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Le fabuleux destin des Bernadotte (J-F. Bège)

BernadotteQuelle histoire extraordinaire que celle de Jean-Baptiste Bernadotte, sergent devenu Maréchal d’Empire puis Roi de Suède, époux de Désirée Clary, première fiancée de Napoléon évincée par Joséphine. Un couple de parvenus, purs fruits de l’Empire, mais qui s’impose et impose sa descendance sur le trône de Suède… Jusqu’à nos jours ! Un couple qui ne manqua pas non plus de soulever les passions et les fantasmes entre un mari jacobin devenu roi, créé par Napoléon mais rejoignant la coalition, et une femme qui ne rejoindra que très tardivement son nouveau royaume et dont les sentiments envers son ancien fiancé demeurent toujours un mystère. Une histoire conjugale atypique et romanesque.


 

L’auteur

Jean-François Bège est journaliste et écrivain, longtemps éditorialiste et directeur de la rédaction de « Sud Ouest » à Paris, aujourd’hui rédacteur en chef du « Courrier du Parlement », membre de l’Académie du Béarn, de la Société Henri IV et du jury du Prix Saint-Simon. Il est auteur de deux ouvrages : « Les Béarnais en politique » et « Ravaillac, l’assassin d’Henry IV ». Le germe qui engendra cet ouvrage est une petite phrase de Jacques Chirac en visite officielle à Stockholm en avril 2000 : « C’est sans doute à cause de Bernadotte que les relations entre la Suède et la France se sont compliquées ». Une petite phrase interceptée par l’auteur qui fit murir en lui l’envie d’écrire ce personnage du Béarn, terre de son enfance, où l’image de Bernadotte était beaucoup moins noire.

De la Révolution française au trône de Suède

Fils du procureur du sénéchal de Pau, Jean-Baptiste Bernadotte s’engagea dans le régiment de Royal-Marine à 17 ans. La Révolution le trouve sergent, surnommé « Belle Jambe » (en raison de ses succès féminins ou, comme le pense l’auteur, à sa prestance dans les défilés), et dès lors l’ascension commence : colonel en 1794, puis général de brigade à Fleurus, il combat en Allemagne puis en Italie (1797). Quand il se décide à trouver femme il s’arrête sur Désirée Clary, belle-sœur de Joseph et ancienne fiancée de Napoléon, soit un bon moyen d’infiltrer le clan Bonaparte.

Désirée est issue d’une prospère famille de négociants marseillais qui lia dans cette ville des liens avec la famille Bonaparte chassée de Corse. Joseph Bonaparte épouse Julie, la fille ainée, et Napoléon doit en faire autant avec la jeune Désirée, ils se fiancent (1795). Ce mariage cependant ne verra pas le jour malgré l’attachement des deux concernés. D’un côté la mère de Désirée ne voit pas l’intérêt de s’allier à deux membres d’une même famille, d’autant que Napoléon est alors sans commandement et reste bien inquiet en ce qui concerne son avenir. Et d’un autre côté Napoléon lui-même, bien qu’il consacre à sa fiancée son récit de « Clisson et Eugénie », comprends rapidement que sa carrière dépend des relations qu’il saura tisser à Paris et qu’une femme de salon, mûre comme Joséphine et habituée aux alcôves du pouvoir lui sera plus utile que la jeune marseillaise. Désirée est donc bassement délaissée au profit de l’esprit carriériste de Napoléon et de l’amour sincère qu’il développe envers Joséphine. Il recommande alors à Désirée de refaire sa vie et Joseph gêné tente de trouver un plan de secours à sa belle-sœur éplorée. Le nouvel élu fut Léonard Duphot, poète et aide de camps de Joseph alors nommé ambassadeur du Directoire auprès du Pape. L’affaire semble conclue, la date du mariage fixée, mais le futur mari est tué lors d’un soulèvement dans les États pontificaux. Désirée découvre elle-même le corps de son promis en ouvrant la portière de la calèche. Son troisième prétendant l’aborda dans les rues de Paris, ce fut Bernadotte bien entendu, qui finit par l’épouser (1798).

