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Histoire du christianisme en France (M. Pinsard)

pinsardAu moment où l’on entend de plus en plus parler des « racines chrétiennes de la France », nous pouvons nous demander si l’histoire du christianisme en France est si bien connue des Français eux-mêmes. La sortie de cet ouvrage aux éditions Ouest-France peut permettre de nous éclairer, explorant les liens profonds et millénaires entre France et christianisme, jusque dans les conflits, avec l’aide d’une riche iconographie.


 

 

La collection Ouest-France

Le livre Histoire du christianisme en France est issu des éditions Ouest-France, dont la collection Histoire se démarque par une volonté de vulgarisation, par le biais d’un « texte synthétique d’un historien », mais surtout en faisant appel à une abondante iconographie. C’est son principal atout. On peut citer comme ouvrages au sein de cette collection : La vie des femmes au Moyen Âge (S. Cassagnes-Brouquet), L’art de la guerre au Moyen Âge (Renaud Beffeyte, préface Philippe Contamine), ou A la table des seigneurs, des moines et des paysans du Moyen Âge (Eric Birlouez).

De la Gaule chrétienne au roi Très-Chrétien

La première partie de l’ouvrage présente l’apparition de la religion chrétienne au sein de l’Empire romain, avec d’abord les persécutions, puis la christianisation officielle de Rome à partir de Constantin. Tout en insistant sur la perpétuelle évolution du christianisme, parallèle à son expansion, l’auteur montre aussi sa plus lente installation en Gaule, la future France. La période de l’Antiquité tardive et du début du haut Moyen Âge est marquée par l’importance de certaines légendes autour de martyrs ou de futurs saints, comme Martin ou Geneviève. Mais l’instabilité due à l’arrivée des barbares permet à l’Eglise, par le biais des évêques, de se substituer à une administration romaine en difficulté.

Le chapitre qui suit est logiquement dédié au Moyen Âge, primordial pour comprendre les liens entre la religion chrétienne et la France. La période mérovingienne est évidemment marquée par le baptême de Clovis, et Marie Pinsard montre bien les enjeux politiques de cette conversion. Parallèlement, l’Eglise de Gaule s’organise et le monachisme bénédictin apparaît. Sous les carolingiens s’organise ce que l’auteur appelle « l’augustinisme politique », une alliance entre politique et religieux, avec le sacre ; Marie Pinsard insiste alors sur le rôle d’Alcuin, conseiller de Charlemagne, qui parvient à légitimer l’ingérence carolingienne dans les affaires de l’Eglise. Les conquêtes de l’empereur, entraînant des conversions, permettent ensuite de créer une « unité culturelle européenne ». L’auteur, après un passage peut-être un peu rapide sur les tensions entre Eglise et pouvoir carolingien, aborde « les temps féodaux », c’est-à-dire la lente transition entre la dynastie carolingienne et les Capétiens ; des temps instables où l’Eglise parvient à tirer son épingle du jeu et à lentement prendre son indépendance par rapport aux seigneurs laïcs, et même à exercer une forme d’autorité : c’est l’invention des concepts de « Paix de Dieu » et de « Trêve de Dieu », mais surtout le développement du monachisme clunisien, jusqu’à l’aboutissement des réformes grégoriennes. Ces pages sont sans doute parmi les plus intéressantes de l’ouvrage. Les croisades, elles, sont assez rapidement passées (les raisons de l’appel d’Urbain II données par Marie Pinsard peuvent éventuellement être débattues), tout comme le combat contre l’hérésie cathare. En revanche, on doit saluer le chapitre sur le développement du monachisme et des ordres mendiants, ainsi que sur les arts roman et gothique, et l’apparition de l’Université.

Marie Pinsard choisit ensuite de consacrer une partie spécifique à ce qu’elle appelle « une identité de l’Eglise de France ». Elle insiste ici sur les liens entre le roi et l’Eglise et donc Dieu, par le sacre (et l’onction royale), puis plus tardivement (sous Charles V) par ses pouvoirs thaumaturges. Mais elle développe surtout la période décisive du schisme, et l’apparition du gallicanisme sous Charles VII.

Des guerres de Religion au Concordat

Le chapitre sur la France moderne se concentre quant à lui sur l’apparition de la Réforme, avec un long et intéressant développement sur les guerres de Religion (jusqu’à l’Edit de Nantes), avant d’aborder la réforme de l’Eglise avec le concile de Trente, entraînant selon l’auteur « une vitalité religieuse ».

