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Histoire du Japon (6) : Sengoku Jidai, l'âge du pays en guerre

Nanban1477. Le Japon est en plein chaos. La guerre d'Ônin vient de s'achever, mais les troubles ne s'apaisent pas. La dynastie Ashikaga, qui gouverne le pays au nom de l'Empereur, sous le titre de Seishi Taishogun depuis 1337, perd de son emprise, et se révèle incapable de mettre fin aux conflits qui émergent partout dans le pays entre les dizaines de familles et de clans de la noblesse. Le Japon perd peu à peu de sa cohésion, sombrant dans l'une des périodes les plus troublées de son histoire, le Sengoku-jidai, l'ère du pays en guerre. Une époque de bouleversement et de transformations sans précédent.

 Les Nanban et la poudre

Le plus important de ces bouleversements est l'arrivé dans l'archipel nippon de marins portugais détournés par une tempête, sur l'île de Tanegashima, au Sud du pays, au cours de l'année 1543. Le choc fut profond, les japonais n'avaient jamais eu de contact avec les civilisations européennes, et les échanges furent au départ très limités. Les japonais appelaient les portugais « Nanban », ce qui signifiait « barbare du Sud ».

En quelques années, les portugais se mirent à importer au Japon des produits chinois, en particulier la soie, contournant un embargo imposé par l'Empereur de Chine en représailles aux actes de pirateries des japonais. Rapidement, le commerce s'intensifia. En 1571, le port de Nagasaki servait de comptoir commercial, et l'intensité du commerce avec les portugais explosa. Peu après, en 1578, le port fut cédé à perpétuité aux jésuites, suite à l'aide portugaise pour repousser une attaque contre le daimyô du clan Sumitada.
En 1600, ce fut au tour des Hollandais d'atteindre le Japon. Leurs rivalité avec les portugais mena à une compétition féroce pour obtenir le monopole du commerce avec l'archipel du Soleil Levant.

Arquebuse JaponL'arrivée des occidentaux exposa le Japon a deux changements majeurs. Le premier était d'ordre technologique. En 1543, les usages militaires de la poudre à canon étaient presque inexistants au Japon. Cette simple invention allait considérablement modifier l'équilibre des forces. Soudain, les clans ayant accès aux arquebuses portugaises étaient en mesure de tenir tête à des voisins bien plus puissants. Et l'accès à ces armes était aussi source de conflits. L'arrivée des portugais entraîna l'île méridionale de Kyushu dans un conflit féroce, jusqu'à ce que l'usage des arquebuses ne s'étende au reste de l'archipel. Elles étaient appelées tanegashima, en référence au nom de l'île où le premier contact avec les Nanban avait eu lieu. En 1560, les arquebuses étaient utilisées en masse sur les champs de bataille.

KirishitanOutre les arquebuses, les occidentaux introduirent une seconde source conflit : la religion chrétienne. Six ans après le premier contact, une église était bâtie à Nagazaki. Saint François Xavier, patron de l'ordre des jésuites, entrepris de convertir les japonais. En 30 ans, plus de 130000 japonais, incluant la plupart des daimyo de Kyushu s'étaient convertis. Malgré les verrous sociaux séparant les différentes castes sociales japonaises, le christianisme se répandit dans toutes les couches de la société, des plus pauvres aux nobles. Mais certains daimyos refusèrent de remettre le bouddhisme en cause, voyant cette nouvelle religion avec suspicion, comme un outil utilisé par les Nanban pour s'infiltrer au Japon. Des conflits en résultèrent, entre les daimyos pro-chrétiens et anti-chrétiens.

Gekokujo : l'humble vainc le puissant

Les guerres claniques qui déchirent le pays sont le théâtre d'événements jusque là inédit. Les clans anciens, puissants, respectés, les chefs de clans qui selon le système social japonais sont les maîtres de leurs vassaux perdent peu à peu du terrain, au profit de nouveaux clans dynamiques, et de chefs ambitieux. L'ordre établi est brisé par les rivalités internes, et ceux qui en temps de paix n'auraient pu que se soumettre à la volonté des familles dominantes luttent à présent pour en prendre la tête. Ce phénomène est appelé Gekokujo, qui peut se traduire plus ou moins par « l'humble vainc le puissant ».

Par conséquent, la guerre dégénère très rapidement, puisqu'elle a lieu non seulement entre les clans, mais aussi à l'intérieur des clans, entre les diverses familles et branches familiales pour prendre le contrôle des autres. Dans la région d'Echigo, au Nord de Kyoto, sur la côte de la mer du Japon, les paysans et roturiers se soulèvent, suivant le mouvement religion dit Ikko-ikki, (école bouddhiste de la « Terre Pure »), et prennent leur indépendance, avec l'aide de la petite noblesse et de rônins, des samourais laissés sans mettre par la guerre.

