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Caligula, biographie de Jean-Noël Castorio

caligula castorioLa dynastie julio-claudienne est le sujet de nombreux fantasmes : folie, démesure, crimes et sexe sont des lieux communs lorsque l'on traite des débuts de l'Empire romain. Qui mieux que Caligula synthétise toutes ces turpitudes ? Tinto Brass met en scène cet imaginaire dans son film Caligula en 1979, transgressant certaines limites cinématographiques. Qui était vraiment l'Empereur « fou » ? Est-il possible de le savoir tant les traditions historiographiques ont modifié notre perception des débuts de l'Empire dès la fin du Ier siècle. Jean-Noel Castorio qui avait déjà rédigé une biographie sur Messaline nous propose une nouvelle biographie de Caligula aux éditions Ellipses avec la même méthode.

 

Une approche nouvelle

Dans l'introduction, Jean-Noel Castorio fait un rapide bilan historiographique : tentative d'explications psychologiques, innovateur politique incompris ou véritable fou, les biographies de l'empereur oscillent entre ces trois axes. L'auteur souhaite rédiger une nouvelle biographie qui serait différente. Pour cela, il reprend une méthodologie déjà éprouvée.

Messaline comme Caligula sont des figures littéraires dans les écrits de l'Antiquité. Il est par conséquent très difficile de savoir qui étaient vraiment ces individus. Pour avoir un nouveau regard, il convient donc de prendre en compte ce fait et d'analyser cette construction pour ce qu'elle est, à savoir un reflet « du vrai Caligula » « mort un beau matin de janvier 41 sous les coups de glaives de conspirateurs » (p. 16).

L'auteur commence par replacer la biographie de Caligula dans le cadre plus large de la propagande impériale et germanicienne. Fils de l'illustre général et héritier désigné, Caligula devient son contre-portrait au fil du temps. Les qualités supposées du père défunt ont facilité son accession au trône et renforcé sa légitimité plurielle : une légitimité du sang, une autre tirée de son attache populaire et une dernière fondée sur les armes. Ce que montre bien l'auteur, c'est l'importance de la propagande liée à la figure de Germanicus dès son vivant et avant le règne de Caligula dans le cadre d'une lutte pour le pouvoir : Germanicus apparaît comme un prince idéal qui refuse l'idéal monarchique, respecte le Sénat et ne manifeste aucune hostilité envers les anciennes institutions . Cette image permet de dénigrer les monarques julio-claudiens tels que Tibère. Derrière le mythe, le personnage semble assez « falot » p. 73 et selon A. A. Barrett cité par Jean-Noël Castorio, il est « beaucoup plus important après sa mort que durant sa vie ». Les récits sur la mutinerie de l'année 14 laissent entrevoir un homme subissant plus les évènements que les contrôlant. Sa mission diplomatique en Asie est en revanche un succès non négligeable.

Le chapitre 2 aborde longuement la place, les réseaux et le rôle de Caligula durant les dernières années du règne de Tibère. Après un portrait de l'empereur régnant, la mise en exergue de ses relations avec la famille germanicienne, sont longuement abordés la place et le rôle de Séjan auprès du Prince : le préfet du prétoire a beaucoup œuvré contre les héritiers de Germanicus et est notamment à l'origine du décès de sa mère Agrippine et de ses frères Drusus et Néron César. Malgré cela, Tibère choisit Caligula comme héritier. Cette succession aurait été favorisée par de précieux soutiens tels que Macron, préfet du prétoire ou Hérode Agrippa. L'auteur aborde aussi la relation « littéraire » entre Tibère et Caligula. : si le viel empereur a transmis l'empire, il serait aussi à l'origine des vices du futur souverain.

L'auteur découpe une partie de son ouvrage de manière thématique : rappelant l'œuvre de Dante, les différents cercles de « péchés » de Caligula forment les titres des chapitres et fournissent le cadre d'étude d'un aspect du règne. L'auteur retrace ensuite les grands traits du règne et leur traitement littéraire. Partant de l'assassinat, il montre à quels points l'historiographie a modelé notre perception des évènements et masqué des faits bien rééls et notamment certains complots. Le chapitre IV notamment montre les difficultés du système impérial naissant, avec sa cour et ses intrigues perpétuelles.

Sortir des préjugés traditionnels

L'auteur dresse à partir de thématiques non chronologiques l'histoire du règne et décèle trois grandes périodes. La première est celle de la volonté du consensus du Prince. Redonnant d'anciennes libertés à différents corps de la société, cette politique a été très populaire. Le nouvel auguste reprend l'héritage libéral germanicien mais utilise aussi la figure augustéenne pour mettre en scène une nouvelle restauration. La deuxième phase (dès 38/39 après notre ère) est celle de l'échec de cette politique et de la montée des conspirations. Celle-ci remet en cause profondément la politique choisie et tend vers ce que l'auteur nomme la « monarchie charismatique et démagogique ». L'Empereur choisit de consolider sa légitimité grâce à des expéditions militaires (légitimité de la victoire) mais aussi grâce à une légitimité divine très finement et longuement analysée dans le chapitre III.

Le chapitre V intitulé « les cercles inférieurs » dresse un tableau des différents défauts attribués à Caligula : la cruauté, la luxure, la gourmandise et la bouffonnerie. L'auteur montre que ceux-ci font partie du topos du tyran depuis l'époque grecque. Les nombreux parallèles présents montrent à quel point la littérature antique ne peut se passer d'une analyse intertextuelle. Les scènes se répètent, se comparent et se répondent sur plusieurs siècles. Les lecteurs contemporains l'oublient trop souvent.

L'autre montre dans une dernière partie les héritages de ces traditions littéraires. Délaissé au Moyen Age à cause du succès de Néron, il devient une figure littéraire majeure à l'époque moderne et contemporaine. Que ce soit comme figure du mauvais tyran, éloge du tyrannicide, ou comme sujet d'étude des excès ou de la folie du Prince, ces images sont en germe dès l'Antiquité. Albert Camus et d'autres vont plutôt s'attarder à l'absurdité dont serait symbole Caligula. L'Empereur prend pleinement conscience du caractère absurde du monde et de son gouvernement et choisit d'en transgresser les règles. Aujourd'hui, les oeuvres sur Caligula tendent à dépeindre un monde antique « trash », à l'instar de la production contemporaine de péplums tels que la série Spartacus.

La biographie de Caligula de Jean-Noel Castorio est très réussie. L'ouvrage brosse un portrait fin du régime impérial des premiers julio-claudiens et fait ressortir la fragilité du régime, les intrigues et les oppositions fortes. La personnalité de l'empereur fortement obscurcie par les traditions littéraires est en partie décryptée selon les codes et les traditions culturels antiques. Un certain nombre de clichés sont bousculés afin de dresser un portrait parcellaire du souverain, et ce, malgré l'abolitio memoriae. Ce livre n'est donc pas une réhabilitation ou un éloge de l'Empereur mais une mosaïque parcellaire du règne d'un homme.

Caligula, de Jean-Noël Castorio. Ellipses, 2017

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