur le poste de Régent (Shikken), et créa les postes de Tokuso et Renshô, des titres normalement honorifiques, mais qui leur servirent à dépouiller les shogun Minamoto de leurs prérogatives. Les Hôjo étaient de facto les nouveaux maîtres du pouvoir shogunal.

Bien que la position de shogun ait été créée en l'honneur de ceux qui défendaient le pouvoir impérial, le shogun en était venu peu à peu à empiéter sur le pouvoir de l'empereur. En 1221, L'empereur Gô-Toba déclara le second régent Hojo, Yoshitoki, hors la loi, et partit en guerre contre le pouvoir shogunal. Le clan Hojo et ses alliés écrasèrent les forces impériales en moins d'un mois, exilant Gô-Toba et ses fils. Cette révolte porte le nom d'incident de Jokyû, et marque la fin du pouvoir impérial, l'empereur étant réduit à un rôle symbolique.

Fort de leur succès, les dirigeants Hojo établirent un nouvel instrument politique en 1225, le Conseil d'Etat, où siégeaient les autres seigneurs, partageant le pouvoir judiciaire et législatif. Ce partage de pouvoir ne diminuait en rien l'importance du shogun et du régent, et leur permettait de donner aux autres clans la possibilité d'exercer une partie du pouvoir, réduisant les risques de coup d'état. En 1232, un nouveau code légal fut établi: contrairement aux règles en vigueur jusque là, entièrement basée sur les théories de Confucius, ce code, le Goseibai Shikimoku, était focalisé sur la création de lois et de peines précises en fonction des crimes, et dépourvu de toute portée philosophique, tout en étant bien plus clair et plus pratique d'usage.

Go DaigoPendant environ un demi-siècle, les régents Hojo conservèrent le pouvoir sans que rien ne menace de les en déposséder. Jusqu'à ce que débute en 1274 la première invasion du Japon par les armées mongoles. . Depuis 1268, une nouvelle dynastie s'était établie en China, la dynastie Yuan, fondée par les mongols de Kublai Khan. Ce dernier entendait ajouter le Japon à la liste de ses vassaux, et leur envoya un ultimatum les sommant de se soumettre et de payer tribut. Ultimatum immédiatement rejeté par les régents Hojo. En 1274, une flotte de 600 navires, transportant environ 23000 mongols, chinois et coréens, équipés d'armes inconnues au Japon, telles les grenades, les fusées à combustibles,...débarquèrent dans le Nord de Kyushu. Les samouraï perdirent rapidement du terrain, peu habitués aux formations de groupe employées par les officiers mongols. Mais moins d'une journée après le débarquement, la flotte mongole fut ravagée par un typhon. Kublai Khan lança une seconde invasion en 1281, mais après un débarquement apparemment réussi et quelques semaines de combat à Kyushu, une nouvelle fois la flotte fut détruite par un typhon. Les prêtres shinto japonais appelèrent ces typhons les kamikaze, les vents divins, venus défendre le Japon contre les envahisseurs étrangers. Il est cependant probable que les typhons ne soient pas la seule cause de la défaite de Kublai. Les restes de navires retrouvés sur les lieux montrent de nombreux défauts...on estime en fait que les contructeurs navals chinois et coréens, espérant secouer le joug mongol, on construit des navires adaptés à la navigation fluviale, et non à la haute mer, encore moins à la tempête. De nombreux navires ont donc coulé là où des navires à coque plus adaptée auraient résistés.

Les invasions n'avaient pas laissé l'archipel indemne. Le coût financier de la levée des troupes et des préparations de défense avait mené à de nouvelles taxes, et la régence Hojo était de moins en moins populaire. Pour aggraver la situation, des bandes de rônin, des samouraï sans maître qui tombaient dans le brigandage pour survivre, commencèrent à semer le trouble à travers tout le pays. Pour tenter d'éviter le pire, les Hojo affaiblirent plus encore le pouvoir impérial en créant une seconde cour. La Cour du Nord et la Cour du Sud, issues de deux branches différentes de la famille impériale, étaient censées regner en alternance, ce qui aurait réduit davantage l'influence restante de l'empereur. Si cette solution fonctionna pendant quelques décennies, en 1331, l'Empereur Go-Daigo de la Cour du Sud monta sur le trône, avec la ferme intention de se débarasser des régents Hojo et du shogunat. Les Hojo affrontèrent les forces loyales à l'empereur, mais furent défaits suite à la trahison de la famille Ashikaga, menée par Takauji, qui conduisit à la dispersion puis à la débandade des forces shogunales. En 1333, l'Empereur Go-Daigo rétablit le pouvoir impérial, pour une courte période appelée Restauration Kemmu.

La Restauration Kemmu (1333-1336)

Le succès de sa révolte permet à Go-Daigo d'atteindre son principal objectif: reprendre le pouvoir au shogunat et pouvoir véritablement gouverner sans avoir à tenir compte des militaires de Kamakura. Mais la restauration Kemmu fut de courte durée, principalement à cause d'une erreur stratégique de la part de l'empereur.. Ce dernier s'était cru soutenu par une grande partie de la classe des samouraï, et par les clans et famille militaires dites "loyalistes". En fait, les samouraï et clans loyalistes ne s'étaient pas tant engagés dans la révolte en soutient à l'empereur que pour mettre fin à la domination des Hojo. Résultat, après le rétablissement de l'empereur en tant que véritable dirigeant, Go-Daigo négligea de récompenser ses alliés, qu'il pensait acquis à sa cause. En omettant de rétribuer les samouraï, il perdit leur soutien, et bientôt de nouveaux troubles secouèrent le pays.

