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Louis XV, le trop aimé (J.C Petifils)

louis xv petifilsEn poursuivant sa série de biographies des rois de France avec un Louis XV, Jean-Christian Petitfils semble bien placé pour succéder à Georges Bordonove. L'esprit de compilation semble en effet primer sur la nouveauté historiographique.

 

Une vulgarisation séduisante

Petitfils, on le sait, est un vulgarisateur qui séduit aisément. Il aime replacer en contexte les événements qu'il raconte de manière à permettre au lecteur de le suivre avec plaisir. Il n'hésite pas à aplanir pour lui les obstacles et à transformer les personnages historiques en protagonistes de roman. L'approche est cependant ici assez datée, les guerres du règne de Louis XV sont décrites par le menu et font ressembler l'ouvrage à une synthèse d'histoire-bataille et si le lecteur est bel et bien guidé, c'est aussi surtout pour mieux lui mettre des œillères.

L'exaltation de la monarchie

Dans la monarchie de Jean-Christian Petitfils, tout est toujours plus beau, tout est toujours plus grand et ceux qui ont tenu des propos plus nuancés ne sont que de méchants pourfendeurs de la belle France d'autrefois. Chez Petitfils, la France de Louis XV est un pays de cocagne bien policé, même la sexualité très libérée de la haute société du XVIIIe siècle devient simple galanterie de bon aloi. A vrai dire, l'hypocrisie de la pudeur est poussée si loin que même les aventures extraconjugales du dauphin, fils de Louis XV, sont niées. Les historiens précédents auraient « commis un contresens » nous dit l'auteur. N'en déplaise à Petitfils, elles sont cependant très bien documentées. S'il s'agit certes d'un point de détail, il en dit cependant beaucoup sur la manière dont ce biographe de Louis XV traite (ou faut-il dire maltraite ?) l'histoire.

Comme il lui est tout de même difficile d'aller jusqu'à faire du Bien-Aimé un prix de vertu, il faut absolument compenser en lui trouvant de multiples autres qualités. Les louanges des contemporains sont reprises sans aucun esprit critique et l'auteur de s'extasier : « Quel port majestueux en effet ! Quel digne successeur de Louis XIV que ce bel athlète à la taille cambrée, à l'allure pleine de prestance et de grandeur. [...] Comment ne pas louer sa patience, sa gentillesse naturelle ? »
Louis XV est également un bon roi, qu'on se le dise. Dès son plus jeune âge, Petitfils nous le présente comme un stratège politique. Il ne doit plus apparaître comme un « prince faible et indolent, prisant peu le pouvoir » mais comme un monarque qui expérimente « avec jubilation le grand art de la politique : le secret, la dissimulation, la fourberie, la patience, dans la meilleure tradition des Bourbons ». Tout un programme. Paradoxalement, c'est aussi un roi qui ne règnerait pas jusqu'à la mort de Fleury en 1743 car le grand tort de Louis XV serait d'être trop modeste et de ne pas assez se faire confiance.
Louis XV

C'était mieux avant

Le grand dada de Petitfils, c'est aussi la comparaison entre l'Ancien Régime et le monde contemporain, afin de mieux valoriser le premier bien entendu. On n'échappe pas à son habituelle rhétorique sur les 50 000 officiers qui faisaient tourner le royaume tandis qu'il nous faut aujourd'hui 5,5 millions de fonctionnaires, comme si la France de Louis XV était strictement équivalente à celle de 2015. De la même manière, il aime donner des leçons d'histoire taillées à grands coups de serpe : « Débarrassons-nous des clichés éculés qui traînent dans les manuels scolaires » nous assène-t-il avant de nous expliquer que les prélèvements fiscaux de la France du XVIIIe siècle étaient bien faibles et que le manant se plaignait pour rien. En cela l'ancien banquier se montre ou peu perspicace ou de mauvaise foi. En effet, Joël Félix (Finances et politiques au siècle des Lumières, Paris, 1999) a bien montré que la réalité était plus complexe et qu'elle nécessitait au moins de prendre en compte les revenus extraordinaires prélevés en temps de guerre ainsi que la globalité des taxes et des impôts prélevés dans le royaume, ce que ne font pas les sources qui servent ici de référence.

Notre avis

La biographie de Petitfils se lit aisément mais elle est à la fois un tableau biaisé du règne de Louis XV et une longue réfutation, qui vire à l'obsession, de sa réputation de mauvais roi. Elle ne s'inspire que très partiellement des travaux récents (ceux de Bernard Hours notamment) et n'en retient que ce qui accrédite la thèse de l'auteur. On reste donc sur sa faim, on est souvent agacé et surtout, on peine à comprendre comment une telle œuvre à thèse peut suivre l'hagiographie précédemment publiée sur Louis XVI puisque, précisément, le roi guillotiné avait fondé son règne sur une opposition systématique aux mesures prises par son prédécesseur.

Jean-Christian Petitfils, Louis XV, Perrin, 2014.

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