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Le Moyen Âge (Claude Gauvard)

moyenagegauvardL’image du Moyen Âge en Occident, trop longtemps cantonnée à une période sombre marquée par les guerres, les maladies et les obscurantismes religieux, commence à évoluer depuis quelques années. C’est dans cet esprit, combattre les idées reçues, que se veut le nouvel ouvrage de la grande médiéviste Claude Gauvard. L’image est justement au cœur de ce beau livre puisque le propos y est illustré par une magnifique iconographie qui fait sa principale originalité.recommande


 

L’auteur

La première force de ce Moyen Âge est évidemment son auteur. L’historienne Claude Gauvard a enseigné à Paris I Sorbonne, dont elle est aujourd’hui Professeur émérite. Sa spécialité porte sur l’étude de la criminalité, la justice et le conflit dans les liens sociaux à la fin du Moyen Age. Sa thèse d’Etat de 1991, « « De grace especial ». Crime, État et société en France à la fin du Moyen Âge », vient d’être rééditée aux Publications de la Sorbonne.

Ses recherches se distinguent par leur approche anthropologique, conseillée dans ce sens par Jacques Le Goff. Son travail fait d’abord tomber quelques idées reçues sur le Moyen Âge, à propos des femmes par exemple, qu’elle étudie entre autres par le biais de personnages comme Christine de Pizan.

Les thèmes de l’ouvrage Le Moyen Âge

Dans ce nouveau livre, Claude Gauvard fait donc le choix de l’image (nous y reviendrons), mais aussi du texte. Elle explique dans son introduction vouloir « comprendre cette civilisation sans préjugés » en revenant sur des valeurs qui sont très différentes des nôtres, ce qui explique en partie les idées reçues qui frappent le Moyen Âge occidental, « entre fascination et mépris ». La médiéviste s’interroge également sur les bornes de la période, éternel débat qu’elle ne tranche pas vraiment si ce n’est en insistant sur la continuité avec l’Antiquité par le christianisme, et avec les Temps modernes par l’évolution des moyens de production, dans la lignée de Jacques Le Goff. Vient ensuite le problème des sources, essentiel pour tout historien et plus particulièrement médiéviste : l’écrit occupe une place secondaire chez l’homme du Moyen Âge, que ce soit le juge ou le chroniqueur, et ce même après le XIIe siècle. Pourtant, il est bien présent, et même riche, entre chartes et chroniques ou annales, et de plus en plus à la fin de la période. Ces sources écrites et iconographiques nous renseignent ainsi sur la façon dont les hommes voyaient alors leur époque.

Claude Gauvard construit son Moyen Âge en quatre grandes parties.

La première, « Les cadres de vie », nous explique les rapports entre l’homme médiéval et la nature, en particulier la forêt. Le Moyen Âge est une période d’essor démographique, ce qui pousse à une transformation de la nature, par exemple par des progrès techniques ou par le défrichement ; mais cette transformation reste, selon l’historienne, limitée en ce qui concerne « la nature cultivée ». Le cadre de vie se modifie avec le regroupement des hommes, d’abord avec le village, puis avec la ville, les deux thèmes étudiés par Claude Gauvard dans ce même chapitre. Le premier se construit autour des rapports entre paysans (dont les serfs) et seigneur, avec également l’émergence de la « communauté villageoise » ; la seconde est marquée par l’apparition de la bourgeoisie et « l’essor du grand commerce », mais surtout par l’importance des métiers et des corporations.

Le deuxième chapitre aborde un trait essentiel de l’Occident médiéval : la religion. Claude Gauvard s’intéresse ici aux hommes « au service de Dieu ». Dès le XIIe siècle, c’est l’Eglise (« premier seigneur d’Occident ») qui « construit » ce monde chrétien avec les moines et leurs réseaux et ordres, Cluny et Cîteaux, qu’elle décrit tous les deux. Pour l’historienne, l’Eglise est « triomphante » grâce à l’émancipation du pape par rapport aux laïcs. Son influence se manifeste jusque dans les arts, avec le roman puis le gothique, et dans l’érudition avec des clercs qui deviennent des « maîtres du savoir » (c’est la naissance des universités). Evidemment, l’Eglise se doit de réglementer pour conserver son pouvoir sur la société médiévale ; c’est ce que détaille Claude Gauvard en montrant comment cette institution rythme (ou encadre) toutes les étapes de la vie de l’homme médiéval, par exemple par les sacrements. Les hérésies (comme le catharisme), quant à elles, sont combattues durement avec la mise en place de l’Inquisition par Innocent III.

La suite logique de ce Moyen Âge est le chapitre consacré aux pouvoirs laïcs. C’est d’abord un monde de châteaux (Claude Gauvard détaille cette « vie au château »), surtout à partir du Xe siècle, et une aristocratie qui se divertit grâce à la littérature courtoise. C’est ensuite un monde où se côtoient (voire s’affrontent) différents pouvoirs (en plus de l’Eglise) : l’empereur, les rois et les « princes souverains » (des Grands au pouvoir parfois plus important que celui des souverains). Le Moyen Âge est surtout la période où naît vraiment l’Etat, avec une construction puis une stabilisation des institutions (autour de la cour royale), la mise en place d’une bureaucratie centralisée, avec l’importance cruciale de la justice et de la fiscalité.

Parce que le Moyen Âge est aussi une période marquée par la violence, c’est cette dernière que Claude Gauvard, spécialiste du sujet, traite dans son dernier chapitre. La « Guerre sainte et les croisades » y tiennent logiquement une place de choix. L’historienne revient sur les origines de cette notion de « guerre juste » à travers l’évolution du concept de « paix de Dieu ». Elle n’oublie pas non plus l’Espagne et sa Reconquista, ni même « l’expansion vers l’Est », depuis Charlemagne jusqu’aux Teutoniques, avant d’aborder évidemment la croisade. Pendant longtemps au Moyen Âge ce sont les nobles qui font la guerre, celle-ci structurant même leur ordre social : c’est ce que nous explique Claude Gauvard, en traitant tout autant de la « guerre courtoise » que du déroulement des batailles. Enfin, la violence touche évidemment les autres couches sociales de ce Moyen Âge, en particulier populaires : ce sont les massacres des juifs (les croisades jouant ici un rôle d’accélérateur), mais également la traque des sorciers et la stigmatisation ambiguë des prostituées et des pauvres. Cette violence populaire ne débouche cependant pas sur une réussite des révoltes, tant le poids des hiérarchies sociales est lourd. Pour Claude Gauvard, au Moyen Âge « l’égalité n’existe pas, même devant Dieu », et l’individu a finalement peu de place. C’est sur ce constat qui peut sembler sombre que se termine l’ouvrage, qui aurait peut-être mérité une conclusion plus générale.

Une iconographie riche et magnifique

Le grand atout de ce Moyen Âge par rapport à nombre d’ouvrages sur cette période est son iconographie. Pas une de ses plus de 270 pages qui ne soit illustrée d’une magnifique enluminure, d’une statue ou d’une gravure, dont certaines sont des classiques et d’autres inédites. La grande taille du livre aide évidemment à mettre en valeur cette richesse iconographique.

La lecture de Le Moyen Âge de Claude Gauvard est donc avant tout un plaisir pour les yeux dont il serait dommage de se passer. Il est néanmoins plus qu’un beau livre tant le propos de la médiéviste est intéressant et clair, et remet bien en perspective la complexité du Moyen Âge occidental. Un excellent cadeau de Noël pour tout passionné d’histoire médiévale.

 

- Claude Gauvard, Le Moyen Âge, La Martinière, 2010, 279 p.

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