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Dix ans avec Napoléon (C.F de Méneval)

10 ansIl fut au premier rang lors des grandes heures du Premier Empire, d'Austerlitz à Tilsit, de Wagram à la campagne de Russie. Il fut dans la proximité immédiate de Napoléon de 1802 à 1813, puis au service de l'Impératrice jusqu'à la chute de l'Empire. Il était encore là lors des Cent-Jours et resta fidèle à l'exilé de Sainte-Hélène. Qui mieux que le secrétaire particulier de l'Empereur pouvait nous raconter ce que fut l'intimité d'un règne ? Qui fut Napoléon dans les coulisses du pouvoir ? Aujourd'hui, Alain Fillion nous propose une version courte des Mémoires de Claude François de Méneval, centrée essentiellement sur la période napoléonienne et ce qu'elle nous permet de découvrir de la personnalité du souverain.coup-de-coeur

 

 

Claude François de Méneval, secrétaire particulier de l'Empereur

Claude François de Méneval est connu pour sa longue carrière dans l'ombre de Napoléon Ier. Sorti du collège Mazarin par les affres de la Révolution, Méneval fut journaliste et évolua dans les milieux littéraires et artistiques où il se lia d'amitié avec Louis Bonaparte, Méneval gravite dans la sphère familiale du Premier Consul et finit par se voir confier le poste de secrétaire de Joseph Bonaparte. C'est à ce titre qu'il participe aux négociations de Mortefontaine entre la République française et la République américaine. C'est à cette occasion qu'il rencontre Napoléon Bonaparte dont il devient par la suite, en 1802, le secrétaire du portefeuille à la place de Bourrienne. Âgé de tout juste 24 ans, le jeune de Méneval est chargé de la difficile tâche consistant à prendre sous la dictée ordres et lettres de Napoléon à toute heure du jour ou de la nuit. S'adaptant à la dictée rapide du chef d'État peu enclin à se répéter, Méneval dut mettre au point une sténographie toute personnelle : « Je n'aurai jamais pu écrire littéralement tout ce que l'Empereur dictait, mais je notais les principaux points qui me servaient comme des repères, et les expressions caractéristiques. Je refaisais la lettre à peu près dans les mêmes termes et lorsqu'il la relisait avant de la signer, ce qui n'arrivait que quand l'objet était épineux et le préoccupait, il y retrouvait sa manière ». Claude François de Méneval vécut donc dans l'intimité de l'Empereur, toujours prêt à reprendre la plume, suivant le souverain dans les dorures des palais parisiens et les bivouacs de la Grande Armée aux quatre coins de l'Europe. Seul à ses débuts pour gérer l'abondante correspondance impériale, il ne tarde pas à s'entourer d'une équipe d'archivistes, de cartographes, de gardiens du portefeuille... Partout aux côtés de l'homme au bicorne, il assiste et participe aux moments les plus importants du Premier Empire : il prend sous la fougueuse dictée de Napoléon la proclamation d'Austerlitz, il est à Tilsit lors de l'entrevue de son maitre avec le Tzar de Russie, puis au Congrès d'Erfurt en 1808 devant « un parterre de roi », il assiste à la victoire de Wagram en 1809 et suit la Grande Armée en Russie en 1812... Plus que d'autres mémorialistes, Méneval fut véritablement dans l'intimité d'un règne. Lors de son mariage en 1807 ses témoins ne sont autres que Napoléon et Joséphine qui lui font un don de 100.000 francs-or et offrent au jeune couple un appartement aux Tuileries ! Chevalier de la Légion d'honneur en 1806, de Méneval devient Baron d'Empire en 1810, maitre des requêtes au Conseil d'État en 1812 puis duc et conseiller d'État après Waterloo.

Claude François de MénevalLa difficile et funeste campagne de Russie marque un tournant dans sa carrière. Affaibli physiquement par cette épreuve, il est rapatrié en traineau sur Paris où l'Empereur lui offre un poste « de convalescence » : Secrétaire des commandements de l'Impératrice Marie-Louise. Malgré les demandes régulières de Napoléon, il ne fut plus son secrétaire et fut remplacé en 1813 par le baron Fain. Jusqu'à la fin de l'Empire, de Méneval resta aux côtés de l'Impératrice et du Roi de Rome jusque dans la fuite vers Rambouillet puis Blois pour échapper aux cosaques lors de la campagne de France de 1814. En 1815, de Méneval rejoint l'Empereur à Paris et refuse de servir les Bourbons après l'ultime défaite.

