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Inoubliable Eugénie de Montijo (G. Chauvel)

eugénieEugénie de Montijo, dernière Impératrice des Français, a longtemps été décriée, accusée de tous les malheurs de la France. Elle n'a jamais écrit ses Mémoires, ayant toujours refusé de s'expliquer, encore plus de se justifier. Geneviève Chauvel dans « Inoubliable Eugénie » nous propose le roman de la vie de l'Impératrice, en quelques sortes ses Mémoires posthumes, mais surtout une autre vision de l'Impératrice.

 

Eugénie Libre et Indépendante

Eugénie de Montijo, issue d'une noble famille des « Grands d'Espagne » dont l'ancêtre était conseiller de Charles Quint, est élevée dans le respect, le sacrifice au nom de l'idéal et l'honneur avec une devise « mon roi plutôt que mon sang » et au son de trois mots « Empereur, Grande Armée, Napoléon ». De sang chaud comme toute Andalouse et indépendante, elle participe aux chasses et au tri des toros prévus pour les arènes ; de fort caractère, elle supporte avec courage la mort de son père car « une Montijo ne se cache pas ».

Adepte comme lui de la seule liberté qui est celle de l'esprit, il lui disait souvent « « forge tes idées et suis-les », elle apprend le courage pendant sa difficile éducation au couvent du Sacré Cœur ou au pensionnat en Angleterre. Etrangère aux cheveux roux et aux yeux bleus, obligée d'abandonner l'espagnol, l'histoire de France ne se résumant qu'à quelques mots, « le bon oncle » Prosper Mérimée et Mr Beyle « Stendhal » se chargent de la langue française, des musées et du théâtre, sa gouvernante de l'anglais et le colonel Amoros ancien de la Grande Armée lui enseigne au Gymnase tous les exercices du corps : escrime, équitation, danse, maniement du poignard et du pistolet.

« La belle Espagnole » se fait remarquer dans les salons par ses goûts de liberté et d'égalité ; déterminée, elle ne cède pas à « Plon-Plon » le neveu ; traitée d'aventurière lorsqu'elle est invitée à l'Elysée et à Saint Cloud, mais présentée à Louis Napoléon, Eugénie n'aspire qu'à un bonheur simple. « L'intrigante qui voulait être impératrice » est épiée, calomniée, humiliée en public, mais digne dans l'adversité gardant toujours la tête haute jusqu'à son mariage le 30 janvier 1853 avec Louis Napoléon, premier empereur qui épouse la femme qu'il aime.

Eugénie trois fois Régente

Régente par trois fois, elle va remplir sa mission de « médiatrice entre ceux qui souffrent et celui qui peut y porter remède », entamant des réformes concernant la délinquance des jeunes avec des prisons moins dures et une assistance psychologique, en les faisant travailler au lieu de les laisser en prison ; l'amélioration dans les hôpitaux avec plus de personnel, plus de lumière ; l'éducation en favorisant l'école publique et l'attribution de bourses aux défavorisés, en proposant une éducation secondaire pour les jeunes filles ; l'attribution d'une première légion d'honneur à une femme peintre.

Eugénie est présente sur tous les fronts et resplendissante face à tous lors de ses voyages comme pour l'inauguration du canal de Suez, malgré la mort de sa chère sœur, la maladie de son époux, les tractations au Mexique, le remaniement du gouvernement et les « distractions » de son époux.

« L'espagnole responsable de la ruine de l'Empire » va pourtant tout faire pour sauver la France et l'honneur national, en s'adressant au peuple, en prévoyant la défense de Paris en cas de siège, en agrandissant les centres de secours, en instaurant un gouvernement annexe à Tours, en suppliant son époux de tenir bon et de rentrer vainqueur en 1870. Courageuse et avec du sang-froid, Eugénie refuse d'abdiquer et de déserter au nom de l'honneur « on peut céder ce qu'on possède, jamais ce qu'on a reçu en dépôt ». Ne s'apitoyant pas sur son sort bien que dépouillée de tout, elle refuse de signer un traité de paix où la France perdrait des territoires.

En Angleterre, alors qu'elle vient de retrouver Louis Napoléon, elle a le soutien de la reine Victoria lors des funérailles de son très cher époux en janvier 1873 et digne jusqu'au bout, elle remercie un à un les partisans et serviteurs de l'Empire, sans fléchir. Accusée d'avoir subtilisé le testament de Napoléon III pour s'emparer de sa fortune au détriment de leur fils et traitée de femme fatale, elle s'abstient de tout commentaire, ne voulant pas se défendre « préférant la calomnie plutôt que de s'abaisser jusqu'aux calomniateurs ».

