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Haendel en son temps (M. Belissa)

Haendel en son temps (M. Belissa)La prosopographie, ou l’étude biographique de personnages historiques, est très en vogue depuis quelques années en historiographie. La biographie de Georg Friedrich Haendel, rédigée par Marc Belissa, ne déroge pas à cette tradition renouvelée. Maître de conférences en Histoire moderne à l’université de Paris Ouest-Nanterre La Défense (Paris X), Marc Belissa est un spécialiste du XVIIIᵉ siècle et des Lumières.


 

Il n’est donc pas étonnant qu’il ait choisi Haendel comme sujet de travail, puisque ce compositeur est l’un des piliers de la musique de l’époque des Lumières. Ludwig Van Beethoven disait de lui qu’il était « le plus grand », et Franz Liszt le considérait « grand comme le monde ». Voilà donc un personnage singulier, trop peu méconnu, que Marc Belissa a véritablement voulu réhabiliter.

Réhabiliter Haendel.

Mais qui est Georg Friedrich Haendel ? Je vous mets au défi de poser cette question à votre entourage, et d’observer qui le connaît réellement, ne serait-ce que de nom. En réalité, de nos jours, peu de personnes savent réellement qui est Haendel. Marc Belissa, dans cette synthèse prosopographique, cherche véritablement à combler cette lacune. Plus que de rédiger un énième travail biographique, il s’agit pour l’auteur de faire une sorte de synthèse des travaux déjà existants, comme il l’annonce par ailleurs dans l’introduction à son œuvre. Plus encore, le but premier de cet ouvrage est de réhabiliter Haendel, trop souvent considéré – à tort – comme une pâle imitation de Bach. Situé dans la lignée de l’année 2009, dédiée au compositeur, ce beau livre propose une relecture de l’œuvre générale du plus anglais des compositeurs germaniques, une véritable redécouverte – voire découverte pour la majorité d’entre nous.

Georg Friedrich Haendel est né à Halle, le 23 février 1685. Son existence toute entière fut une vie de culture, dédiée à la musique, entre Italie, où il séjourna entre 1706 et 1710 (Rome, Naples, Venise, Florence), Allemagne et Angleterre. Haendel finit par se fixer en Angleterre, et il s’agit là du prisme historique choisi par Marc Belissa pour rédiger son ouvrage. Dans l’optique de réhabilitation du compositeur, l’auteur cherche à intégrer Haendel dans le contexte historique de son temps. Le nom de l’ouvrage, « Haendel en son temps », l’évoque par ailleurs assez clairement. Marc Belissa postule que Georg Friedrich Haendel fut un homme imprégné de toute sa propre contemporanéité, témoin privilégié de la transformation de la culture politique et artistique au cœur du XVIIIᵉ siècle anglais. Plus encore, l’auteur de cette belle biographie cherche à débarrasser son sujet des affres du temps, qui ont fait d’Haendel un homme rigide et guindé, amoureux excessif de la Cour anglaise. Là encore, il s’agit de réhabiliter le compositeur, considéré péjorativement par l’histoire, et notamment par Berlioz, qui disait de lui qu’il était un « tonneau de porc et de bière » et une « lourde face emperruquée ».

Un travail sans détours, plaisant … et scientifique

haendel2Réhabiliter Haendel supposait la proposition d’une lecture simple et plaisante, destinée à alimenter une intelligibilité accrue. De même, écrire l’histoire de la vie d’un compositeur, c’est aussi retranscrire sa musique. Marc Belissa, à ces égards, y est parvenu. La lecture est véritablement plaisante, et l’on sent là l’ouvrage d’un passionné, non seulement d’histoire, mais aussi de musique. La lecture est également simple, et l’auteur ne veut pas perdre son lecteur au milieu d’un vocabulaire technique qui aurait pu se révéler trop présent, ou du moins trop compliqué pour un public non-averti, profane en la matière. Il s’en défend par ailleurs : « On ne découvrira donc pas ici de longs développements analytiques sur le contenu proprement musical des œuvres de Haendel, ni une description de leurs structures, ni même des résumés exhaustifs des livrets d’opéras ou d’oratorios qu’il mit en musique. » Découvrir Haendel suppose, bien évidemment, de le rendre accessible au plus grand nombre. Néanmoins, Marc Belissa ne tombe pas dans la simplicité de la vulgarisation. Il cherche à la fois à proposer un travail simple, à la lecture plaisante, mais également scientifique. La bibliographie, certes quelque peu succincte, a l’avantage d’être facilement lisible et de donner des indications précises.

