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Conversations avec moi-même (Nelson Mandela, autobiographie)

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A bien des égards, la parution de cet ouvrage représente un événement historique. Dans la lignée des mémoires de grandes figures du XXe siècle mais selon un procédé original, Nelson Mandela nous livre une somme précieuse d’informations sur son incroyable parcours personnel et politique. Ouvrage complémentaire de son fameux Un Long Chemin vers la Liberté paru en 1994, Conversations avec moi-même à tout pour faire date et résonne comme un lointain écho aux Pensées pour moi-même de l’empereur Marc Aurèle…


 

 

Genèse d’un ouvrage original

On le sait, Nelson Mandela a, depuis le procès de Rivonia (1962), été l’objet et l’auteur de toute une littérature biographique, particulièrement diverse. Au sein de celle-ci se détache son autobiographie (Un long chemin vers la liberté), parue en 1994, fruit d’un travail collectif entamé durant sa longue détention à Robben Island. Néanmoins, ces documents malgré leur intérêt certain, s’attachaient à présenter l’homme public en tant que leader de l’ANC et premier président de l’Afrique du Sud post-apartheid.

Conversations avec moi-même a cela d’original, qu’il opte pour un point de vue différent, relevant de l’intime. Nous avons ici affaire à un Mandela privé qui n’a pas hésité à livrer certains pans de sa correspondance et de ses réflexions les plus personnelles. Nous est ici livré, l’homme au-delà du mythe politique.

L’origine de cet ouvrage remonte à 2004, lors de l’inauguration du Centre Nelson Mandela pour la mémoire et le dialogue. L’une des priorités de centre fut d’emblée la collecte des archives, ayant trait à « Madiba. » (le nom tribal de Mandela). Une œuvre menée par Verne Harris (directeur du centre), qui réalisa bien vite l’ampleur de la tâche à accomplir.

Disséminés et disparates, les nombreux documents laissés par Mandela, firent l’objet de recherches systématiques de la part d’une équipe d’archivistes émérites. De ce travail émergea l’idée d’en réaliser une compilation, destinée à donner une image alternative du leader sud-africain. Il est d’ailleurs intéressant de noter que ce dernier ne s’associera pas directement à sa rédaction.

Au final quatre sources principales ont été retenues pour rédiger cet ouvrage.

1 : Les lettres écrites par Nelson Mandela en prison. Il s’agit en réalité des brouillons de ces dernières (passées au crible de la censure des gardiens et souvent non remises à leurs destinataires), inscrites sur deux carnets qui lui furent volés en 1971. Mandela ne les récupéra que 33 ans plus tard…

2 : Une série d’entretiens enregistrés, principalement avec Richard Stengel en vue de la rédaction d’Un long chemin vers la liberté, mais aussi avec Ahmed Kathrada incontournable compagnon de cellule de Mandela. Ces échanges, particulièrement détendus, lèvent parfois le voile sur la manière dont Madiba a cherché à façonner son image publique.

3 : Les carnets de notes de Mandela. Qu’ils s’agissent de ceux rédigés avant 1962, ou ceux de sa période présidentielle, ils donnent un aperçu saisissant du militant et du leader en action. Que ce soit de la préparation de ses discours et de ses impressions quant à ses nombreuses rencontres, on y décèle la formation et l’évolution de sa pensée politique.

4 : La suite jamais achevée d’un Long chemin vers la liberté. Sous forme de manuscrit, elle nous livre un aperçu original sur les derniers mois de sa présidence, en forme de testament à destination de l’Afrique du Sud, post-apartheid.

Structure et contenu de l’ouvrage

Les quelques 484 pages de Conversations avec moi-même, s’organisent en quatre parties chronologiques précédées d’une préface et d’une introduction.

nelson-mandela-freeFigure quelque peu obligée et convenue, la préface signée par le président des Etats-Unis, Barack Obama, laisse transparaître toute l’admiration que ressent ce dernier pour celui qui fut l’un des symboles de la lutte pour l’égalité raciale. On y découvre aussi un président américain ravi de pouvoir découvrir l’homme au-delà du mythe forgé par les médias, ce qui n’est peut-être pas innocent.

L’Introduction signée par Verne Harris revient avec méthode et concision sur les origines de cet ouvrage et sa portée, qui lui réservent une place singulière dans les nombreux ouvrages ayant trait aux mémoires des grands hommes.

