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Romulus, Le rêve de Rome (T. Camous)

romulus_rve_romeLorsqu'on est confronté à un tel titre, à une telle ambition de composition, la première question qui nous vient à l'esprit est : Comment peut-on réaliser une biographie d'un personnage mythique, appartenant à la tradition, aux limbes des origines de Rome? Et de ce point, tous ceux que la civilisation romaine fascine, sont naturellement amenés à feuilleter l'ouvrage afin de comprendre de quelle façon l'auteur a pu construire son argumentation et proposer une analyse tangible de Romulus, premier roi de Rome.


 

Le livre.

Pour commencer, le livre en lui même est plutôt bien construit avec des chapitres nombreux, aérés dont les titres, d'un registre un peu romanesque, cassent avec des conventions académiques et proposent ainsi une agréable ouverture vers les non initiés. Les notes sont reportées en fin d'ouvrage ce qui pour certains donne un confort de lecture appréciable et pour d'autres, justement les « initiés » habitués à les décortiquer une à une, un va et vient désagréable à la longue. Mais le plus important reste que l'auteur cite abondamment ses sources et les travaux modernes entrant dans son étude. C'est, il nous semble, l'élément le plus déterminant pour une œuvre historique qui se construit avant tout selon une méthode d'analyse qui ne peut ignorer le matériel primaire ; les fameuses sources, qu'elles soient archéologiques, littéraires ou épigraphique. Au vu de la masse des références, il apparaît comme évident que l'étude s'inscrit dans une perspective scientifique valable et non pas une simple et répétitive reprise des légendes romaines, recomposées à une date assez tardive. Par contre, justement à propos des sources, les illustrations restent très peu nombreuses alors qu'elles sont pour la plupart très intéressantes, notamment les découvertes archéologiques de la Rome des origines. Du coté de la bibliographie, très fournie et correctement organisée en thématiques, on regrette par contre que les ouvrages cités soient placés à l'intérieur de ces parties sans ordres véritables alors qu'un simple classement alphabétique améliore grandement la consultation. C'est un point d'ailleurs assez étonnant... De prime abord en tout cas, la construction méthodologique de l'ouvrage est tout à fait correcte et sans problème apparent hormis cette classification un peu éclectique de la bibliographie.

Analyse méthodologique et sciences annexes.

S'il est un point sur lequel l'ouvrage nous a semblé très intéressant, c'est l'emploi massif de sciences humaines pour compléter l'interprétation historienne du sujet. En effet, l'auteur a convoqué tant l'anthropologie et l'ethnologie que la psychanalyse et les études linguistiques. C'est selon nous une richesse et un élargissement de perspective dont l'histoire a besoin pour analyser en profondeur les faits qui lui sont donnés d'étudier car elle reste un ensemble de faits sociologiques qui deviennent beaucoup plus clairs aux lumières d'autres sciences. Ce n'est pas une complète nouveauté en tout cas, et de très grands historiens, surtout à partir de l'École des Annales, sont allés glaner du coté de ces sciences et ont parfois même invités certains de ses spécialistes pour qu'ils se penchent sur des phénomènes qui échappaient à une pleine compréhension. Claude Lévi-Strauss lui même a participé à des études historiques. Mais étrangement, l'histoire romaine est restée un peu en marge de cette dynamique, car elle restait surtout centrée sur l'étude du Droit. Aujourd'hui le mouvement semble s'enclencher et cette étude s'inscrit parfaitement dans cette démarche, avec une importante participation des analyses des sciences annexes ce qui parfois fait diverger l'étude de son axe historique sans que l'auteur ne s'oublie véritablement hors de son champ d'action. En somme ici, l'expérience nous semble très profitable, autour en particulier des études renouvelées sur le totémisme (animaux totems de peuples), dont les premières analyses remontent au XIXe siècle, avec en particulier Salomon Reinach, mais qui étaient tombées dans une certaine disgrâce à cause d'interprétations et de parallèles erronés, mais qui sont actuellement remises sur le devant de la scène selon des méthodes d'investigations plus prudentes. Dans le cas romain et comme le met bien en lumière Jérôme Camous, cette question est au centre même de la légende romuléenne avec l'intervention de la louve, l'association d'un très ancien roi aborigène avec le pic-vert par exemple.

