Rechercher dans le site
Lettre d'information

Découvrez notre lettre hebdomadaire avec toute l'actualité du site, ainsi que des éditions spéciales pour les concours que nous organisons !

S'inscrire à la lettre

Accueil Livres Biographies Victoria, reine d'un siècle (J. Moulin)

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire: nouveaux articles, programmes télé, débats ! Lettre hebdo:   |  Ajoutez ce site à vos favoris !  |  HpT sur  |  

Victoria, reine d'un siècle (J. Moulin)

vicAlors qu’elle n’est pas destinée à devenir reine, et encore moins impératrice, Victoria incarne pourtant à elle seule le siècle britannique, ce XIXe qui a vu la Grande-Bretagne victorieuse de Napoléon dominer le monde, tant militairement qu’économiquement et idéologiquement. Un tel destin se prêtait facilement au romanesque, surtout avec une reine d’une telle personnalité, devenue « la grand-mère de l’Europe » et le symbole vivant de l’Empire britannique. Le style de la biographie littéraire, choisi par Joanny Moulin pour son Victoria, reine d’un siècle, semble donc tout à faire approprié.


« Victoria, fabuleusement surannée ? »

Dès son avant-propos, Joanny Moulin revient sur l’image de Victoria et de l’ère qui porte son nom, un XIXe siècle britannique qui, s’il a construit le monde actuel, est caricaturé et simplifié, bourré de clichés. C’est pourtant une époque, à l’image de Victoria elle-même, complexe et paradoxale.

L’ambition de l’auteure est donc de montrer cette complexité victorienne en abordant tous les aspects du personnage. Le domaine public d’abord, comment Victoria a abordé son rôle de reine, alors qu’elle n’était pas censé le devenir, ainsi que ses rapports avec les grands hommes politiques de l’époque, comme les Premiers ministres Benjamin Disraeli et William Gladstone. Le domaine privé ensuite, souvent lié au précédent, avec l’influence de son oncle Léopold, roi des Belges, et surtout de son mari, le prince Albert.

Joanny Moulin insiste sur le fait que, malgré le choix des « formes de la fiction », tous les faits rapportés ont été vérifiés de façon scientifique, jusqu’aux dialogues. Cela explique probablement le choix chronologique (qui est de toute façon le plus courant pour une biographie). Le style romanesque est quant à lui grandement enrichi par une profusion de détails sur la vie de l’époque, eux-aussi retranscris de manière rigoureuse, et qui nous aide à nous plonger encore plus facilement dans l’époque victorienne, jusque dans les lieux les plus intimes du pouvoir.

Victoria « réhabilitée » ?

Tout au long des presque six cents pages de son ouvrage, Joanny Moulin nous raconte donc la vie de Victoria, de sa naissance en 1819 à sa mort en 1901, et surtout les circonstances de son arrivée au pouvoir, reine à dix-huit ans, puis impératrice des Indes à cinquante-sept ans, pour un règne record de soixante-trois ans.

Grâce au mélange et à l’imbrication entre le public et le privé, le pouvoir et la vie de famille, Joanny Moulin parvient à montrer une image plus nuancée de Victoria, qui s’éloigne des clichés et explique certains d’entre eux qui ont encore la peau dure. Nous ne découvrons pas une reine froide et hautaine, autoritaire seulement, mais plutôt une femme que l’auteure qualifie à raison « d’exaltée », pour autant consciente de ses énormes responsabilités comme femme politique dans une Angleterre impériale qui connaît de grandes mutations sociales, économiques et politiques. Apparaissent alors les premiers paradoxes : Victoria se montre soucieuse des souffrances du peuple, mais ne fait rien de concret pour changer les choses ; de même, elle méprise la noblesse mais défend ardemment la monarchie face à l’influence croissante du libéralisme. Des paradoxes que l’on retrouve dans sa vie privée, dans ses rapports compliqués mais presque passionnels avec son mari le prince Albert, ou par sa façon d’aborder la maternité, elle mère de neuf enfants mais ayant des rapports ambivalents avec eux.

Au fil de la lecture, c’est ainsi une Victoria aux multiples facettes qui nous est présentée, et finalement une Victoria bien plus passionnante que l’image austère et hautaine que l’on pouvait avoir d’elle jusque là.

Notre avis sur Victoria, reine d’un siècle

La biographie est un genre historiographique compliqué et souvent critiqué. La biographie littéraire, pour un historien, amène à encore plus de méfiance. Pourtant, on peut dire qu’avec Victoria, reine d’un siècle, Joanny Moulin parvient à trouver le bon compromis entre le romanesque - le personnage s’y prêtant idéalement - et le travail historique rigoureux (avec souvent des sources de première main), nous brossant en même temps que le portrait de la reine-impératrice celui de son empire et de son siècle.

Le style est remarquable, et l’expression « se lit comme un roman » est parfaitement adaptée. Nous sommes immergés dans l’époque victorienne et dans les arcanes du pouvoir, sans doute les passages les plus intéressants. Saluons l’arbre généalogique et surtout la très complète bibliographie (sources comprises) fournis en fin d’ouvrage. Regrettons tout de même le choix de chapitres numérotés et non « titrés », ce qui empêche une navigation aisée au fil de l’ouvrage, obligeant à suivre scrupuleusement la trame chronologique.

Au final, Victoria, reine d’un siècle est donc bien plus qu’une bibliographie littéraire à dévorer sur la plage, et n’a pas grand-chose à envier à beaucoup des biographies déjà parues sur l’impératrice des Indes.

 

L’auteur : Joanny Moulin, professeur à l’université de Provence (Aix-Marseille I) est spécialiste de littérature anglaise. Elle a entre autres publié une biographie de Darwin (Autrement, 2009).

 

- Victoria, reine d’un siècle, Flammarion, 2011, 572 p.

A lire sur le forum



Discuter de cet article sur notre Forum Histoire