Dans la province d'Iga (la vallée du Crâne), les villageois se libérèrent de l'emprise des seigneurs féodaux, établissant une ligue (ikki), composée des paysans, des rônins et du clergé pour se défendre contre les agresseurs extérieurs. La région était notamment célèbres pour ses clans de ninjas.
En bref, ce phénomène qui accélérait la décomposition du pays en faction rivales fournissait aussi une occasion unique de mettre fin à l'immobilisme social qui avait conduit à la décadence de la dynastie Ashikaga.

L'unification : Oda Nobunaga (1534-1582)

Oda NobunagaDe cette période troublée, trois hommes ambitieux et habiles émergèrent, pour unifier à nouveau le Japon sous une seule bannière. Le premier d'entre eux pris, en 1551, la tête du clan Oda, un clan mineur de la province d'Owari, dans le centre du Japon. Il s'appelait Oda Nobunaga.

A cette époque, le clan Oda était dans une situation délicate, vassal de Shiba Yoshimune, le gouverneur de la province, et divisé en plusieurs factions. Avec le soutien de ce dernier et d'un de ses frères cadet, Oda Nobumitsu, et malgré l'opposition de Nobutomo, un autre de ses frères, qui assassina Yoshimune pour priver Nobunaga de soutien. Celui ci finit par se débarrasser de son frère et rival à Kiyosu, avant de se servir du fils de Yoshimune comme marionette pour conclure une alliance avec un puissant clan voisin, les Imagawa. Au bout de huit années de conflit et après avoir abattu un autre de ses frères, Oda Nobunaga était finalement parvenu à unifier la province d'Owari sous sa direction en 1559.

L'année suivante, il du se défendre contre une incursion des Imagawa, qui marchaient avec 25 000 hommes vers Kyoto, alors que Nobunaga n'avait pu en rassembler que 3000. Contre toute attente et l'avis de ses conseillers, Nobunaga attaque les forces Imagawa, usant de mannequins de paille et du couvert d'un orage providentiel pour semer le chaos dans les rangs de ses ennemis. Ce fut la bataille d'Okehazama, durant laquelle le général Imagawa fut tué. Les Imagawa perdirent ensuite rapidement leur position, et Nobunaga en profita pour s'allier à l'un de leurs anciens vassaux, les Mitsudaira en 1561.

Entre 1561 et 1567, il employa ses efforts à s'emparer de la province voisine de Mino, détournant les vassaux du clan Saito de leur maître avant de finalement lancer une campagne-éclair qui balaya les Saito en quelques mois. C'est après cette victoire qu'il changea son sceau personnel en « Tenka Fubu », ce qui signifie : Le monde par la force des armes.

En 1568, à la demande d'un membre de la famille Ashikaga, Nobunaga se lança à la conquête de Kyoto, boutant rapidement le clan Miyoshi hors de la ville, et faisant de Ashikaga Yoshiaki le 15e shogun Ashikaga. Presque immédiatement, Nobunaga commença à restreindre les pouvoirs du shogun, augmentant du même coup sa propre puissance, et rendant clair aux yeux des daimyo qu'il entendait employer le shogun comme une marionnette.

Ce coup d'éclat est de trop pour les rivaux de Nobunaga. Mené par les Asakura, anciens maîtres des Oda, les Asai et les Ikko-ikki se lancèrent dans une agression concertée du clan Oda , leur infligeant de lourdes pertes. Finalement, avec l'aide de leurs alliés Tokugawa (anciennement Mitsudaira), les Oda contre-attaquèrent brisant les armées Asai et Asakura à la bataille d'Anegawa. Ensuite, Nobunaga, célèbre à l'époque pour ses sympathies chrétiennes, s'en prie aux bouddhistes qui s'étaient soulevés contre lui. Il brûla le temple Enryaku-ji en 1571, et mit le siège devant la forteresse de Nagashima. Finalement, la lutte contre les bouddhistes Ikko-ikki lui coûta plusieurs milliers de soldat et deux frères, et il finit par incendier le château en 1574, mettant fin à la résistance.

Dans le même temps, alors que Nobunaga était embourbé sur son flanc Ouest, le clan Takeda saisit l'occasion de l'attaquer depuis l'Est, en commençant par envahir les terres des Tokugawa, défaits à la bataille de Mikatagahara en 1573. Les Tokugawa parvinrent à ralentir les Takeda en organisant des raids nocturnes, et après la mort du chef de clan Takeda Shingen, ces derniers battirent en retraite. Dans le même temps, les Oda achevèrent les clans Asai et Asakura.

