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Encyclopédie de l'armement mondial, tome 3 (Jean Huon)

huon_tome3Le tome 3 de l’Encyclopédie de l’armement mondial de Jean Huon est paru en octobre dernier. Le remarquable souci d’exhaustivité de l’auteur est toujours présent, de même que la richesse iconographique – issue en très grande partie de son imposante collection photographique personnelle – et l’abondance de données sur les équipements abordés. Si ce volume de plus de 360 pages n’aborde l’armement que de quatorze pays, c’est essentiellement parce qu’il doit laisser une place considérables à la nation qui, dans le monde, en produit vraisemblablement le plus : les États-Unis d’Amérique.

 

 

Nations émergentes et classiques oubliés

Au fil des pages, on apprend ainsi que la Croatie a hérité de la Yougoslavie défunte une industrie de l’armement méconnue, mais particulièrement active, en particulier en ce qui concerne les armes de poing et les pistolets mitrailleurs. Conséquence d’une volonté d’indépendance en matière de matériel militaire, fusils d’assauts et armes de précision ne sont pas en reste – comme en témoigne le singulier impressionnant RT 20, un fusil anti-matériels à lunette pesant pas moins de vingt-six kilogrammes et tirant… des obus de vingt millimètres ! Un engin qui semble surgir tout droit d’un autre âge, tant est grande sa similitude avec les fusils antichars employés dans les années 1920 et 1930, avant l’apparition de la charge creuse et du bazooka.

Parmi les grands pourvoyeurs d’armes du 20ème siècle, un des plus fréquemment oubliés est très probablement le Danemark. Non seulement ce petit pays scandinave fabriquait-il lui-même l’équipement destiné à ses forces armées, mais sa production était exportée dans de nombreux pays. Le Dansk Rekylriffel Sindikat, plus connu sous le nom de compagnie Madsen, développa ainsi une lignée de pistolets mitrailleurs très prisés en Asie comme en Amérique latine, et immédiatement reconnaissables à leur crosse articulée rabattable. Madsen est toutefois surtout connue pour le fusil-mitrailleur qu’elle a créé en 1902, une des toutes premières armes de cette catégorie à être produite en masse, et qui allait être employée par plus de trente pays. Son agencement caractéristique, chargeur courbe à introduction verticale sur le haut de l’arme, allait en outre inspirer de nombreux dérivés, comme le Bren britannique ou le Nambu japonais. Madsen, cependant, allait péricliter au lendemain de la Seconde guerre mondiale, laissant le Danemark dépendant de l’extérieur pour son armement.

Un autre pays à la production importante et pourtant méconnue est l’Espagne. Une production parfois insolite, comme en témoigne l’étrange pistolet Pressin, à deux coups et dépourvu de crosse. Cette arme, actionnée par une simple poignée, avait été conçue à l’époque où les hauts fonctionnaires étaient la cible d’attentats fréquents de la part des indépendantistes basques… Imaginé pour leur protection rapprochée, il tient dans un étui à lunettes. L’Espagne possède du reste une longue tradition en matière d’armes de poing, avec notamment des firmes ou séries comme Astra, Llama ou encore Star. En ce qui concerne les autres armes, l’Espagne s’est longtemps contentée de produire sous licence des matériels importés, particulièrement ceux du constructeur allemand Mauser. L’expérience ainsi engrangée a permis, durant le relatif isolement de l’ère franquiste, de développer une production locale, assurée notamment par la firme CETME – à présent filiale de l’entreprise américaine General Dynamics.

Le géant états-unien

Cette reprise souligne l’énorme puissance de l’industrie de l’armement des États-Unis, et de fait, les 220 dernières pages du livre lui sont consacrées. Il serait par trop fastidieux de dresser un inventaire exhaustif, tant les armes et les manufacturiers de légende abondent. Les particularités sont nombreuses également. On notera ainsi la production tardive de pistolets à un coup, puisque Remington continuera à en fabriquer jusqu’en 1888. Le département des armements de l’U.S. Army ressuscitera même le concept pour le second conflit mondial, développant pour le compte de l’OSS le Liberator FP 45. Ce pistolet compact et rustique, équivalent de la mitraillette Sten des Britanniques car conçu pour équiper les mouvements de résistance, est pour le moins méconnu. Il a pourtant été produit à plus d’un million d’exemplaires, mais vraisemblablement trop tard pour être largement utilisé.