Takauji AshikagaPar ailleurs, la majeure partie la classe guerrière est mécontente de ce qu'elle voit comme de l'ingratitude, les grandes familles militaires s'inquiètent des initiatives de l'empereur, qui souhaite rétablir un pouvoir purement composé de civils. On assiste à de violents affrontements politiques, particulièrement entre le prince Morinaga, descendant de l'empereur, et Takauji, chef de clan Ashikaga, chacun essayant de placer ses fidèles à des postes stratégiques. Peu à peu, Takauji parvint à se démarquer, et à se présenter comme le leader, le représentant des samouraï. Finalement, il fait emprisonner Morinaga sous prétexte de trahison et le fit emprisonner à Kamakura en 1335. Cette année là, un évènement innattendu lui donna l'occasion dont il avait besoin. Un survivant de la régence Hojo, Tokiyuki, se révolta et parvint à reprendre temporairement le contrôle de Kamakura. Avant de devoir quitter les lieux, le gouverneur nommé par les Ashikaga ordonna l'exécution de Morinaga, de manière à faire retomber la faute sur les Hojo. Takauji demanda alors à l'empereur de lui accorder le titre de shogun pour qu'il mette fin à la révolte. Malgré le désaccord de Go-Daigo, Takauji quitta tout de même Kyoto pour Kamakura, et mit fin à la révolte Hojo. Lorsque l'empereur le somma de revenir, il répondit qu'il n'en avait aucune intention. A ce moment, il était clair que Takauji et les Ashikaga refusaient d'appliquer les ordres de l'empereur, et avaient prit la direction de la région de Kamakura, entrant en secession.

Rapidement, une armée impériale fut assemblée pour mettre à bas les Ashikaga, tandis qu'une seconde armée marchait vers Kamakura pour aider à la défendre. Le 17 Novembre 1335, le frère de Takauji envoya une série de missive à traver tout le pays, appelant tous les samouraï à venir défendre les Ashikaga contre la tyrannie de l'empereur. Au même moment, la cour impériale sommait les samouraï d'aider à vaincre les rebelles Ashikaga. Lorsque la guerre proprement dite débuta, la plus grande partie des samouraï était convaincu que Takauji Ashikaga était le leader dont ils avaient besoin pour faire valoir leurs intérêts. Largement supérieures en nombre, les forces Ashikaga défirent les armées impériales, et le 25 Février 1336, Takauji entrait dans Kyoto et mettait fin à la restauration de Kemmu.

L'ère Muromachi (1337-1573)

Après plus d'un an de débats et de dissenssions, Takauji Ashikaga est finalement nommé Shogun en 1337. Les shoguns Ashikaga maintinrent leur règne pendant près de 250 ans, jusqu'en 1573. Cette période fut nommée Muromachi, d'après le nom du quartier où se trouvait le palais des shoguns, déplacé de nouveau à Kyoto en 1378 par le troisième shogun Ashikaga. Ce rapprochement géographique avait pour but de maintenir un contrôle bien plus étroit sur la cour impériale. Si le shogunat de Kamakura n'avait jamais véritablement éradiqué le pouvoir impérial, les Ashikaga allèrent jusqu'à détruire l'idée que l'Empereur devait régner directement, de manière à rendre la position de Shogun indispensable au bon fonctionnement de l'Empire.

Sous les shogun de Kamakura, la position de gouverneur était simplement celle d'un agent qui agissait au nom du shogun, mais au début de l'ère Muromachi, elle devint synonyme de pouvoirs étendus, obtenant quasiment tous pouvoirs sur les terres qu'ils dirigeaient, ne répondant qu'au shogun. Ces seigneurs, appelés daimyôs, devinrent rapidement les personnages politiques les plus puissants de l'Empire directement après la cour shogunale.

Les Ashikaga réunifièrent également, en 1392, la Cour Impériale séparée sous la régence Hojo, autre mesure pour contrôler le pouvoir impérial plus facilement.
Finalement, c'est la montée en puissance des shoguns qui amènera le déclin des Ashikaga...au point que les daimyôs purent soutenir directement certains des candidats à la succession impériale, facilitant ainsi l'accession au trône d'empereurs favorisant leurs intérêts, en général au détriment de celui du Shogun. A partir du quatrième shogun Ashikaga, l'influence des shoguns décline lentement, de même que leur prestige.

Officiellement, les Ashikaga demeurèrent au pouvoir jusqu'en 1573, mais longtemps avant leur chute, les signes de leur décadence se firent de plus en plus visibles. La guerre d'Ônin, entre 1467 et 1477, déclenchée par une querelle de succession impériale, débutant une période de troubles jusqu'alors inconnue au Japon. Une période de guerre civile où chaque famille, chaque clan ne défendait que ses propres intérêts, plongea le pays en plein chaos.

Cette période troublée est connue sous le nom de Sengoku-jidai, l'âge des pays en guerre.

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