La partie suivante est consacrée à la période XVIe-XVIIIe siècles, aux relations entre l’absolutisme royal et l’Eglise, toujours caractérisées par la théorie du droit divin de cette monarchie et l’affirmation du gallicanisme, marquant l’originalité de la France. Marie Pinsard s’intéresse évidemment au jansénisme, mais aussi à l’évolution du protestantisme dans une période toujours tendue, avec comme point culminant la révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV. L’auteur souligne cependant le fait que cette politique royale n’est pas différente de celle de ses voisins, car dans la majorité des pays européens les sujets du roi sont tenus d’avoir la même religion que lui. Le protestantisme devient donc clandestin en France. La fin de ce chapitre est une habile transition vers la période révolutionnaire, avec une « fin de l’Ancien Régime » marquée par les Lumières et la critique de plus en plus virulente de la religion ; on appréciera ici les caricatures anticléricales de 1790 que l’auteur joint à son récit.

La période révolutionnaire concerne logiquement un chapitre entier, avec l’importance centrale de la Constitution Civile du Clergé (12 juillet 1790), et ses conséquences souvent violentes, aggravées par les problèmes politiques (fuite du roi) et la pression étrangère (dont celle du pape, qui rejette cette décision en mars 1791). Marie Pinsard développe longuement cette période troublée, dite de « déchristianisation » de la France, qui culmine autour de 1794. La chute de Robespierre (qui a instauré le culte de l’Être Suprême) et la mise en place du Directoire semblent calmer les choses, alors que parallèlement le culte protestant se rétablit. Vient ensuite le temps du Concordat, une pacification avec l’Eglise et la reconnaissance du protestantisme.

La France et le christianisme à l’époque contemporaine

Selon Marie Pinsard, le XIXe siècle est le temps du « christianisme au combat ». L’Eglise doit en effet réagir à la sécularisation des sociétés, aux progrès scientifiques et intellectuels qui « [ébranlent] la foi et ses fondements ». Apparaît ainsi l’ultramontanisme, qui prône un rapprochement avec Rome, et donc s’oppose au gallicanisme. Cette période se distingue également par la reprise de l’essor du culte marial, dont le symbole est évidemment Bernadette Soubirous, à qui la Vierge serait apparue à Lourdes, en 1858. L’auteur aborde ensuite « le christianisme social » (avec par exemple la fondation de la société Saint-Vincent-de-Paul en 1833), qui tente de moraliser la loi du Marché, puis « le catholicisme libéral » (avec Montalembert) qui obtient des victoires comme le vote de la loi Falloux en 1850.

La dernière partie de l’ouvrage, intitulée « La République », regroupe des thèmes en fait très variés. D’abord évidemment la loi de séparation du 9 décembre 1905, dans un climat de tension (« le cléricalisme, voilà l’ennemi », Gambetta en 1877) ; si l’explication par Marie Pinsard est claire, on peut regretter qu’elle soit un peu rapide, alors que cette période est décisive, y compris jusqu’à aujourd’hui. Elle préfère se consacrer au « renouveau », l’attitude d’une Eglise plus ouverte à la modernité, ce qui contraste selon l’auteur avec le radicalisme républicain. La période de la Seconde Guerre mondiale est abordée par Marie Pinsard par la condamnation du nazisme par Pie XI dès 1938, et le contraste avec l’attitude de son successeur, qu’elle explique par une marge de manœuvre réduite. Les lignes suivantes montrent les ambiguïtés du catholicisme avec le régime de Pétain, dont les valeurs semblent proches des siennes. Apparaît alors la CIMADE (encore très active aujourd’hui), qui aide les prisonniers dans les camps, mais entre aussi en résistance en aidant des juifs. Tout au long de cette partie, Marie Pinsard insiste sur la différence d’attitude entre des chrétiens actifs et militants, qui appellent à un éveil des consciences, et une hiérarchie trop silencieuse. Dans cette même lignée militante et activiste se placent après la guerre les prêtres ouvriers, auxquels l’auteur consacre un court mais intéressant chapitre. Il en va de même pour celui sur Vatican II, qu’on aurait aimé plus développé, même si l’essentiel y est.

Conclusion et intérêt de l’ouvrage

En commençant par la citation de Jean-Paul II, « France, fille aînée de l’Eglise, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? », Marie Pinsard est claire : c’est dans les eaux du baptême de Clovis qu’est née la France, « pour les républicains, comme pour les chrétiens ». Elle insiste donc sur l’empreinte indélébile que laisse le christianisme sur l’inconscient collectif français, malgré une baisse nette de la pratique ; elle parle d’un « acte de fait ».

Evidemment, on pourrait débattre sur cette conclusion, et sur d’autres points de son ouvrage, mais on ne peut que le recommander. En effet, la présentation est claire, synthétique (certes parfois trop), agréable, en particulier grâce à la riche iconographie. Cette Histoire du christianisme en France est donc une bonne introduction au sujet, et il serait dommage de s’en priver.

L’auteur de cette Histoire du christianisme en France est Marie Pinsard, juriste, spécialiste de droit canonique, diplômée d’histoire médiévale.

 

- M. Pinsard, Histoire du christianisme en France, éditions Ouest-France, 2010, 128 p.

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