L’aspect général de l’œuvre est extrêmement plaisant, dans la mesure où il se présente comme un opéra ou un oratorio. Les différentes parties de l’ouvrage se décomposent sur le mode musical : par exemple, l’on commence avec une « Ouverture », puis l’on poursuit avec un « Acte I », coupé par un entracte de l’ « Acte II », lui-même séparé d’un « Acte III » par un nouvel entracte, et enfin avec un « Épilogue ». Cette originalité est à souligner dans un ouvrage de type universitaire. Je prends justement le « risque » de le considérer comme tel – et j’y reviendrai, par ailleurs, dans la troisième partie de cette recension, concernant les utilisations et usages possibles d’une telle œuvre. De même, les annexes proposés sont tout-à-fait bienvenus, et sont d’ailleurs caractéristiques, à mon sens, d’un travail universitaire. L’on retrouve, par exemple, un corpus de cartes, qui permet de saisir avec plus de précision le parcours géographique que fit Haendel durant sa carrière, et plus généralement durant sa vie. À noter également la présence d’une chronologie très précise, croisant la vie d’Haendel avec le contexte et les évènements de l’époque. Aussi ai-je beaucoup apprécié la présence d’un glossaire des termes musicaux. N’étant pas vraiment un spécialiste de la question, j’ai trouvé que pouvoir se référer à un glossaire était une idée ingénieuse, qui dispensait au lecteur lambda d’éventuelles – et fastidieuses – recherches annexes.

Pour quelle(s) utilisation(s) ?

À mon sens, cette synthèse sur Haendel s’adresse à deux types de publics. Tout d’abord, il s’agit d’attirer l’attention du lecteur lambda, qui ne connaît rien au sujet, et qui aimerait se renseigner. Dès lors, le travail qu’a fait Marc Belissa sur l’intelligibilité de l’œuvre est tout-à-fait remarquable. L’on ne se perd pas dans les détails, et la vie du compositeur est retranscrite de la même manière dont nous pourrions écouter sa musique. La simplicité n’a parfois rien de mal, bien au contraire : elle évite les digressions inutiles, et la perte du lecteur au milieu d’un fatras indigeste d’informations. Marc Belissa a évité cet écueil avec brio, et il faut, à mon avis, le louer pour cela. L’auteur s’est d’ailleurs défendu d’écrire un ouvrage spécialisé, supposant des lecteurs potentiels une formation musicale un tant soit peu poussée. Par ailleurs, il exprime assez clairement ses intentions dans l’introduction de son ouvrage : « J’essaierai ici […] de m’adresser aux curieux de musique et d’histoire peu familiarisés avec le langage de la musicologie. » Tout est dit.

La seconde utilisation concerne, à mon sens, un usage universitaire. Certes, Marc Belissa se défend d’avoir réalisé un ouvrage de ce type. Soyons sérieux : la composition de cette œuvre ne peut pas en faire qu’une simple introduction ou un livre de vulgarisation. J’aimerais plutôt parler de « synthèse historique », dans le sens où elle saura contenter un public averti, tout comme un lectorat plus profane en la matière. Il va sans dire que les musicologues sauront utiliser cet ouvrage à sa juste valeur, comme une excellente introduction à la vie d’Haendel, mais également à sa musique et à son parcours singulier. Les historiens s’intéressant au domaine de la musique classique devraient, à mon sens, consulter cet ouvrage. Non pas qu’il soit une référence absolue – je laisserai ici le temps faire son travail –, mais il consiste en un panorama à la fois rapide et concis de l’époque sur le sujet. Au fil des pages, l’on croise d’autre figures bien connues, et les allées et venues historiques sont omniprésentes. Si la musique hante les pages de ce beau livre, l’histoire l’imprègne véritablement. Il fallait parvenir à concilier deux mondes qui ne se rencontrent pas assez, à savoir l’histoire et la musique. Et Marc Belissa y est arrivé, avec brio.

 

Marc Belissa est maître de conférences en histoire moderne à l’université de Paris Ouest-Nanterre. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le XVIII siècle et les Lumières.

- BELISSA Marc, Haendel en son temps, Paris, Ellipses, 2011.

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