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Kennedy ou l'invention du mensonge (S Trano)

kennedy tranoAu sein de la cohorte de biographies publiée à l'occasion du cinquantième anniversaire de la mort du 35e Président des Etats-Unis, Kennedy ou l'invention du mensonge se distingue nettement. Stéphane Xavier Trano, journaliste savoyard résidant à Chicago et militant de longue date pour les droits civiques, s'y attache à dépeindre la face sombre de JFK.

 

Cependant, il ne s'agit pas là du classique procès à charge, le cocktail habituel de conspirationnisme sur fond de mafia, mêlant sexe et drogue. C'est bien plus le marketing politique ayant sous tendu la carrière du John Kennedy qui est ici dénoncé, et c'est bien là tout ce qui fait l'intérêt de l'ouvrage.

Mille mensonges pour un mythe

L'histoire de la carrière de JFK c'est avant tout celle des ambitions et des projets de parents et surtout d'un père qui se rêvent un destin présidentiel.

De manière particulièrement intéressante, Stéphane Trano, relate à quel point une certaine pratique de la communication est indissociable, dès ses origines, de l'épopée des Kennedy. Ainsi, il montre comment le couple Jospeh et Rose Kennedy, alimenta une légende quant au début de leur ascension. Celle d'immigrants irlandais, modestes et travailleurs, ayant triomphé de l'adversité et des réticences des 'Brahmanes' (les américains d'origine anglaise et protestants) pour se hisser au plus haut rang de la bonne société de Boston. Bref, l'incarnation même du fameux rêve américain. La réalité est bien évidemment sensiblement différente. Les Kennedy, tous comme les Fitzgerald ne sont pas arrivés en Nouvelle Angleterre les mains vides (sans compter leurs origines éminemment aristocratiques) et ils ont profité à plein d'un système politique qui a vite compris l'intérêt de récupérer les voix des immigrants, quelle que soit leur origine ethnique ou leur confession.

Autre mythe que l'auteur s'attache à déconstruire c'est celui de JFK figure tutélaire du progressisme et du combat pour l'égalité raciale aux Etats-Unis. Le président ne fut jamais vraiment sensible à cette question. De par ses origines, ses fréquentations, il ne pouvait guère être au fait des souffrances du prolétariat urbain noir du Nord ou des populations soumises à la ségrégation dans le sud. Sans compter sur le fait qu'il se devait de maintenir de bonnes relations avec les démocrates du sud, pour la plupart ségrégationnistes et essentiels à son assise au Congrès. On le sait, John et son frère Robert n'accompagnèrent le mouvement des droits civiques que contraints et forcés notamment après l'épisode des 'Freedom rides'. Il n'en reste pas moins qu'ils se montrèrent très méfiants à l'égard de Martin Luther King qu'ils firent même surveiller par le FBI.

Autre point intéressant que l'auteur à le mérite de souligner, l'ambiguïté des rapports que John Kennedy, son père et sa fratrie entretinrent avec le parti démocrate et certaines de ses personnalités. On découvre ainsi comment John et son père, durent contenir l'influence de démocratiques historiques, comme Eleanor Roosevelet qui dès 1958 exprime publiquement ses doutes sur le sénateur Kennedy. La femme de l'ancien président (qui on le sait entretint des rapports houleux avec Joseph Kennedy) n'exprime pas non seulement ses doutes quant aux prises de positions de John (elle ne lui a pas pardonné sa complaisance avec le McCarthysme), mais elle lui reproche surtout de compter sur l'influence et l'argent de son père, pour triompher de ses adversaires.

C'est là l'occasion de revenir sur le parcours mais aussi sur les réseaux que Joseph Kennedy activa pour assurer le succès de ses campagnes de son fils et notamment certains cercles de où se mêlent représentants du crime organisé, politiciens corrompus et de célèbres artistes (on pensera au fameux 'Rat Pack'), compagnons de débauche de JFK et de son frère Robert.

Bien évidemment, Stéphane Taro ne fait pas l'impasse sur le décalage entre l'image officielle du président Kennedy, celle d'un leader de premier plan, vigoureux et résolu et la réalité bien plus complexe d'un homme à la santé très fragile, parfois hésitant dans l'exercice du pouvoir. Il n'hésite pas à non plus à revenir sur la relation étonnante qui lia JFK à son épouse Jackie, scellée par une ambition et un goût du pouvoir commun, transcendant toutes les frasques et les infidélités.

Enfin l'auteur s'attarde sur la postérité immédiate du mythe John Kennedy, en s'interrogeant non seulement sur les conséquences de son assassinat mais aussi sur la carrière ultérieure de son frère Robert. Là encore un bel exemple de marketing politique où les faits sont largement manipulés par le clan Kennedy ce qui complique singulièrement le travail des historiens, tout comme celui des essayistes.

Notre avis

A n'en pas douter Kennedy ou l'invention du mensonge est un essai sérieux et rigoureusement documenté. Bien qu'il reste une œuvre journalistique il n'est pas dépourvu d'intérêt historique, loin s'en faut. Ainsi l'auteur est à même d'exposer clairement quelles sont les difficultés qu'ont imposé, et imposent toujours, les volontés du clan Kennedy, à qui s'intéresserait aux parts les plus sombres de la carrière de JFK. C'est aussi l'occasion de faire un sort aux thuriféraires du président assassiné et aux biographies classiques de Sorensen ou Schlesinger.

Des mensonges sur les origines de sa famille, à la carrière sinueuse de son père, l'auteur explicite agréablement à quel point l'ascension de JFK ne pouvait qu'être consubstantielle de la dissimulation et de la manipulation. Si des détails intimes sont exposés, l'ouvrage ne tombe jamais dans le graveleux et suit constamment son fil rouge à savoir l'impact de nombreux secrets sur la pratique du pouvoir par John Kennedy. Autre point intéressant, Stéphane Trano démontre à quel point le mythe JFK biaise encore la politique américaine, notamment au vu de son utilisation, maladroite (voire tout à fait malhonnête), par l'actuel président...

Au final un ouvrage à recommander pour tous ceux qui s'intéressent au 35e président des Etats-Unis, à son époque et aux mœurs politiques complexes de ce pays.

S. TRANO, Kennedy ou l'invention du mensonge, Editions de l'Archipel, 2013.

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