NagashinoEn 1574, Nobunaga se tourna vers l'Est, et avec les Tokugawa envahit les terres du clan Takeda, réduisant l'intégralité des forces Takeda à néant lors de la bataille de Nagashino, notamment grâce à un usage inventif des arquebusiers, disposés en triple ligne de feu pour permettre un feu continu. Les Takeda ne se remettront jamais de cette défaite.

Pendant trois ans, Nobunaga consolida ses positions, mais les Mori à l'Ouest brisèrent le blocus naval du château survivant des bouddhistes à Igashiyama, aussi le futur Toyotomi Hideyoshi, lieutenant de Nobunaga, fut envoyé à l'assaut du clan Mori. Cette même année 1577, le clan Uesugi mené par Uesugi Kenshin rassembla les clans du nord pour attaquer les Oda, leur infligeant une brutale défaite à Tedorigawa. Seule la mort de Kenshin mit fin à la seconde coalition anti-Oda.

En 1582, Nobunaga contrôlait la moitié du Japon, incluant Kyoto. La conquête des Mori se poursuivait, et les clans du Nord ne pouvaient plus opposer de résistance crédible. C'est en route vers le front Ouest que Nobunaga fut victime d'un coup d'état orchestré par Mitsuhide, un de ces lieutenants. Les troupes de Mitsuhide encerclèrent le temple Honno-ji où il séjournait, tuant Nobunaga et son fils ainé, semant le doute sur la succession.

L'unification : Toyotomi Hideyoshi (1536/37-1598)

Toyotomi HideyoshiAprès la mort de Nobunaga, la situation était confuse. Hashiba Hideyoshi se dressa pour mettre fin au chaos qui menaçait à nouveau. Cet ancien lieutenant de Nobunaga, fils d'ashigaru (la classe paysanne), avait commencé à servir Nobunaga en tant que porteur de sandales, un rang de serviteur très bas. A la bataille d'Okehazama, il est dit que Nobunaga le remarqua, et se prit d'intérêt pour son serviteur à l'esprit vif. En 1564, il l'envoya rallier des déserteurs du clan Saito à la cause des Oda. En 1567, la bataille d'Inabayama fut emportée grâce à l'idée de Hideyoshi d'inonder la vallée dans laquelle le château était construit. En 1573, Nobunaga le fait daimyo d'un fief dans le Nord d'Omi, et par la suite Hideyoshi continuera à servir loyalement Nobunaga, menant pour lui une guerre contre le clan Mori entre 1577 et 1582.

Lorsqu'il apprit la nouvelle de la mort de la trahison de Mitsuhide et de la mort de Nobunaga, Hideyoshi conclut immédiatement un traité de paix avec les Mori, et retourna ses troupes contre celles des traîtres à la bataille de Yamazaki. Une fois son maître vengé, il fut temps d'organiser la succession de Nobunaga, lors de la rencontre de Kiyosu. Son fils aîné étant mort avec lui, plusieurs candidats à la succession étaient en lice : Oda Nobutaka, Oda Nobukatsu, et Oda Hidenobu. Hideyoshi choisit de soutenir ce dernier, avec l'aide de deux des trois conseiller du clan Oda. Par deux victoires rapides, il se débarrassa de Shibata Katsuie, avocat de Nobutaka, et parvint à instaurer un statut quo avec les Tokugawa défendant Nobukatsu.

Une fois son candidat installé à la tête du clan Oda, Hideyoshi commença à renforcer son emprise sur ce dernier, démarrant en 1583 la construction de sa propre forteresse, le château d'Osaka. Pendant cette période de calme relatif, il fut officiellement adopté par la famille régente des Fujiwara, recevant le titre de Kampaku (« régent »), et le nom de Toyotomi.

Profitant de sa position dominante, Hideyoshi se lança à la conquête du Sud, achevant de prendre le contrôle du Sud de Honshu, et renversant la domination du clan Chokosabe sur l'île de Shikoku. En 1587, il débarqua à Kyushu et, complètement opposé à la propagation du christianisme, bannit les missionnaires de l'île. Pour éviter la formation de nouvelles ligues (ou ikki), il interdit aux paysans et aux roturiers de porter des armes, et commença ce qui fut plus tard appelé la chasse aux sabres. Une fois son emprise établie sur le Sud, Hideyoshi se tourna vers l'Est une nouvelle fois, abattant le clan Hojo, le dernier grand clan indépendant, à la bataille d'Odawara. Ensuite, il offrit leurs terres du Kanto à Tokugawa Ieyasu si ce dernier acceptait de se soumettre, ce qu'il fit. Hideyoshi devint à cet instant le maître d'un Japon unifié.

