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Charlemagne (Georges Minois)

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Ecrire la biographie d’un géant de l’histoire universelle comme Charlemagne, qui plus est considéré comme instigateur de l’unité européenne, n’est pas chose aisée malgré ce que certains pourraient penser. Georges Minois, ancien élève de l’ENS (Ecole Normale Supérieure), agrégé et docteur en histoire, s’est afféré à la tâche, en nous livrant cette belle biographie de Charlemagne, très dense, de plus de sept cent pages. L’auteur, conformément à sa solide formation universitaire, nous propose un travail extrêmement fourni, fourmillant de détails, et qui pourrait largement convenir à un public estudiantin.

 

 

Il s’agit ici de la première biographie de l’empereur à la barbe fleurie qui entend restituer l’évolution psychologique du personnage, au travers d’un récit chronologique rondement mené, qui prend ses sources sous les Mérovingiens pour se terminer au début du XXI è siècle, de nos jours, avec l’évocation de la création du Prix Charlemagne, remis en 2000 à Nicolas Sarkozy à Angela Merkel. Le but est, dans cette œuvre, de montrer tout l’impact de ce souverain qui a été érigé par l’histoire en véritable « Père de l’Europe », au travers des siècles.

Un pur travail d’historien

Georges Minois, dans cette biographie de Charlemagne, a fait preuve d’un formidable travail d’historien, qu’il faut saluer. L’accent a été mis, dans un premier temps et avant toute chose, sur les considérations et perspectives historiographiques de la vie de Charlemagne en elle-même, qui ont été proposées depuis l’an mil, année où l’empereur du Saint-Empire Romain Germanique, Otton III, ordonna d’ouvrir le tombeau de Charles le Grand, situé en la basilique d’Aix-la-Chapelle. Tout ce premier pan de l’œuvre de Georges Minois se veut être une description minutieuse de la construction et de l’élaboration du « mythe carolingien », de la légende de Charlemagne, à travers l’Histoire.

Néanmoins, ce tableau d’ensemble ne peut se faire sans sources précises : c’est pour cette raison que l’auteur a usé d’une quantité impressionnante de travaux historiques, renforçant la légitimité de son œuvre. Il ne se passe pas un sous-chapitre sans que Georges Minois ne fasse référence à cinq ou six exemples tirés d’un corpus historique et historiographique antérieur. Il a notamment employé des sources médiévales, comme les Annales Regni Francorum, le Liber pontificalis, la Vita Caroli, ou même le Codex Carolinus ; mais il s’est également arrêté sur des sources plus « récentes », comme les travaux de Jules Michelet ou de Jacques Le Goff, toujours utilisées à bon escient, de façon à justifier les propos présentés. En posant des bases historiographiques solides, et en s’appuyant sur un corpus de sources historiques considérable, Georges Minois nous livre un travail historique à toute épreuve.

Une biographie novatrice

Cette biographie de Charles le Grand revêt également un caractère novateur, qui la place véritablement en rupture vis-à-vis des précédentes œuvres qui ont pu être rédigées sur le même thème. Il ne s’agit plus pour l’auteur de faire comme ses prédécesseurs, qui travaillaient de façon thématique ; pour Georges Minois, Charlemagne doit être aussi dépeint sous sa personnalité humaine, psychologique, qui avait été quelque peu omise jusque là, en raison notamment d’un manque de source et de recul historiques.

Par ailleurs, on reconnaît très bien à travers cette biographie la spécialité de Georges Minois, à savoir l’histoire culturelle. Dans le propos même, il s’agit de dresser un portrait intime, et certes nuancé, de Charlemagne. En cela, l’intérêt d’un tel travail historique se révèle capital : Charles le Grand n’est plus forcément et systématiquement apprécié au travers de ses campagnes militaires ou ses gestes politiques, puisqu’il est exposé au grand public selon des critères comportementaux et psychologiques, néanmoins passés au prisme de l’histoire évènementielle pour plus de clarté et de cohérence.

Quelle perspective pour l’œuvre ?

Dès lors, par la nouvelle vision de l’empereur qu’elle propose et par le foisonnement du discours historique construit, cette biographie de Charlemagne ouvre une perspective historiographique intéressante, par son caractère novateur, comme nous venons de l’évoquer, mais également par le fait qu’elle instaure un rapport étroit entre l’histoire culturelle chère à l’auteur et l’évènementiel à proprement parler. Ainsi, pour Georges Minois, plus que de soumettre aux lecteurs une vision novatrice de la vie de Charlemagne, il s’agit d’établir des ponts et des aller-retours incessants entre la chronologie du règne et de l’existence du souverain en général, et l’histoire de l’évolution de ses comportements.

Georges Minois est naturellement imprégné de la culture de notre temps, et cela se ressent fortement à la lecture de cette biographie de Charles le Grand : il cherche véritablement à faire de Charlemagne une figure essentielle de la constitution – contemporaine – de l’amitié franco-allemande, mais aussi de la construction européenne. En cela, la conclusion de l’ouvrage, audacieusement intitulée « Charlemagne, premier Européen ou dernier Romain ? », est capitale, et se veut être la réponse à la problématique générale de l’œuvre. Charlemagne, en quelque sorte, par son caractère unificateur et universaliste propre à la tradition de l’     Empire romain, est aussi le premier à avoir initié l’idéal européen, mis au point durant toute la seconde moitié du XX è siècle et toujours d’actualité de nos jours.

Ainsi, Georges Minois signe chez Perrin une biographie de Charlemagne très intéressante, par cette vision particulière du personnage qu’elle propose : plus qu’une œuvre prosopographique, il s’agit d’un véritable travail d’historien, qui pose une problématique et une perspective spécifique concernant l’histoire et l’historiographie de Charlemagne, à savoir le jeu d’imitation-rejet opéré entre l’héritage romain et la destinée européenne, universelle.

Plus qu’un ouvrage d’histoire évènementielle « pure », il s’agit d’un magnifique et complet tableau d’ensemble de la vie, de la personnalité et de la psychologie de l’empereur à la barbe fleurie, qui se révèle être vite indispensable pour qui s’intéresse de près à sa vie et à son action.

 

G. MINOIS, Charlemagne, Editions Perrin, Paris, mars 2010.

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