En 1799, pendant un bref passage au ministère de la Guerre, Bernadotte apparait comme le grand attentiste des complots qui se trament contre le Directoire. D’un côté il laisse dire les Jacobins qui le verraient bien au pouvoir, de l’autre il reste neutre dans le coup d’État des 18 et 19 Brumaire. Il bénéficie cependant très largement de l’ascension au Consulat puis à l’Empire de l’ex de sa femme. D'ailleurs, Napoléon, sur un ton qui n’est pas à son honneur, rappellera à Sainte-Hélène que tous les honneurs qu’il offrit à Bernadotte n’étaient que des compensations pour les torts causés à sa femme. En 1804 Bernadotte est fait Maréchal d’Empire, il participe à la bataille d’Austerlitz, devient prince-duc de Pontecorvo en 1806, reste assez passif à la bataille d’Auerstedt, arrive à Eylau deux jours après la bataille et tombe en disgrâce à Wagram où Napoléon lui reproche de chercher à s’attribuer le mérite de la victoire tant bien même que les unités sous son commandement se sont débandées.

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En 1810 toutefois, Bernadotte tire son épingle du jeu en réussissant à se faire élire prince héréditaire de Suède ! Le prince s’occupe alors avant tout des intérêts directs de son nouveau pays avec des vues sur la Norvège et sur la Finlande qui ne peuvent se concrétiser qu’avec un soutient du voisin russe. Après la désastreuse campagne de Russie, alors que Napoléon doit faire face à toute l’Europe coalisée dans une immense contre-attaque, Bernadotte rejoint le camp anti-français. Cette décision fut très lourde de conséquences dans l’image du personnage en France, en particulier auprès des Bonapartistes mais aussi de façon beaucoup plus générale. Bernadotte porta dès lors comme un boulet cette image du traitre à la Nation, voire du parricide se retournant contre celui qui lui avait permis de s’élever. Après l’échec de ses prétentions à la couronne de France (il n’avait guère de soutient politiques pour ce projet, si ce n’est Germaine de Staël) Bernadotte rattache à sa couronne la Norvège sous le regard bienveillant de la Russie. À la mort du souverain suédois, en 1818, Bernadotte devient roi sous le nom de Charles XIV aux côtés de Désirée devenue Desideria. La reine ne rejoint son palais que 5 ans après le couronnement de son mari qui enchaine les aventures. Elle-même se ridiculise avant de rentrer en faisant une cour assidue à Armand du Plessy de Richelieu, jusqu’à la mort de ce dernier. Elle ne retourne en Suède qu’au mariage de son fils Oscar… Avec une descendante de Joséphine…

Le règne suédois fut marqué par une certaine ouverture de la Suède à l’industrialisation, une réorganisation bénéfique de la filière bois, mais aussi par des critiques contre le conservatisme du monarque.

Notre avis

"L’histoire d’un Béarnais par un Béarnais", tel pourrait être le sous-titre de cet ouvrage consacré à Bernadotte et à son épouse ! En effet cet attachement au Béarn et à son histoire est omniprésent dans l’ouvrage, et on ne s’étonne pas de voir que les précédents ouvrages de l’auteur tournaient également autour de cette thématique. Ce n’est pas pour rien me direz-vous que ce livre est édité par les éditions Sud-Ouest. Lui-même originaire de ce petit coin de France, l’auteur veut régler leurs comptes à quelques rumeurs et à des a priori négatifs qui ternissent l’image de celui dont les Bonapartistes ont fait un traitre et que les Béarnais aiment au contraire appeler « le second roi de Pau », après Henri IV bien entendu.