L'honneur lavé de Napoléon III

famille de lempereurGrâce à sa force de caractère dans des moments si difficiles et afin que le jeune héritier ne subisse pas les aigreurs du reste de la famille, Eugénie décide de se vouer à son fils unique qui part faire la guerre en février 1879 au Cap sous bannière anglaise. Abandonné par son capitaine qui s'est enfui, il meurt début juin 1879, transpercé par les Zoulous. Malgré l'appui de Victoria, Plon-Plon fort mécontent du testament du jeune homme (c'est son fils Victor qui hérite) rend une nouvelle fois Eugénie responsable de la mort de l'héritier, « parti sous un corps étranger pour gagner quelque argent », afin d'éponger ses dettes.

Après le décès de sa mère en 1880 en Espagne, Eugénie se sent vraiment seule et souhaite partir au Cap, s'imprégner du pays qui a vu disparaitre son fils, entreprendre une sorte de pèlerinage, puis rentrer en Angleterre après une escale à Sainte-Hélène. Dans sa nouvelle propriété à Farnborough dans le sud de l'Angleterre et entre deux voyages en Europe, au Maroc ou à Ceylan, elle prépare le centre du souvenir de Napoléon III et du prince impérial, tout en s'occupant de ses œuvres et de l'enrichissement de la mémoire des Bonaparte.

Mais en cette fin de siècle où la société est bouleversée, elle est très touchée par la disparition de ses connaissances : Ferdinand de Lesseps, Metternich, l'impératrice Elisabeth, la reine Victoria en 1901, son neveu Carlos, la princesse Mathilde en 1904, le roi du Danemark en 1909, le roi Edouard en 1910. Elle accueille toujours diplomates, hommes de lettres (Lucien Daudet, Cocteau), hommes de sciences, historiens, ministres, explorateurs pour de brillantes conversations, mais les Cours Européennes rajeunissent. La nouvelle génération lui raconte l'évolution de leur pays, lui demande conseils, lui fait part de leur inquiétude : c'est la Doyenne, elle est tant appréciée.

Sollicitée par les journalistes ou les historiens afin qu'elle laisse ses Mémoires, elle refuse toujours. Pourtant, elle souhaite parler à un diplomate, lui expliquer les agissements de son époux sur des points spécifiques : le Mexique, la guerre d'Italie, Sedan, afin de faire taire toutes les calomnies, faire comprendre aux générations futures qu'il n'a pas été lâche lors de la défaite et la perte de territoires.

La tension monte en Europe et la guerre est déclarée. Eugénie qui se sent revenir en 1870, organise sa propriété en conséquence : lits supplémentaires, médicaments, vivres et surtout des mots de réconfort aux malades et blessés accueillis à Farnborough. Bien qu'elle soit âgée de 90 ans, n'y voyant presque plus, elle envoie des lettres de supplication aux pays étrangers pour obtenir une médiation jusqu'à l'annonce de l'armistice le 11 novembre 1918.

Par un heureux hasard, et avec le soutien du fils illégitime de l'Empereur, elle peut enfin laver l'honneur de Napoléon III, en transmettant à Clémenceau la fameuse lettre du roi de Prusse datant de 47 ans. La France récupère ainsi ses deux provinces l'Alsace et la Lorraine sans conditions. Avant de faire un dernier voyage en Espagne, après avoir reçu les remerciements chaleureux de Clémenceau et les insignes de Dame Grand Croix de l'empire britannique, elle rédige son testament en léguant à la cathédrale de Reims son objet le plus précieux « le Talisman de Charlemagne », reçu lors de son mariage.

Des Hommages dignes de souverains

Au printemps 1920, accueillie par ses neveux et nièces à Gibraltar, toute l'Espagne accoure voir « la Grande d'Espagne devenue Impératrice des Français ». Elle vit des moments intenses lors des bals, réceptions chez la Reine, et corridas en son honneur, mais Eugénie n'aperçoit que des ombres. Grâce au grand spécialiste madrilène, une semaine après son opération réussie, elle reprend la plume pour écrire son bonheur et prévoit encore de nombreux voyages ; mais subitement le 11 juillet 1920, prise de convulsions et après les derniers sacrements, Eugénie Montijo meurt dans le pays qui l'a vu naitre.

Alphonse XIII demande un hommage solennel comme pour un souverain régnant. Sa dépouille est ramenée en Angleterre, traversant toute la France. Après la cérémonie du 20 juillet où les rois, les princes, les grands noms de l'empire, les cavaliers, les fantassins, la garde irlandaise sont présents, elle rejoint ses deux êtres les plus chers, l'âme en paix.

Notre avis

Geneviève Chauvel ne s'est pas contentée d'un simple roman. A base de documents d'archives, de témoignages de personnalités ayant côtoyé l'Impératrice, de courriers de diplomates et d'ambassadeurs, de lettres des proches et de ses amis sincères, ainsi que de certains entretiens qu'Eugénie avait accepté de donner, l'auteur nous fait revivre cette femme au grand cœur, accusée à tort. C'est un récit poignant et d'une grande sensibilité.

Inoubliable Eugénie : L'Impératrice des Français, de Geneviève Chauvel. France empire, février 2014.

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