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Encyclopédie de l'armement mondial, T 4 (J. Huon)

Encyclopedie-armement-tome-4Poursuivant la révision de son imposante Encyclopédie de l’armement mondial, l’expert en armes à feu Jean Huon en a récemment fait paraître aux éditions Grancher le tome IV. Un volume des plus intéressants puisqu’il aborde deux nations ayant eu par le passé une industrie armurière florissante, la France et le Royaume-Uni.

 

 

Un luxe de détails

Toute l’ironie de la situation est précisément qu’aujourd’hui, il faut parler au passé en ce qui concerne les productions d’armes à feu française et britannique. En effet, aucun des deux pays n’a plus de capacité de production en matière d’armes légères à l’heure actuelle. Contraintes législatives, restrictions budgétaires, concentration industrielle et mondialisation se sont combinées pour entraîner la fermeture des usines concernées, de sorte que la France comme le Royaume-Uni sont désormais dépendants de l’étranger – Belgique, États-Unis – pour la fourniture de leurs armes légères.

La France est bien sûr abordée avec force détails, et le chapitre qui lui est consacré est de loin le plus instructif rencontré jusque-là. On apprend ainsi une foule de choses. La conception de révolvers français avait été foisonnante au XIXème siècle, les divers modèles Lefaucheux étant là pour le prouver. Dans ce domaine, la palme de l’originalité revient au LeMat, conçu juste avant la guerre de Sécession par un Français de la Nouvelle-Orléans et fabriqué en France durant le conflit pour le compte des Sudistes. Cette arme, d’aspect massif (mais pourtant plus légère que le Lefaucheux modèle 1858), présentait la singulière caractéristique d’être affublée de deux canons : l’un standard relié à un barillet à neuf coups, l’autre chargé de chevrotines…

Parmi les nombreux révolvers apparus jusqu’à la fin du XIXème siècle, ont passera en revue ceux de la Manufacture Française d’Armes et Cycles de Saint-Étienne – autrement dit Manufrance – et leurs noms évocateurs : « Le Colonial », « Le Terrible », « Le Redoutable », « L’Explorateur », « L’Africain »… Survint alors un hiatus de trois quarts de siècle, avant la création du Manhurin MR 73, encore aujourd’hui l’arme principale de la police nationale, aux côtés du pistolet automatique G 1. Pistolets signaleurs et armes d’entraînement n’échappent pas à l’exhaustivité de l’ateur.

Les autres armes sont l’occasion de replonger dans la production des manufactures d’armes régies par l’armée française : Saint-Étienne, Tulle, Châtellerault, et les sigles qui leur sont associés – MAS, MAT, MAC. Ces usines porteront à bout de bras le gros effort de réarmement, de standardisation et de modernisation qui suivra la Seconde guerre mondiale. Le conflit avait vu les Forces Françaises Libres utiliser une gamme large et hétéroclite d’armements de provenances variées, essentiellement britanniques et américaines. Ces dernières seront remplacées par une panoplie d’armes conçues autour d’une munition de 7,5 mm qui formeront l’ossature de l’équipement français de la Guerre froide : pistolet-mitrailleur MAT 49, fusil semi-automatique MAS 49/56, mitrailleuse légère AA 52. Autant de modèles condamnés à disparaître peu à peu pour cause de standardisation OTAN, l’Alliance Atlantique utilisant pour sa part une cartouche de 7,62 mm.

On retrouve également tout l’historique, bien connu, des fusils de l’Armée de Terre : Chassepot (1866), Gras (1874), l’emblématique Lebel (1886) et le MAS 36, son tardif et peu connu remplaçant. L’occasion, encore, de se rappeler que le premier fusil à répétition employé en France fut une arme austro-hongroise (le Kropatschek modèle 1878 de la Marine Nationale), de consulter la longue liste des armes étrangères importées durant la guerre de 1870-71 (souvent des surplus américains de la guerre de Sécession), ou de croiser des armes improbables comme le fusil-lance modèle 1854, un fusil de cavalerie pouvant être transformé en lance par l’adjonction d’une baïonnette d’un mètre de long !

D’innombrables modèles expérimentaux sont cités, notamment en ce qui concerne les fusils d’assaut, objets d’essais et de prototypes multiples dès les années 1950, mais qui n’aboutiront qu’en 1977 avec la mise en service du FAMAS F1. Une arme à présent en fin de vie, et pour laquelle l’Armée de Terre a commencé à chercher un remplaçant en 2010. De façon symptomatique, seuls des fusils d’assaut étrangers ont pu être testés, et les deux prototypes proposés par des industriels français sont en réalité dérivés d’armes étrangères elles aussi.

