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La France avant la France (G. Bührer-Thierry, C. Mériaux)

france_avant_franceL’histoire de France provoque toujours autant de débats, et plus encore quand il s’agit d’aborder les origines du pays. Quand est née la France ? Ceux qui prônent une histoire étudiée et surtout enseignée à travers les Grands hommes citent le plus souvent Clovis comme « fondateur » de ce qui allait devenir la France. Paradoxalement, la dynastie à laquelle il appartient, les Mérovingiens, souffre d’une réputation peu flatteuse. L’ouvrage de Geneviève Bührer-Thierry et Charles Mériaux, La France avant la France (481-888), édité dans la collection Histoire de France chez Belin, se pose comme la nouvelle référence pour nous éclairer sur ces questions.recommande


 

 

La collection Histoire de France de Belin

Le volume La France avant la France (481-888) est le premier de la collection Histoire de France, éditée par Belin, sous la direction de Joël Cornette. Le but des treize tomes est de proposer une nouvelle Histoire de France dans le contexte de la mondialisation et du développement de nouvelles approches historiques comme la world history ou l’histoire connectée.

Selon Joël Cornette, la collection « ambitionne de rendre compte de la variété des « vérités », de la diversité des problématiques, des enjeux, des controverses et des combats dont se nourrit le métier d’historien, pour répondre aux questions et aux interrogations du présent ». Chaque volume est donc construit de la même manière, du premier qui nous concerne ici, jusqu’à celui consacré à La France du temps présent (1945-2005) : une partie relativement classique, mélangeant histoire événementielle, politique, économique et culturelle sur un mode chronologique et thématique ; et une autre, la plus originale et la principale force de cette collection, l’atelier de l’historien, qui s’intéresse aux recherches les plus récentes et à l’historiographie.

De plus, la collection s’appuie sur une riche iconographie, une maquette claire et une présentation très agréable, le tout la rendant incontournable.

Clovis plutôt qu’Hugues Capet ou les Gaulois

Etant le premier volume d’une collection consacrée à l’histoire de France, l’ouvrage de Geneviève Bührer-Thierry et Charles Mériaux a un statut spécial et sans doute décisif pour comprendre l’esprit du projet dans son ensemble. Cela conduit Joël Cornette à introduire lui-même le livre et à expliquer le choix de commencer par 481 et Clovis, plutôt que par les Gaulois ou Hugues Capet, ce qui entraîne ensuite le découpage chronologique plutôt classique du reste de l’entreprise. Pour l’historien moderniste, ce choix s’appuie sur le fait que l’on peut faire « commencer » la France avec le terme de Regnum francorum et que Clovis est le premier rex francorum (même si, en fait, ce sont ses fils qui ont porté concrètement ce titre), terme repris par ses successeurs mérovingiens, mais aussi carolingiens puis capétiens.

« La France avant la France »

L’explication, en préface, du médiéviste Jean-Louis Biget, conseiller de Joël Cornette pour la période médiévale, est plus détaillée et nuancée. Il s’appuie sur une déclaration figurant en tête de la loi salique au VIIIe siècle : « le peuple illustre des Francs, institué par Dieu ». Les Francs sont donc les élus de Dieu et il semble logique que l’histoire de France commence avec eux. Toutefois, Geneviève Bührer-Thierry et Charles Mériaux ont préféré intituler leur ouvrage « La France avant la France » parce que, selon l’historien, l’époque abordée ne voit apparaître « aucun des éléments constitutifs d’une entité « France » : état, nation, unité linguistique ou sentiment d’une identité commune ». Ainsi, les auteurs sortent des « querelles d’écoles et de nations » et déconstruisent nombre de clichés et d’idées reçues, en particulier sur la transition entre l’Antiquité et le Moyen Âge et la fameuse époque des « invasions barbares ». L’ouvrage est donc à cheval entre l’Antiquité tardive et le Moyen Âge et montre en quoi c’est une période de transition, à la richesse culturelle trop longtemps sous-estimée, dont les Mérovingiens si souvent décriés sont le cœur.

