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La vie d'un guerrier gaulois

guerrier-gauloisLe monde celtique fait l'objet d'un certain engouement dans les travaux actuels. En France de grands spécialistes de renoms comme Christian Goudineau ou Jean Louis Brunaux font progresser la connaissance de ceux que l'on a longtemps appelé, à travers une vision assez partisane de l'Histoire, « Nos ancêtres les Gaulois ». Or les universitaires ne sont pas seuls à travailler pour la connaissance du passé gaulois ; des troupes de reconstitutions historiques, peuplées de passionnés font renaitre ces temps reculés et nous donnent de nouvelles images de ces célèbres gaulois, popularisés par Astérix.


 

Le livre

La première chose qui saute aux yeux en prenant l'ouvrage en main c'est son aspect très agréable visuellement qui incite clairement à la lecture, à la découverte. Sa construction équilibrée entre textes et photographies (sur lesquelles nous reviendrons) le rend très accessible à tous les publics. Il n'y a pas de gros pavés de textes abscons mais des éclairages appuyés sur l'image ce qui facilite grandement la compréhension. Le récit, construit sur des personnages emblématiques, se trouve éclairci en fin d'ouvrage avec un trombinoscope, salvateur quand on ne le lit pas de façon très suivie. A la fin du livre on trouve également une bibliographie très récente et rédigée d'une manière assez étrange pour qui est habitué aux livres universitaires ; en effet elle est plus rédigée ce qui la rend sans doute plus accessible qu'une liste indigeste même si elle perd quelques précisions (nombre de pages...).

La pédagogie de l'ouvrage

L'accessibilité du livre est vraiment l'élément qui nous a le plus impressionné. On critique beaucoup l'inexactitude et l'aspect romantique des images d'Epinal. Elles n'en avaient pas moins, et ce en dépit de leur message parfois volontiers idéologique, une puissante force de suggestion, à tel point qu'elles sont encore aujourd'hui fixées dans l'imaginaire collectif. Or justement cet ouvrage nous semble avoir vraiment très bien associé l'image, une image qui parle, au service d'une Histoire bien plus scientifique et bien moins partisane. C'est une excellente initiative de la part de cette troupe de reconstitution historique déjà assez célèbre ; les Ambiani. Ils allient une grande exigence historique et cette salvatrice volonté d'ouverture, de faire découvrir les Gaulois réels. C'est très louable de leur part puisqu'ils ont su éviter l'écueil de la reconstitution qui peut déboucher sur un replie dans une tour d'ivoire.

Dans le même temps l'ouvrage propose des points sur l'événementielle permettant à chacun de se situer et de découvrir dans quel contexte se déroule la fiction qui sert de trame à l'ouvrage. Justement d'ailleurs, le fait d'avoir traité la rédaction non sous la forme d'un catalogue de la société gauloise au moment de la conquête, mais sous la forme d'une histoire, très bien menée, qui en facilite l'accès et plus encore peut plus aisément susciter l'intérêt des plus jeunes. Ces derniers pourront également s'identifier au héros que l'on suit au fil de cette histoire que l'on rencontre alors qu'il est encore enfant. De la même façon et pour le grand public en général, cette présentation permet également de se représenter la notion de génération et bien comprendre que certains Gaulois ont vécu avant, pendant et après la conquête, chose que l'on oublie un peut vite ; en effet le modèle romain, après son arrivée brutale va être rapidement adopté, et cela est très bien explicité dans le livre. On peut également signaler la présence de cartes, qui montrent l'aspect pluriel de la gaule avant la conquête, les mouvements des armées, la localisation des villes et des batailles... La dimension géographique est évidemment essentielle en Histoire, de même que les données chronologiques qui ont tendance à être minorées dans les programmes de l'enseignement. L'ouvrage complète donc à merveille cette lacune, le tout de manière assez ludique.

Précision de l'information

guerrier-gauloisOr si l'ouvrage est grand public il n'en est pas moins d'un excellent niveau scientifique et on ne peut que féliciter le travail effectué par les Ambiani qui connaissent admirablement leur sujet et abordent tous les aspects importants de la vie d'un guerrier gaulois. Un point fondamental ; la probation rituelle du jeune guerrier, qui est une structure des sociétés dites archaïque et qui structure complétement l'avenir de l'enfant, futur homme libre s'il traverse avec succès les épreuves. Les liens d'homme à homme sont très clairement représenté, l'importance de la fidélité, du serment, de l'honneur, en somme nombres d’interactions sociales si différentes des nôtres et ce jusqu'à l'homosexualité entre guerriers. Ce dernier fait permet de comprendre l'extrême éloignement des mentalités anciennes par rapport à celles existant dans la nôtre et d'éviter l'erreur qui suivrait si on commençait à penser le passé en fonction de notre pensée moderne.

C'est la raison pour laquelle ce petit ouvrage sera également utile a qui souhaitera écrire sur cette période en étant novice pour éviter des anachronismes. Au delà des « mentalités », on rencontre l'artisanat, l'architecture avec un une reconstitution d'un murus gallicus, la guerre et son cortège d'armes, qui elles aussi rétablissent quelques vérités et notamment la proximité des équipements entre Gaulois et Romains (même si évidemment la cotte de mailles, connu et probablement inventé par les Gaulois étaient bien plus généralisée chez les légionnaires romains). Le sérieux de ce travail est de toute façon confirmé par la préface de Christian Goudineau, éminent spécialiste des Gaulois. Par contre une chose nous a un peu choqué en fin d'ouvrage ; en effet un personnage est tué pour ses convictions religieuses gauloises, or il ne nous semble pas que les Romains aient persécuté une seule religion d'un territoire conquis. D'ailleurs il existe plus de représentations de divinités gauloises à l'époque de la Gaule romaine qu'avant. Mais bon, voici une question de spécialistes qui n'enlève strictement rien au sérieux et à la pertinence du travail effectué.

En conclusion

En France il y a un véritable engouement pour l'Histoire, de manière un peu diffuse, un mouvement qui parfois s'ignore lui-même mais qui ne se démentit pas pour ce que nous pouvons en voir dans nos activités. C'est justement dans cet axe que ce livre se révèle être un excellent outil. Il ne se moque pas de l'acheteur. Il fait du pédagogique et non de l’inexact : tout est dit, appuyé par des années de travail et des sources. Les photographies sont souvent superbes (avec un petit bémol pour certaines scènes de combat un peu statiques mais en même temps avec des armes métalliques il convient de plus poser que de faire de grands mouvements erratiques) et sont sans doute un précieux outil pour remplacer dans les esprits les évocations anciennes de guerriers gaulois à cuirasse de bronze et au casque ailé. C'est donc un ouvrage à mettre en toute confiance entre toutes les mains. On y apprend beaucoup, on le lit vite et on y revient souvent !

La vie d'un Guerrier Gaulois : La fin de l'indépendance : 80-33 av.J-C, de Ludovic Moignet Editions Calleva, avril 2011.

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