Rechercher dans le site
Lettre d'information

Découvrez notre lettre hebdomadaire avec toute l'actualité du site, ainsi que des éditions spéciales pour les concours que nous organisons !

S'inscrire à la lettre

Accueil Livres Beaux Livres Atlas de l'Italie contemporaine (Delpirou, Mourlane)

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire: nouveaux articles, programmes télé, débats ! Lettre hebdo:   |  Ajoutez ce site à vos favoris !  |  HpT sur  |  

Atlas de l'Italie contemporaine (Delpirou, Mourlane)

atlas-italie-contemporaineEn 2011, l’Italie a fêté ses 150 ans. Il s’agit là d’un siècle et demi d’histoire mouvementée, qui voit encore l’Italie, de nos jours, se chercher une véritable unité. C’est tout l’intérêt de cet Atlas de l’Italie contemporaine, écrit par deux spécialistes de la question, à savoir Aurélien Delpirou, maître de conférences à l’Institut d’urbanisme de Paris, et Stéphane Mourlane, maître de conférences en Histoire contemporaine à l’Université de Provence Aix-Marseille I. La collaboration de ces deux auteurs, l’un géographe et l’autre historien, nous propose un ouvrage original, qui se veut être une synthèse de l’histoire de l’Italie, depuis le Risorgimento de la seconde moitié du XIXᵉ siècle jusqu’à nos jours.

 

Une excellente synthèse

Cet ouvrage doit donc se considérer, à mon sens, comme une synthèse, et qui plus est comme une excellente synthèse. Il s’agit véritablement d’un travail totalisant sur le sujet. Les encarts historiques sont clairs, précis, et évidemment synthétiques. Ce qui aurait pu être une lacune se révèle en fait être une qualité. Le lecteur ne se perd pas au milieu de nombreuses digressions et/ou analyses, et bénéficie d’un accès immédiat et net à l’information. Le plan de l’ouvrage correspond en réalité à cinq grandes préoccupations, à cinq questions essentielles relatives à l’Italie contemporaine, aussi bien sur le plan historique que dans le domaine géographique et culturel. Il s’agit, dans un premier temps, de porter son intérêt sur les contrastes de l’Italie des XIXᵉ et XXᵉ siècles, et sur ses caractéristiques essentielles et liminaires. Une fois ce constat posé et établi, les auteurs s’interrogent sur la population en elle-même : qui sont les « Italiens » ? Quelles sont leurs caractéristiques culturelles ? Cette problématique spécifique les amènent de facto à analyser l’évolution de la politique italienne et des transformations historiques et institutionnelles de l’État italien depuis la fin du XIXᵉ siècle, du Risorgimento à la IIᵉ République, en passant par le Royaume d’Italie, le ventennio fasciste et la Première République de la Democrazia Cristiana et du bipartitismo imperfetto. La culture italienne n’est pas en reste, puisqu’elle est étudiée avec concision dans une quatrième partie. Enfin, dans un cinquième « chapitre », Delpirou et Mourlane proposent une vision tout-à-fait intéressante de l’Italie, considérée « face au monde ». Il s’agit ici d’opérer à une vision d’ensemble, « mondiale », sur l’Italie. En somme, nous nous situons, dans le cadre de cet ouvrage, dans une synthèse très hiérarchisée, et astucieusement présentée.