Les auteurs, dans l’introduction, précisent quant à eux que l’année 481/482 est bien celle du début de « la construction d’un ensemble politique, le Regum Francorum, dans la continuité duquel se placèrent tous les souverains du Moyen Âge et des Temps modernes ». En faire le début de l’histoire de France étudiée par le biais du politique principalement est donc tout à fait logique. L’année de fin du volume, 888, s’explique par la fin de l’unité franque et le moment où « l’histoire du royaume de Francie occidentale [la future France en quelque sorte, NDLR] diffère de celle des autres royaumes nés du partage de Verdun de 843 ». Geneviève Bührer-Thierry et Charles Mériaux insistent de plus pour dire qu’ils veulent sortir de la vision républicaine du XIXe siècle, qui préférait présenter les Gaulois comme nos ancêtres plutôt que les Mérovingiens et les Carolingiens, assimilés aux Allemands. De même, dans la lignée historiographique la plus récente et la notion d’ethnogenèse, ils montrent que la période est plus à l’intégration qu’à la succession de ruptures plus ou moins violentes. Ainsi, « l’identité franque est une construction bien plus progressive que ce qu’imaginaient les historiens du XIXe siècle ».

Cet esprit se retrouve évidemment dans la construction de l’ouvrage.

Chronologie et thématiques

A l’instar des autres volumes de la collection Belin, La France avant la France (481-888) est construit selon un plan alternant chronologie et thèmes.

La partie consacrée aux Mérovingiens commence par une présentation de la Gaule au Ve siècle, puis étudie « la société, la culture et l’économie des temps mérovingiens », avant de revenir à une histoire chronologique, terminant sur l’importance du christianisme dans cette société, et sur « le déclin de la royauté mérovingienne ».

Il en va de même pour la seconde partie, consacrée aux Carolingiens : une première partie sur « les fondations de la puissance carolingienne » jusqu’à Pépin le Bref, puis encore deux chapitres chronologiques jusqu’à Charles le Gros, et pour terminer trois chapitres thématiques : sur la société chrétienne, la société aristocratique, et « vivre, produire et échanger » pour une histoire culturelle, économique et sociale.

L’atelier de l’historien

Cette partie confirme l’intérêt de l’approche historiographique qui caractérise la collection Belin. En effet, la période étudiée ici est généralement peu connue du grand public, et surtout en plein renouveau en ce qui concerne la recherche.

On le voit sur l’étude des sources de l’histoire mérovingienne, premier chapitre de cet atelier de l’historien. L’étude de la postérité de ces derniers éclaire un peu plus sur l’écart entre les clichés et la réalité de la recherche historique. Le troisième chapitre, quant à lui, est consacré aux femmes de pouvoir durant le haut Moyen Âge, autre thème méconnu (on en sait en général plus sur les femmes du bas Moyen Âge), alors que le dernier chapitre s’intéresse aux images à cette époque, sortant alors de l’aire géographique de la France pour voyager jusqu’à Byzance et la crise iconoclaste, se plaçant ainsi dans une perspective proche de l’histoire connectée qu’il faut saluer.

L’ouvrage se conclut bien entendu par de très riches annexes : repères chronologiques, généalogies, glossaire, bibliographie et sources. Un autre point gagnant de la collection.

Notre avis

Par son thème et surtout sa façon de l’aborder, à la pointe de la recherche et dans une volonté d’aller contre les idées reçues, La France avant la France (481-888) est donc un ouvrage incontournable, probablement l’un des plus intéressants de cette collection Belin. Indispensable qui plus est alors que semble renaître le débat sur l’enseignement de l’histoire de France…

 

- G. Bührer-Thierry, C. Mériaux, La France avant la France (481-888), Belin, 2010, 688 p.

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