À Sainte-Hélène, l'Empereur déchu garda un souvenir amical et chaleureux de ce secrétaire qui le secondait aux grandes heures de l'épopée. Il écrivit : « Méneval était doux, réservé, zélé, fort secret, travaillant en tout temps et à toute heure. Il ne m'a jamais donné que satisfaction et agrément et je l'ai fort aimé ». Ultime reconnaissance, le Prométhée de Sainte-Hélène coucha Méneval sur son testament et lui légat 100.000 francs. Retiré au château de l'Ermitage, à Gif-sur-Yvette, Méneval se consacre à la rédaction de ses Mémoires avant de s'éteindre le 18 juin 1850, à l'âge de 72 ans. En cela, et ainsi qu'il le rapporte, il ne faisait que donner raison au défunt Empereur qui lui avait déclaré : « Vous ne résisterez pas au désir d'écrire des mémoires »...

Dix ans avec Napoléon

Ce qui fait la particularité des Mémoires de Méneval, c'est qu'il ne s'agit pas des souvenirs d'un grognard ayant bourlingué avec la Grande Armée, ni de celle d'un officier couchant sur le papier les grandes heures de l'épopée. Il ne fut pas un sabreur et ne servit l'Empereur que par la pointe de sa plume et son esprit toujours alerte. Ces mémoires s'éloignent donc de la sphère militaire pour nous offrir un autre prisme, un autre angle d'étude sur Napoléon. Toujours dans la proximité du souverain, toujours au plus près des actes importants, Méneval fut un témoin privilégié de la face cachée du monarque. Il ne cherche pas à faire une énième histoire des campagnes napoléoniennes, déjà bien traitées quand il se met à écrire, mais vise plutôt à tracer de Napoléon un portrait plus humain, plus vrai.

Alain Fillion, historien et ancien conseiller au Plan, a voulu épurer encore un peu ce travail de mémoire pour offrir au lecteur du XXIe siècle un témoignage d'un peu moins de trois cents pages, mais entièrement concentré sur la période napoléonienne, traitée dans les trois premiers tomes des mémoires, en privilégiant « ce qui concerne la personnalité de Napoléon et de ses proches, son caractère, sa vie intime et ses relations avec son entourage ou les hommes et les femmes qu'il a rencontrées sur sa route ».

Une réédition qui tombe à point nommée en cette période de bicentenaire et qui nous invite à découvrir l'homme derrière l'Empereur. Des mémoires qui se lisent comme un roman !

Son écriture était un assemblage de caractère sans liaison et indéchiffrables. La moitié des lettres manquaient aux mots. Il ne pouvait se relire ou il ne voulait pas en prendre la peine. Si une explication lui était demandée, il reprenait son brouillon qu'il déchirait ou jetait au feu et dictait sur nouveaux frais ; c'était les mêmes idées, mais avec des expressions et une rédaction différente.
L'orthographe de son écriture était incorrecte quoiqu'il sût bien en reprendre les fautes dans l'écriture des autres. C'était une négligence passée en habitude ; il ne voulait pas que l'attention qu'il aurait donnée à l'orthographe pût brouiller ou rompre le fil de ses idées. Dans les chiffres, dont l'exactitude est absolue et positive, Napoléon commettait aussi des erreurs. Il aurait pu résoudre les problèmes de mathématique les plus compliqués et il a fait rarement une addition juste. Il est vrai de dire que ces erreurs n'étaient pas toujours commises sans dessein. Par exemple dans les calculs du nombre d'hommes qui devaient composer ses bataillons, ses régiments ou ses divisions, il enflait toujours le résumé total. On ne peut guère croire qu'il ait ainsi voulu se faire illusion à lui-même ; mais il jugeait souvent utile de donner le change sur la force de ses corps. Quelque représentation qu'on lui fît à cet égard, il repoussait l'évidence et persistait opiniâtrement dans cette erreur volontaire de calcul. Son écriture était illisible, et il détestait les écritures difficiles à lire. Ses billets ou le peu de lignes qu'il lui arrivait d'écrire, et qui n'exigeaient pas de contention d'esprit, étaient en général exempts de fautes d'orthographes, excepté dans certains mots où ces fautes se représentaient invariablement. Il écrivait par exemple, cabinet, Caffarelli, gabinet, Gaffarelli, afin que, enfin que, infanterie, enfanterie. Les premiers mots sont évidemment des réminiscences de la langue maternelle, les seules qui lui soient restées de sa première enfance ; les autres : enfin que, enfanterie, n'ont pas d'analogie avec la langue italienne. Il connaissait mal cette langue et évitait les occasions de la parler. Il ne s'y résignait qu'avec les Italiens qui ne savaient pas le français, ou qui éprouvaient trop de difficulté à s'exprimer dans notre langue. Je l'ai entendu quelquefois causer avec des Italiens, son langage était un français italianisé avec des terminaisons en i, en o et en a.


Claude François de Méneval, Dix ans avec Napoléon, édition établie par Alain Fillion, Cherche Midi, 2014 (réed. 1893).

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