Néanmoins, j’aimerais faire part d’un petit bémol, qui constitue pour beaucoup un détail, mais qui est important pour moi, qui suis italianiste : il s’agit de l’absence, dans la bibliographie, d’ouvrages en langue italienne. Les auteurs ont par ailleurs précisé que « seuls des ouvrages en langue française sont mentionnés ». J’aurais préféré avoir les deux, histoire de pouvoir me référer plus aisément à la vision qu’ont les scientifiques et spécialistes italiens de leur propre pays. Toutefois, j’imagine qu’il s’agit, pour la grande majorité des lecteurs, d’un détail sans grande importance. De toute évidence, le faible prix de cet ouvrage (17 € pour une œuvre entièrement en couleur et illustrée !) peut excuser cette absence. En tout état de cause, il s’agit donc d’un ouvrage « totalisant », d’une synthèse, considérant la longue durée – cent cinquante ans d’histoire – et croisant tous les points de vue possibles. En multipliant les angles d’approche et d’étude, ainsi que les échelles spatiales et temporelles, Delpirou et Mourlane parviennent à surmonter l’écueil qui consistait en la rédaction d’un ouvrage synthétique sur des problématiques actuelles, tout en évitant la vulgarisation.

Un ouvrage pluridisciplinaire original

Par la multiplication des champs d’étude, les deux auteurs, bien aidés par Aurélie Boissière, cartographe indépendante, proposent à leurs lecteurs un ouvrage pluridisciplinaire tout-à-fait original et digne d’intérêt. Histoire, géographie, mais aussi sociologie se croisent et se recroisent sans cesse, dans le but de nous faire comprendre au mieux « l’esprit Italien », cette « italianità » que tout le monde connaît plus ou moins de nos jours. Mention spéciale pour les cartes, qui sont très bien réalisées, claires et précises, et qui sont d’une grande utilité. Certes, il s’agit d’un atlas, et donc, en quelque sorte, d’un recueil de cartes. Mais il faut souligner la qualité de ces dernières, qui illustrent parfaitement les propos historiques et géographiques qui sont explicités dans les encarts. Vous vous en doutez bien, l’originalité de cet Atlas de l’Italie contemporaine ne se situe pas dans les cartes … mais dans la présentation globale de l’ouvrage. Aussi s’agit-il d’une œuvre moderne, dynamique, qui se veut être la plus intelligible possible. À cet égard, j’ai beaucoup apprécié l’implémentation de petites citations au sein de chaque thématique abordée. Pour ne vous donner qu’un exemple, au sein de la problématique concernant la « question linguistique » en Italie, les auteurs ont donné une magnifique citation, que je me devais de retranscrire, en amoureux de la langue et de la culture italiennes : « Dans la musique perpétuelle de sa langue, l’Italie a toujours existé » (Del Lungo, La genesi storica dell’unità italiana, 1898). Ainsi, les citations sont là pour soutenir avec délicatesse les propos qui sont tenus et présentés, pour les illustrer plus facilement. Il est vrai, en ce sens, qu’un lecteur retiendra bien mieux une citation marquante qu’un long développement analytique, et les auteurs l’ont très bien compris. Encore un (très) bon point positif pour eux et pour le remarquable travail qu’ils ont accompli.

De même, la présence de graphiques est à souligner. Ils participent bien évidemment de l’intelligibilité accrue de l’œuvre, et de sa volonté de présenter au plus grand nombre une synthèse pluridisciplinaire originale et agréable sur l’Italie contemporaine. Les graphiques sont, en ce sens, à la fois simples et précis : sans tomber dans des excès de vulgarisation, Delpirou et Mourlane offrent à leur lectorat des sources scientifiques claires, mais surtout précises. En réalité, et comme je l’évoquais précédemment, tout semble construit, dans ce petit ouvrage, dans l’optique de faire saisir au lecteur toutes les problématiques relatives à l’Italie contemporaine, et toute la protéiformité historique qu’elle renferme en son sein. Je vais certainement me répéter, mais, à mon sens, cette tâche n’était pas une sinécure, et les deux auteurs sont parvenus à leur(s) fin(s) avec brio. En tenant entre nos mains cet Atlas de l’Italie contemporaine, l’on aurait l’impression d’un énième ouvrage allusif et simpliste. Il n’en est rien, bien au contraire. À juste titre, il est remarquable d’observer que les auteurs sont parvenus à traiter de l’histoire, de la géographie et de la culture italiennes contemporaines dans une dimension totale et totalisante, en « seulement » quatre-vingt pages ! Une nouvelle fois, il conviendrait de les féliciter. De ce fait, une fois la description générale de l’ouvrage réalisée, il est nécessaire de se poser la question des utilisations possibles d’une telle œuvre. À qui peut-elle bien être destinée ?

