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Grands rebelles et révoltés de Bretagne

BretonsThierry Jigourel vous invite à découvrir 2.000 ans d’Histoire à travers une quinzaine de biographies de personnages qui ont donnés de leur personne pour défendre la souveraineté et l’identité culturelle de la Bretagne. Une quinzaine d’hommes et de femmes triés sur le volet, de la reine britonne au chanteur en passant par l’indépendantiste… Quinze portraits de « rebelles et révoltés » qui nous en apprennent autant sur l’Histoire de la Bretagne que sur les références des régionalistes.

 

 

Un panthéon régional subjectif...

Le plus gros reproche que l’on puisse faire à cet ouvrage est sa tendance à utiliser une série de personnages historiques afin de servir une vision quasi-essentialisante du peuple Breton, considéré comme une entité autonome et immuable caractérisée entre autres par la défense de grandes valeurs. Ce peuple Breton, localisable dès l’Antiquité dans la Bretagne insulaire et l’Armorique / en Bretagne continentale aujourd’hui, est présenté comme rebelle à toute domination qui le priverait des valeurs qui lui sont chères : l’égalité, la justice sociale, l’égalité entre les sexes, l’opposition à la torture au nom de la dignité humaine… Des valeurs qui seraient toutes ou en partie défendues par quelques rebelles et révoltés de Bretagne depuis près de 2.000 ans. Mais peut-on réellement envisager une continuité entre la révolte de Boudicca au début de notre ère et le combat de Jean Jacques Le Goarning pour donner des noms celtiques à ses enfants durant l’après guerre ? Concrètement, non, si l’on replace les événements dans leur contexte. Et c’est bien le souci de la présentation de cet ouvrage qui tend à gommer les contextes particuliers pour broder une sorte de roman continue de l’esprit rebelle breton. On se retrouve du coup avec des interprétations anachroniques comme Boudicca symbole de la parité ancestrale en Bretagne… Comme si les rapports d’égalité entre les sexes sur 2.000 ans d’histoire pouvaient se limiter à Boudicca… Force est de constater que dans cet ouvrage les personnages sont triés sur le volet selon l’image qu’on veut leur faire incarner et que l’on veut associer à un peuple breton considéré comme immuable. Et pourtant un choix différent aurait pu véhiculer une image différente, pensons par exemple à la carrière négrière de Surcouf, au royalisme et au catholicisme de Chateaubriand, à la carrière de député de l’ex-chouan Guy Aubert de Trégomain durant la Restauration ou encore au mouvement SS Bezen Perot (cité toutefois) fondé par le nationaliste breton Célestin Lainé… Le choix des personnages est donc loin d’être neutre, les quelques exemples cités ici montrent que parmi les personnages illustres de l’histoire de la Bretagne on a aussi eu des personnes éloignées des valeurs précitées ou qui surent trouver leur place auprès des représentants du pouvoir français. Du coup une étude plus objective aurait certainement pu montrer que les rapports des Bretons au pouvoir français ne peuvent pas se limiter à l’image d’un peuple qui se démène contre une acculturation forcée, à des rebelles ayant de tout temps œuvrés contre « une épuration ethnique systématique» et « génocide intermédiaire » pour reprendre les propos de Jean Jacques Le Goarning sur lesquels se conclue l’ouvrage.

...mais une lecture réellement agréable !

En à peine plus de 200 pages Thierry Jigourel nous dresse une quinzaine de courtes biographies : Boudicca, la reine veuve qui se souleva contre l’envahisseur romain après le viol de ses filles et les tentatives de spoliations de ses terres; Nominoë, le comte de Vannes qui revendiquât son indépendance au détriment des Francs de Charles le Chauve au IXe siècle ; Anne de Bretagne, la jeune duchesse contrainte de devenir reine de France ; Sébastien Le Balp, chef de file de la révolte populaire contre les impôts de Louis XIV ; Pontcallec, figure emblématique de la conjuration de la petite noblesse contre l’imposition de Louis XV ; La Chalotais, procureur général du Parlement de Bretagne, exilé pour avoir défendu cette institution face aux abus fiscaux du Duc d’Aiguillon ; René Jean de Botherel du Plessis, qui défend les « droits et libertés » de la Bretagne contre Louis XVI puis contre les Révolutionnaires ; Armand Tuffin de la Rouërie, ancien de la guerre d’indépendance américaine passé dans les rangs de la contre-révolution ; Cadoudal, héros de la Chouannerie ; Emile Masson, libertaire régionaliste cofondateur du Parti Nationaliste Breton sous la IIIe République ; Louis Napoléon Le Roux, séparatiste et réfractaire influencé par la récolte irlandaise de 1916 ; Fant Rozec, alias « Meaven », dite la « Vierge rouge », idole du Gwenn ha Du (mouvement clandestin séparatiste) qui avait compris précocement l’efficacité du duo attentats symboliques / médiatisation ; le général Jacques Pâris de Bolladière, qui
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dénonça la torture en Algérie ; Morvan Lebesque, autonomiste marxiste auteur dans les années 1970’s du fameux « Comment peut-on être Breton ? » mis en partie en musique par le groupe Tri Yann ; Glenmor, chanteur breton charismatique ; et Jean Jacques Le Goarning qui dans les années 1950’s / 1970’s s’opposa à la Justice française pour faire accepter les noms celtiques qu’il avait donné à ses douze enfants.

Le style est facile à lire, romancé, n’hésitant pas à jouer sur le pathos et sur l’épique pour valoriser les personnages présentés. Des personnages qui bien entendu sont toujours porteurs d’une fougue et d’un farouche esprit de liberté que l’auteur veut dresser en valeur primordiale d’un peuple breton en quête perpétuelle de souveraineté. Un message nationaliste à peine voilé. La juxtaposition de biographies a ses avantages et ses inconvénients : d’un côté il permet au lecteur de sectionner aisément son temps de lecture, ou de ne se pencher rapidement que sur tel ou tel personnage qui l’intéresse plus particulièrement, mais d’un autre côté ce procédé entraine de multiples répétitions d’éléments de contexte entre personnages contemporains (Botherel et La Rouërie par exemple). Néanmoins, nous avons là un ouvrage très agréable à lire, proche dans sa démarche des subaltern studies avec cette volonté de mettre en lumière le combat d’un peuple contre les tentatives de soumission des grands états nation européens. On retrouve d’ailleurs aussi de façon latente cette orientation à gauche que l’on retrouve souvent dans les subaltern studies.

Pour conclure : il est évident que « Grands rebelles et révoltés de Bretagne » de Thierry Jigourel est un livre très influencé par un régionalisme de gauche, mais qui se révèle très plaisant et facile à lire, en toute connaissance de cause. Un livre qui plaira à tous les amoureux de la Bretagne mais aussi à ceux qui souhaitent découvrir le champ d’expérience du régionalisme breton.

 

JIGOUREL Thierry, Grands rebelles et révoltés de Bretagne, Editions Ouest-France, 2013.

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