De cette méthode donc, l'auteur propose une relecture de pratiques rituelles assez obscures de prime abord, mais qui trouvent ainsi une clarté nouvelle. Malgré tout, les vides énormes dans nos sources sur cette période très ancienne entrainent ponctuellement un recours à la conjecture seule dont il est difficile d'apporter la moindre certitude. A la page 92 par exemple, l'association du bruit du pic avec le tonnerre ne semble pas des plus évidentes d'autant que les mentalités antiques ne procédaient pas toujours dans leur représentation symbolique selon un processus aussi « rationnel », selon une rationalité qui nous touche mais qui n'étaient pas forcément la même chez les anciens. Leur vision du monde, empreinte de sacré, reste souvent imperméable à nos tentatives d'interprétation tant nous manquons de preuves véritables. C'est, il nous semble, un peu la faiblesse de cet ouvrage qui doit la plupart du temps composer avec les manques, faire parler des silences, décrypter des rites dont le sens profond échappait déjà aux Romains qui les ont commenté. C'est le risque que inhérent à toute étude sur des époques aussi anciennes. Néanmoins, il faut vraiment insister sur le travail fourni par l'auteur et sa recherche perpétuelle au fil des pages et des analyses d'asseoir son travail sur des fondations solides afin de ne pas se perdre dans la sur-interprétation préjudiciable. Son effort de travail et sa bonne maîtrise des théories ethnologiques ou psychanalytiques rendent le tout assez convaincant et de bonne facture. Nous en tenons pour preuve l'interprétation de l'enlèvement des Sabines à partir de la page 123, qui, remis en perspective, prend une toute autre substance par rapport au mythe que beaucoup connaissent sans véritablement percevoir sa nature profonde. De même, la fameuse Albe la Longue, replacée dans sa réalité historique, avec le concours providentiel de l'archéologie nous apparaît sous un jour bien différent et sans doute bien plus réaliste.

Conception de l'analyse.

Le texte est clair, le style assez simple d'accès avec par contre quelques répétitions un peu irritantes qu'il aurait été facile de corriger. La composition de l'étude est un peu pléthorique et les enchaînement entre les chapitres ne sont pas forcément très clair, comme si la logique d'ensemble était parfois oubliée, cela sans doute à cause de la volonté de l'auteur d'approfondir son propos qui amène le lecteur un peu loin du sujet de départ et qui le propulse ensuite de nouveau vers la trame de fond. Malgré cela, il existe une ligne directrice assez claire dès le départ et qui fait tenir la structure de l'analyse de manière très solide. Nous ne révèlerons pas plus avant toutes les clefs de cette étude afin de laisser le lecteur éventuel se faire son idée propre sur l'ouvrage en lui préservant la découverte et la progression logique de l'étude, sans quoi le travail perdrait un peu cette stimulation agréable dont nous parlions au début de cette recension, cette véritable pointe de curiosité envers la mise en œuvre d'une étude de ce type.

En somme.

Cette biographie de Romulus est en fait bien autre chose qu'une simple monographie d'un personnage mythique. L'auteur recompose un monde disparu et qui échappait déjà aux Romains de l'époque historique. La tradition littéraire latine ne nous en a livré que des bribes, qui sont aujourd'hui compréhensibles avec le secours de sciences annexes et grâce surtout à l'archéologie qui donne une réalité tangible aux mythes des origines de Rome selon une méthode bien plus en rapport avec nos sensibilités modernes.

Romulus de Thierry Camous. Biographie Payot, septembre 2010.

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