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Napoléon en caricatures (M. Bryant)

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Son visage est un enchevêtrement de cadavres, son col une mer rouge sang, sa veste une carte de campagne où en guise de médaille une araignée tisse sa toile. Sur sa tête un sombre corbeau figure un bicorne… Cet homme, c’est Napoléon tel que le représente en 1814 Johann Michael Voltz. Cette caricature, c’est celle que Mark Bryant a choisi pour illustrer son ouvrage  « Napoléon en caricatures » qui vient compléter la collection sur ce thème avec « La Première Guerre Mondiale en caricatures » et « La Seconde Guerre Mondiale en caricatures ».

 

 

La plume plus forte que l’épée ?

A une époque où il n’est bien sur pas question d’onde radio, l’écrit, la chanson, le théâtre et l’image furent les armes essentielles d’une véritable guerre de l’opinion dont il serait maladroit de sous-estimer l’importance dans l’Europe postrévolutionnaire. Les pamphlets ont inondé l’Europe, contre l’opportuniste corse, contre les tyrans européens, contre le gros Louis XVIII… Mais pour toucher le petit peuple, celui qui n’est pas familier avec les lettres, c’est bien la caricature qui fut mise à l’honneur. Il convenait de tourner en ridicule un adversaire, pour légitimer sa cause et aussi assurer de l’impossibilité de la défaite. Et puis, ne dit-on pas qu’un dessin vaut mieux qu’un long discours ? Napoléon a tellement déchainé les passions que les caricatures le représentant pullulent, traduisant une virulente moquerie où l’on sent parfois néanmoins une certaine crainte. Voici Napoléon en petit bonhomme impuissant devant Saint-Jean-D’acre, en crocodile le 19 Brumaire, en limier corse dévoré par un bulldog anglais, en dragon terrassé par Saint-Georges, en lièvre déguerpissant de Russie, en enfant dorloté par le diable, en geai déplumé, en serpent, en toupie fouettée par les coalisés, en rôtis, en tambour… Les caricaturistes anglais se déchainent contre celui qui a fait d’une France ruinée, un empire redouté. Et il ne faut pas douter que la caricature ait joué, dans une certaine mesure, dans l’image fluctuante de Napoléon d’abord général victorieux, homme de la Révolution pour les uns, imposteur pour les autres, César pour les uns, Attila pour les autres, ogre en 1813, Prométhée en 1815…

Néanmoins l’empereur des Français n’est pas la seule cible de ces combattants qui versèrent plus d’encre que de sang. Le roi et les membres du gouvernement anglais en font aussi les frais, en particulier William Pitt le jeune représenté tantôt en sauterelle, en champignon ou en singe, quand ce n’est pas en cavalier de l’Apocalypse….

Un ouvrage bien construit...

bonaparte_boneyComme pour les autres ouvrages de cette série sur les caricatures le grand format permet une mise en valeur des dessins issus du British Museum, du musée Victoria & Albert, de l’université et de la bibliothèque de Londres. Chaque page comporte en moyenne 2 ou 3 caricatures ce qui permet de les garder en assez grand format et par conséquent de profiter des nombreux détails qui font la richesse de ces œuvres. Cependant on peut encore regretter que certaines ne soient pas représentées en plus grand, ou avec un plus fort contraste quand il s’agit de gravures en noir et blanc. En effet certaines phrases écrites en petits caractères dans des bulles tortueuses sont à la limite de la lisibilité pour qui n’a pas un œil d’aigle. On regrette aussi que de très nombreuses bulles n’aient pas été traduites dans la langue de Voltaire. Messieurs les Anglais sachez que si les dignes héritiers des Grognards de l’Empire furent vaincus ils ne furent pas soumis et qu’ils pratiquent encore cette langue que les nobles Normands vous ont faite découvrir…

Point fort de cet ouvrage : la contextualisation. En effet, nous n’avons pas là qu’un simple recueil iconographique, Mark Bryant s’est judicieusement attaché à présenté à ses lecteurs un résumé clair et simple  des événements qui bouleversèrent l’Europe de 1789 à 1815. Il égraine les caricatures tout au long de son discours et le lecteur se délecte et s’amuse en voyant la vision que les caricaturistes cherchent à donner de tel ou tel événement.

On regrette parfois de ne presque jamais voir de caricatures françaises s’attaquant aux ennemis de l’Empire. Il aurait était intéressant de voir cette guerre de l’image, ces caricatures se renvoyant coup sur coup comme deux batteries d’artillerie lancées dans un duel effréné ! Mais il ne semble pas que ce soit là le parti pris par l’auteur. Comme le souligne bien le titre de l’ouvrage c’est avant tout Napoléon en personne qui est le sujet. Et naturellement si on cherche de la caricature antinapoléonienne il faut puiser quasi essentiellement du côté des côtés des coalisés. Mark Bryant prend toutefois l’initiative de présenter de temps à autre une image d’Epinal pour opposer l’image mythique offerte aux Français à l’image satirique offerte aux Anglais.

... et polyvalent

Pour conclure cet ouvrage offre une approche particulière et originale de l’histoire du Premier Empire : l’image de Napoléon diffusée par ses ennemis. La quantité, la qualité et la mise en contexte des caricatures fait de cet ouvrage un formidable outil, certainement indispensable pour tout amateur de la période et en particulier pour les chercheurs. C’est un formidable point de départ, une belle base de données iconographiques. La qualité des dessins, l’humour omniprésent en font également un bel ouvrage récréatif qu’on prendra plaisir à feuilleter le soir avec une tasse de thé. Et si jamais vous finissez par ne plus supporter l’humour anglo-saxon vous n’aurez qu’à vider votre tasse de thé, vous servir un verre de Bordeaux et sortir de votre bibliothèque un de ces nombreux ouvrages qui vous rappellera que l’Empire est avant tout une épopée formidable, unique en son genre dans l’histoire de France. C’est peut-être aussi un peu pour ça que les cousins d’outre Manche nous jalousent….

 

-          M. Bryant, Napoléon en caricatures, Hugo & Cie, 2010, 160 p.

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