Carte de conquête 1Malheureusement, ses ambitions ne s'arrêtaient pas là. A présent que le pays était sous son contrôle, il songea à envahir la Chine des Ming, en s'assurant d'abord le contrôle de la Corée (Joseon à cette époque). Lorsque les gouverneurs de Corée, vassaux de l'Empereur de Chine, refusèrent les accords de libre-passage qu'il proposait, il élabora des plans d'invasion à partir d'août 1591. En avril 1592, les troupes japonaises débarquaient sur le sol coréen, prenant Séoul sans réelle difficulté, et entreprenant la prise de contrôle des points stratégiques du pays, se divisant pour remplir cet objectif aussi rapidement que possible avant que la Chine ne réagisse. En quatre mois, ils avaient commencé à forcer une route vers la Mandchourie pour le printemps 1593. Mais une armée chinoise contre-attaqua, et repoussa les japonais jusqu'à Séoul, où la guerre s'enlisa.

Le bourbier de l'expédition coréenne déstabilisa Hideyoshi, et la naissance de son premier fils la même année entraîna une querelle de succession avec son neveu, tandis que la répression féroce du christianisme causait d'autres troubles. Une nouvelle invasion de la Corée lancée en 1598 échoua lamentablement, tandis qu'une épidémie de peste ravageait le pays, emportant Hideyoshi lui même le 18 septembre 1598. Le Japon était une fois de plus privé de chef.

L'ère Tokugawa Ieyasu (1543-1616)

Allié de longue date des Oda, Tokugawa Ieyasu en était venu aux armes contre Toyotomi Hideyoshi, qu'il ne voyait pas comme un allié mais comme un rival. Cette rivalité de Tokugawa Ieyasu et de son clan avec Hideyoshi durait depuis quen 1584, les Tokugawa avaient pris le parti de Oda Nobukatsu à la succession de Nobunaga, contre le candidat de Hideyoshi. Finalement, leur conflit s'était soldé par un statut co et des négociations, faisant du fils de Ieyasu le fils adoptif de Hideyoshi.

La situation resta bloquée tandis que Hideyoshi s'assurait la maîtrise du reste du pays, jusqu'à ce qu'il propose en 1588 l'ancien fief des Hojo, la région du Kanto, au clan Tokugawa. Ieyasu s'empressa d'accepter, et là ou Hideyoshi espérait affaiblir son rival en le transplantant dans une région qu'il ne contrôlait pas Ieyasu y à vu l'occasion d'agrandir son domaine (passant de 5 à 8 provinces). Ieyasu parvint finalement sans difficulté à s'assurer la loyauté des anciens membres du clan Hojo, et entreprit de bâtir un nouveau fief dans la ville d'Edo, attendant son heure.

Tokugawa IeyasuCelle ci vint lorsqu'en 1598, Hideyoshi mourut après l'avoir désigné, lui et quatre autres conseillers, régent de son fils Hideyori. Pendant un an, Ieyasu conclut des alliances avec les anciens ennemis de Hideyoshi, et après la mort de Maeda Toshiie, le plus respecté des cinq régents, il marcha sur le château d'Osaka où vivait Hideyori.
Les trois autres régents s'opposèrent à lui sous la direction de Ishida Mitsunari. Deux clans se formèrent rapidement, l'armée de l'Ouest, celle des pro-Hideyoshi, et l'armée de l'Est, les alliés du clan Tokugawa.

En juin 1600, les Tokugawa se mirent en marche vers le Nord, contre le clan Uesugi, puis vers l'Ouest pour contrer l'armée marchant vers Fushimi, divisant ses forces sous le commandemant de son fils Hidetada, mais cette force secondaire pris du retard le long de la route du Tokaido, et ne fut pas présente lors de la plus grande bataille de l'histoire du Japon.

Le 21 octobre 1600, plus de 160000 s'affrontèrent dans la plaine de Sekigahara. Le combat est serré, mais les Tokugawa parviennent finalement à enfoncer le flanc droit de l'armée de l'Ouest, menant finalement à la déroute générale, éliminant d'un seul coup tous ses rivaux et prenant le contrôle du Japon. Le 24 avril 1603, une fois sa position consolidée et incontestable, il fut nommé shogun, débutant le dernier shogunat japonais qui durera plus de 250 ans.

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