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Anne de Bretagne (H. Pigaillem)

anneDeux fois reine de France à une époque charnière entre Moyen Âge et Renaissance, Anne de Bretagne (1477-1514) a longtemps été méconnue du grand public, et en partie délaissée par les historiens. D'abord récupérée par le régionalisme breton, elle a ensuite trouvé sa place parmi les grandes figures – pas uniquement féminines – de l'histoire de France. Femme de pouvoir et d'influence, mécène et diplomate, elle est le parfait symbole de son époque. C'est tout cela que l'essayiste Henri Pigaillem aborde dans sa biographie, Anne de Bretagne. Reine de France (Texto, 2012).

Duchesse de Bretagne et reine de France...une première fois

Cette biographie est une réédition de celle publiée en 2008 chez Flammarion. Henri Pigaillem revient rapidement dans son avant-propos sur l'historiographie d'Anne de Bretagne, aujourd'hui si connue mais en fait « découverte » à la fin du XIXe siècle, notamment par les régionalistes bretons avant que les historiens ne lui redonnent sa place auprès de ses illustres maris.

Car Anne de Bretagne a d'abord été duchesse très jeune, à onze ans, et rapidement l'enjeu de la lutte de pouvoir entre son duché et le royaume de France, notamment sous Louis XI, en conflit avec le père d'Anne, François II. C'est dans ce contexte qu'elle finit par être mariée au roi Charles VIII. Cette période est l'objet des deux premières grandes parties de la biographie de Henri Pigaillem, intitulées « L'Hermine » et « Le Cerf » où l'on assiste au conflit entre la Bretagne et la France, puis aux négociations menant au mariage d'Anne, objet de convoitise jusque dans l'Empire. Une fois roi, Charles VIII se lance dans l'expédition d'Italie, en laissant sa reine (enceinte) derrière lui, à Amboise. Il semblerait également qu'elle ait été contre le projet de son mari. Celui-ci, la jugeant « trop bretonne », ne lui donne pas les clés du royaume pendant son absence...L'auteur insiste sur les nombreuses infidélités du roi, avant sa « conversion » à la fidélité pour son épouse, peu avant sa mort accidentelle.

La partie « Le Cerf » se termine sur les circonstances du mariage d'Anne avec le successeur de Charles VIII, Louis XII. Installée à Blois, la reine commence alors à mettre en place sa cour originale et féminine, « la Cordelière ». Une fois encore, quand le roi reprend la campagne d'Italie, Anne reste en France.

Reine de France une seconde fois, ambassadrice et indépendante

La troisième partie de la biographie est titrée « le Porc-Epic », symbole du roi Louis XII. On y voit comment Anne de Bretagne devient une véritable femme politique, une conseillère de son mari et une diplomate. Mais elle doit aussi faire face à de nombreuses rivalités et difficultés, notamment sur la descendance du roi et les négociations de mariage qu'on lui impose pour sa fille Claude, avec François d'Angoulême. Alors que Louis XII est affaibli, deux camps se forment à la cour, celui d'Anne et celui de Louise de Savoie, cette dernière soutenue par le maréchal de Gié. Le problème est finalement réglé avec le rétablissement du roi, et le maréchal est écarté. Louis XII fait ensuite couronner sa femme en 1504.

Pourtant, Anne de Bretagne n'en demeure pas moins une femme indépendante, et elle n'accepte toujours pas le mariage de Claude avec le futur François Ier. La reine décide alors d'entamer un « pèlerinage » sur sa terre natale, le « Tro-Breizh », ce qui n'est pas du goût du roi. Anne doit finalement revenir à Blois et accepter l'union de sa fille avec le prince d'Angoulême.

Anne de Bretagne, mécène et « féministe »

La dernière partie de la biographie, titrée « La Salamandre » (symbole de François Ier), s'ouvre sur la vie d'Anne au château de Blois. La reine y déploie le même luxe qu'à Amboise mais devient en plus une véritable mécène, notamment auprès de poètes. Elle défend également des ouvrages à la gloire de la femme, ce qui pousse Henri Pigaillem à utiliser à son sujet le terme anachronique « féministe ». Malgré tout, ce sont probablement toutes ces parties sur le mécénat d'Anne, sa bibliothèque et sa défense des arts qui sont les plus intéressants de l'ouvrage. Car c'est en cela que la reine est une femme de son temps, influencée par les idées venues d'Italie, avant donc l'importation en France de la Renaissance trop souvent attribuée au seul François Ier.

Parallèlement à son goût pour les arts, la reine continue de faire de la politique, s'impliquant notamment dans le conflit entre son mari et le pape Jules II, en essayant de réconcilier les deux hommes. Son échec, l'interdit qui tombe sur Louis XII, vont jusqu'à la rendre malade un temps...Il faut attendre la mort de Jules II pour que la situation s'améliore finalement, jusqu'à la paix.

Malheureusement, Anne de Bretagne n'a guère le temps d'en profiter. Frappée par la maladie, elle meurt le 9 janvier 1514. Cependant, Henri de Pigaillem ne termine pas sa biographie sur cette fin ; il relate les funérailles de la reine, et surtout insiste sur l'échec post-mortem de la reine, avec le mariage dont elle n'a jamais voulu, celui entre sa fille Claude et François d'Angoulême. Le roi, quant à lui, se remarie rapidement, avec rien moins que Mary Tudor ! Le mariage est célébré le 9 octobre 1514, mais se termine par la mort de Louis XII le 1er janvier 1515 ! L'auteur explique ce décès rapide par la goutte qui frappe le souverain, mais également par le grand appétit sexuel de la Tudor, qui aurait épuisé Louis XII...

Quoiqu'il en soit, lui succède François Ier. Henri Pigaillem résume le règne de celui-ci en quelques pages, en centrant son récit sur Claude, la fille d'Anne et de Louis XII, qui décède en 1524. C'est le moment où, enfin, le duché de Bretagne est annexé par le royaume de France. L'auteur conclut par le destin de l'autre fille d'Anne et Louis XII, Renée de France. Celle-ci connaît une vie mouvementée, se mariant avec Hercule d'Este, avant de revenir en France pour récupérer son héritage dont elle s'estime spoliée. Elle meurt au château de Montargis, refuge des calvinistes, en 1575.

L'avis d'Histoire pour tous

Henri Pigaillem propose à la suite de son récit des annexes intéressantes, ainsi qu'une chronologie et surtout une bibliographie très riche.

Sa biographie d'Anne de Bretagne est complète et très plaisante, même si on peut regretter quelques éléments un peu « people », malheureusement récurrents dans les biographies, et l'anachronisme du « féminisme » de la reine.

Portrait d'une femme remarquable et de son temps, cette biographie est aussi une bonne introduction à l'époque et au contexte passionnant d'une période encore trop peu connue de l'histoire de France, et qui n'a rien à envier à celle qui la suit, le règne de François Ier.

- H. Pigaillem, Anne de Bretagne. Reine de France, Texto, 2012.

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