L’ouvrage de quelques 214 pages en gros caractères se lit rapidement et aisément, car le style de l’auteur est fluide est plein de vie. Passant de Désirée à Jean-Baptiste, de la France à la Suède, le lecteur ne se lasse jamais de cette histoire digne d’un roman tant les destins se croisent et se déchirent dans une multitude de rebondissements qu’un scénariste aurait hésité à cumuler tant ils sont incroyables. Fluide et plein de vie, mais aussi très accessible à un public large, cet ouvrage s’adresse à tous les amateurs d’Histoire, du Béarn et d’histoires humaines compliquées. Jean-François Bège parvient à créer une réelle intimité entre ses lecteurs et ses sujets, n’hésitant pas à dénommer régulièrement Napoléon et Bernadotte par les surnoms qui leur était donné enfant, sois respectivement Nabulio et Titou. Un choix original et amusant qui tend à ramener ses personnages illustres à ce qu’ils sont réellement, de simples hommes.

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La familiarité et l’attachement béarnais comportent tout de même quelques dangers avec une diabolisation de Napoléon et en parallèle une certaine idéalisation de Bernadotte. À vouloir tordre le cou à la propagande bonapartiste, on en arrive presque à un équivalent au profit du néo-Suèdois. En effet Nabulio n’est pas épargné. Certes cela se justifie pleinement quand il s’agit de son comportement envers Désirée. Mais cela ne justifie pas pour autant l’utilisation récurrente du terme d’Ogre, voir les insinuations de mégalomanie et de folie. Surtout quant à l’inverse tout est pardonné ou presque à Bernadotte. Passons sur l’évolution politique tout au long de la carrière de cet homme où le contexte pouvait rendre pertinent le passage d’un idéal républicain à une application monarchique. Par contre, les choses sont moins neutres quand l’auteur s’offusque du titre de « traitre » dont est affublé Bernadotte après sa participation à la coalition anti-française. Alors certes les nobles émigrés ont également combattu ou soutenus cette coalition contre leurs compatriotes et n’ont pas pour autant été qualifiés de traitres. Mais il ne faut pas oublier que les nobles émigrés ont quitté la France avec la fin de la Monarchie et sont de retour pour la Restauration, ils restent en cela fidèles à leur ligne de conduite. On ne peut pas en dire autant de Bernadotte qui soutient la mise à bas du Premier Empire dont il est un pur produit. De même, on s’étonne de voir que la carrière impériale de Bernadotte est finalement très peu développée, en particulier ses actions militaires. C’est pourtant son comportement à Auerstedt, Eylau et Wagram qui commencent à entacher son image. Il aurait certainement été intéressant de développer ces épisodes pour voir la part des faits et la part du mythe anti-Bernadotte. À notre grand regret, il n’en est rien. A contrario on s’étonne de voir à la fin du dixième chapitre toute une série de citations du souverain sur l’art de régner, comme si des citations hors contexte pouvaient nous convaincre du bon vouloir du monarque. Extrapolant toujours un peu, de l’exportation de meubles en kit au modèle social-économique scandinave, on se demande ce que la Suède ne doit pas à Bernadotte…

Une petite déception également quant aux sources. Cet ouvrage étant présenté comme « une enquête contemporaine menée à Pau, Marseille, Paris et Stockholm », on aurait pu croire que des archives de ces différentes villes avaient apporté des éléments nouveaux à l’histoire du couple. Il n’en est rien, et l’ouvrage de Jean-François Bège est avant tout un travail effectué à partir des travaux de ses prédécesseurs et en particulier de l’ouvrage de Franck Favier paru l’an dernier (2011) : « Bernadotte, un maréchal d’Empire sur le trône de Suède ».

Nous avons donc avant tout affaire à un travail de compilation, mais aussi de synthétisation. Un travail quelque peu orienté en faveur de Bernadotte, au détriment de Napoléon. Un travail très accessible, très agréable à lire et plein d’humour, forcément destiné à un public large dépassant le carré des amateurs du Premier Empire pour toucher tous les passionnés d’Histoire qui après avoir lu ce livre ne pourront s’empêcher de penser à Bernadotte en passant devant un magasin Ikea…

 

Bège Jean-François, Le fabuleux destin des Bernadotte, Editions Sud Ouest, 2012.

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