La première partie a pour intérêt de revenir sur les racines et la formation du jeune Mandela. Figure d’une certaine bonne conscience globalisée, le leader sud-africain est ici replacé dans le contexte de ses origines. On y découvre son ressenti quant aux sociétés traditionnelles africaines et aux rôles des institutions locales (et notamment la chefferie et la royauté, car il ne faut pas oublier que Mandela est aussi un aristocrate). Cette partie est de plus l’occasion de revenir sur son adaptation à la modernité urbaine et occidentale.

La seconde partie s’attache quant à elle à l’émergence de Nelson Mandela en tant que personnalité politique (période 1941-1962). On y assiste, par la petite lorgnette, à la structuration de l’ANC dans la lutte contre l’apartheid (politique de développement racial séparé devenue réalité en 1948). C’est aussi le temps de la maturité pour Madiba, notamment sur le plan familial, entre autres par sa deuxième union avec la très controversée Winnie Mandela.

La troisième partie, certainement la plus emblématique, revient sur la longue période d’incarcération qui fit de Mandela le plus célèbre prisonnier du monde. Des geôles sordides de Robben Island au confortable bungalow de Victor Verster (où Mandela passa ses derniers mois en tant que prisonnier, durant ses négociations avec les autorités sud-africaines) y est exposé le quotidien à la fois dur et touchant de celui qui va émerger comme un interlocuteur incontournable pour le pouvoir blanc. Confronté à la brutalité du système raciste et à des souffrances personnelles terribles, Madiba se révèle d’une grande humanité, notamment à l’endroit de ses geôliers.

La quatrième partie quant à elle, revient sur Nelson Mandela en tant que père de la nouvelle Afrique du Sud, et notamment sur son mandat présidentiel. Peut-être la plus consensuelle de toutes, cette partie nous offre cependant un aperçu original du quotidien d’un leader politique devenu chef d’état, plus ou moins contre son gré, et de ce dans un contexte initial très violent.

Notre avis

A n’en pas douter, Conversations avec moi-même constitue un document incontournable pour qui s’intéresse à l’histoire sud-africaine et à Nelson Mandela. Ouvrage hybride, autobiographique sans l’être réellement, à mi-chemin de la mémoire et de l’histoire, il offre un aperçu rafraîchissant sur cette grande figure du 20e siècle.

On ne pourra qu’être admiratif devant la cohérence de la pensée de cet homme pourtant soumis à de rudes épreuves pendant de si longues années. Pourtant présentée ici dans ces aspects les plus triviaux, son expérience de la prison n’en reste pas moins un exemple de recul et d’adhésion à des idéaux humanistes, libres de toute haine (ce qui peut franchement laisser pantois). A bien des égards, l’homme Mandela se révèle conforme au mythe Madiba.

Sur un plan formel et stylistique, bien que varié et presque baroque, ce mélange de lettres intimes, de notes griffonnées à la hâte et de méditations diverses, se révèle particulièrement agréable à la lecture, ménageant émotions et réflexions (ainsi qu’un humour surprenant). Il n’en reste pas moins que les historiens pourront trouver à redire à une telle juxtaposition de documents hétérogènes de valeur très inégale.

On pourra aussi reprocher à cet ouvrage de faire l’impasse sur quelques zones d’ombres de la vie du grand homme. Ainsi le processus conduisant à la création de l’Umkhonto we Sizwe et par conséquent à l’adoption d’une stratégie de lutte armée par l’ANC, ne fait l’objet que de brefs passages. Mandela en fut pourtant l’un des principaux artisans, parfois controversé. D’autre part, on pourra s’étonner du peu de matière consacrée à Winnie Mandela et à son implication dans divers actes de violences et de corruption. Son divorce avec Nelson (effectif en 1996 après quatre années de séparation) et ses raisons, sont ainsi esquivées. Enfin on ne profite guère des réflexions de Madiba quant aux autres dirigeants actuels de l’ANC, qui offrent une image contrastée de ce mouvement.

Quoi qu’il en soit, Conversations avec moi-même, mérite de figurer dans les bibliothèques de tous ceux pour qui le parcours et l’œuvre de Nelson Mandela représentent une source d’inspiration. Document exceptionnel sur un homme d’exception, cet ouvrage constitue bien plus qu’une leçon d’histoire : une leçon de vie.

Conversations avec moi-même, de Nelson Mandela sous la direction de Jean-Louis Festjens. Editions de la Martinière, 2010.

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