Les révolvers, dans la patrie de Samuel Colt, sont innombrables – et encore Jean Huon s’abstient-il de citer tout l’éventail de ceux employés durant la guerre de Sécession, se contentant d’énumérer quelques modèles étrangers importés durant le conflit. L’amateur de western aura le plaisir d’en apprendre un peu plus sur l’arme emblématique de ses films favoris, le Colt Single Action Army de 1873. La simple litanie des révolvers réglementaires de l’armée prend déjà une dizaine de pages, et ceux du commerce sont à ce point nombreux que l’auteur préfère se limiter à un rapide survol d’une demi-douzaine de pages. Même chose pour les pistolets semi-automatiques, dont le singulier Dardyck et ses munitions triangulaires. De fait, dans un pays où circulent plus de 200 millions d’armes à feu, grâce à la protection controversée du deuxième amendement à la constitution, dresser un inventaire exhaustif des modèles existant ou ayant existé aurait nécessité une encyclopédie à part entière – et on pardonnera donc à Jean Huon d’avoir dérogé à son principe d’exhaustivité.

Interminable aussi, la liste des pistolets mitrailleurs. On apprend ainsi que la célèbre mitraillette Thompson, associée dans l’imagerie collective aux gangsters de la Prohibition, ne porte en réalité pas le nom de son inventeur, mais de celui qui en a supervisé les essais. L’amateur d’armes de la guerre de Sécession sera quelque peu déçu : sortant du cadre de l’ouvrage, l’arme de prédilection du conflit, le fusil d’infanterie à un coup et à chargement par la bouche, n’y est pas abordée. Seul est mentionné le fusil Sharps, à chargement par la culasse, mais dans des versions postérieures au conflit. Un plus large inventaire concerne les carabines de cavalerie. Les seules armes de la guerre civile à être abordées dans le détail sont celles à répétition : les fusils Spencer et Henry, ainsi que la célèbre descendance de ce dernier, la fameuse carabine Winchester et ses nombreuses générations successives. Le chapitre est l’occasion d’apprendre qu’ayant du mal à concevoir un fusil à répétition de bonne qualité, la manufacture fédérale de Springfield fabriquera à partir de 1894 de grandes quantités d’un fusil norvégien, le Krag-Jorgensen. Il inspirera grandement la production suivante de Springfield, le modèle 1903, qui sera assemblé jusqu’en 1939.

Carabines et fusils semi-automatiques, puis automatiques, sont traités dans les grandes longueurs. Cela permet de constater le cheminement menant du M1 Garand de la Seconde guerre mondiale jusqu’à l’Armalite AR 15 de l’ingénieur George Stoner – plus connu sous sa désignation militaire officielle, le M16. Ce dernier, repris par la société Colt, a été décliné en un système complet, à ce point étoffé que l’auteur doit recourir à un tableau de plus de six pages pour en énumérer les quelques 130 versions ! Les fusils à pompe, des plus anciens aux plus futuristes, sont également abordés. C’est dans les tranchées du nord de la France, en 1918, que les soldats américains purent réaliser à quel point ces armes, à l’origine conçues pour la chasse, étaient efficaces dans le combat rapproché – au point que les Allemands tentèrent d’en dissuader l’usage en exécutant les soldats capturés avec ce type d’arme, qu’ils estimaient contraire aux conventions internationales en matière d’armement.

Les fusils de précision ne sont pas oubliés, y compris l’expérimental XM 109, encore plus impressionnant que le RT 20 croate puisqu’il tire, pour sa part, des obus de vingt-cinq millimètres… Une large variété de lance-grenades, à un coup, à répétition ou automatiques, est également abordée, sans parler des pistolets lance-fusées ou des armes d’entraînement… Ce tour d’horizon s’achève par une revue des fusils mitrailleurs et des mitrailleuses. Ces dernières sont l’occasion de revenir un court instant vers la guerre de Sécession, dont le déclenchement a motivé les premières études américaines sur ce type d’arme. Aux côtés de la fameuse Gatling et de ses canons rotatifs, d’autres systèmes techniques moins connus et plus insolites ont alors vu le jour : Billinghurst-Requa tirant vingt-cinq projectiles simultanément, Gardner à triple culasse, ou encore Ager, surnommée « moulin à café » par Abraham Lincoln lui-même, à cause de sa ressemblance de son chargeur avec cet objet.

 

Ce troisième volume de l’Encyclopédie de l’armement mondial de Jean Huon reste donc fidèle en tous points aux qualités de la série. Bien que sa nature même le réserve aux passionnés d’armes à feu, l’amateur éclairé voire le curieux pourra y trouver son compte, ne serait-ce que par le jeu des informations, anecdotiques ou importantes, qu’il apporte. On surveillera particulièrement la sortie du tome 4, prévue pour mars 2013, puisqu’il abordera la production française, mais aussi britannique.

 

Jean HUON, Encyclopédie de l’armement mondial, tome 3, Paris, Grancher, octobre 2012.

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