Pour quelle(s) utilisation(s) ?

Dès lors, les utilisations d’un tel ouvrage peuvent être diverses et multiples. Dans un premier temps, cet atlas peut être intéressant à quiconque souhaite s’informer sur l’Italie contemporaine. Sa dimension synthétique est un atout indéniable en la matière : le lecteur n’est pas perdu, il n’est pas « trompé », et trouve dans ses mains une œuvre à la fois concise, originale et plaisante. Je me suis d’ailleurs surpris de le parcourir d’une traite, avec une aisance déconcertante. Et même si, en toute modestie, je connais plutôt bien l’histoire et la culture italiennes, j’ai appris énormément de choses, et en ait été surpris. Les points de vue abordés sont très originaux, et ont le mérite de ne pas tomber dans le simplisme ou dans le « déjà vu ». Encore une fois, le discours tenu par les auteurs se veut être pluridisciplinaire et totalisant, synthétique. Marc Lazar, dans la préface de l’œuvre, exprime d’ailleurs assez clairement les objectifs de cet Atlas de l’Italie contemporaine : « Visualiser l’Italie et, de ce fait, se la représenter pour la saisir dans son unité et sa diversité, ses mutations et ses permanences, tel est le grand apport de cet atlas, instructif et passionnant. »

Une fois n’est pas coutume, je proposerais volontiers ce petit ouvrage aux étudiants, qu’ils s’intéressent à l’histoire de l’Italie contemporaine ou à sa culture. En ce sens, il conviendrait de se procurer ou de consulter cette œuvre dans un cadre introductif sur l’Italie de l’époque contemporaine. En multipliant les points de vue et les angles d’étude, il suffirait amplement à proposer aux étudiants une vision d’ensemble des évolutions, des mutations et des continuités de l’Italie depuis 1861, tant sur le plan historique que civilisationnel. Dès lors, je ne saurais conseiller cet atlas à tous les jeunes (et moins jeunes) étudiants en histoire, mais aussi en italien. Les parcours universitaires en langue italienne, et notamment en LLCE (Langues, Littératures et Civilisations Étrangères, ndlr), proposent des cours de civilisation, qui tiennent d’ailleurs une place importante dans les cursus. Ayant moi-même suivi ces enseignements, dans le cadre d’un parcours universitaire international, j’aurais apprécié, à l’époque, de disposer d’un tel ouvrage. À la fois synthétique et scientifique, il se lit rapidement et avec aisance. La présence de cartes et de graphiques rend le discours tenu par le livre plus clair, plus précis, et, en ce sens, plus intelligible. En somme, il s’agit ici d’une œuvre extrêmement intéressante et plaisante, pouvant convenir à un large public, aussi bien « profane » en la matière qu’étudiant. Elle ne se contente d’ailleurs pas d’une dimension introductive, et développe des points de vue tout-à-fait originaux.

 

Aurélien Delpirou est agrégé et docteur en géographie. Il est maître de conférences à l’Institut d’urbanisme de Paris (université Paris-Est Créteil).

Stéphane Mourlane est agrégé et docteur en histoire. Il est maître de conférences à l’université de Provence (Aix-Marseille 1).

Aurélie Boissière est cartographe indépendante.

Marc Lazar, le préfacier, est professeur des universités en histoire et sociologie politique à Sciences-Po et à la Luiss-Guido Carli de Rome.

DELPIROU Aurélien, MOURLANE Stéphane, Atlas de l’Italie contemporaine, Paris, Éditions Autrement, Coll. Atlas/Monde, 2011.

A lire sur le forum



Discuter de cet article sur notre Forum Histoire