Autre passage de l’histoire militaire française mis en exergue par Jean Huon : les bataillons scolaires. Ces formations, constituées dans les années 1880 par les municipalités, avaient pour but d’entraîner les jeunes gens à l’exercice militaire et au tir préalablement à leur service militaire – qui n’était, à l’époque, pas encore universel – autant qu’à développer leur patriotisme. Dans cette optique, les bataillons scolaires furent dotés de toute une gamme de fusils d’entraînement, allant de la maquette rudimentaire en bois à l’arme élaborée capable de tirer à blanc et pourvue d’une baïonnette.

On passera sur l’éventail (large) des armes automatiques et autres mitrailleuses, de tradition ancienne puisqu’il remonte au « canon à balles » de Reffye, en 1866. À la place, on notera un produit bien français, naguère sujet à polémique, les fameux « flash-balls » dont l’invention par Pierre Richert remonte à 1986. Ces armes à létalité atténuée, conçues pour tirer des balles en caoutchouc de gros calibre, ont bien évolué depuis, puisque la dernière génération est aussi capable, si nécessaire, de tirer n’importe quelle grenade de 40 mm de type OTAN.

Un géant en déclin

La nation qui fut jadis la première puissance industrielle du globe se retrouve à présent dans une situation similaire à celle qui fut souvent sa rivale, voire son ennemie. La Grande-Bretagne bénéficiait pourtant, elle aussi, d’une grande tradition armurière, que ce soit par le biais des manufactures royales ou de l’industrie privée. Les unes comme les autres, toutefois, n’ont pas survécu aux mutations de la fin du XXème siècle.

On retrouve dans ce chapitre les emblématiques révolvers Adams et Webley, mais également une large variété de modèles de tous horizons. Ceux-ci furent largement utilisés par les officiers, puisque l’armée britannique les autorisait à utiliser l’arme de poing de leur choix, à partir du moment où elle tirait la munition réglementaire. Surprise, la section réservée aux pistolets semi-automatiques est presque vide : le concept n’a pratiquement jamais intéressé l’industrie anglaise, hormis quelques armes tirant la munition Parabellum et ressemblant de ce fait très fortement au célèbre Lüger allemand.

On trouve beaucoup plus de pistolets-mitrailleurs : Lancaster et Lanchester, mais surtout l’emblématique Sten. Symbole de la résistance au nazisme dans l’Europe occupée, cette arme extrêmement rustique répondait avant toute chose au besoin de produire en masse et à bas coût un pistolet-mitrailleur facilement utilisable, que ce soit par un soldat ou par le premier partisan venu. La version la plus connue, le Mark II, fut ainsi produite à 2,6 millions d’exemplaires, mais d’autres modèles furent également fabriqués, notamment le Mark II S à suppresseur de son intégré – qui n’avait de mitraillette que le nom, puisque sa carcasse allégée obligeait son utilisateur à tirer… au coup par coup.

D’autres armes connues attendent la lecteur : fusils à un coup Snider, puis Martini-Henry, fusils à répétition Lee-Metford, puis la dynastie du Lee-Enfield, produit comme son nom l’indique à l’arsenal d’Enfield, près de Londres. Comme les Français, les Britanniques eurent bien du mal à développer un fusil d’assaut digne de ce nom, finissant par opter pour un dérivé du FAL belge, le L1 A1. Le passage par l’OTAN de la munition de 7,62 mm à celle de 5,56 mm favorisera son remplacement par le L85 A1, fabriqué lui aussi à Enfield, mais dont la production cessera en 2001.

La tradition britannique en matière d’armes automatiques est encore plus riche que la française, avec notamment deux modèles emblématiques de la Grande Guerre : le fusil-mitrailleur Lewis (et son chargeur camembert) et la mitrailleuse Vickers. Rien de très étonnant, quand on sait que le Royaume-Uni est le berceau de la mitrailleuse moderne : celle d’Hiram Maxim, apparue en 1892 et copiée ensuite à travers le monde, notamment en Russie.

Un seul autre pays présenté dans ce tome IV dispose d’une production d’armes significative : la Finlande. Encore cette situation dérive-t-elle surtout de l’encombrant voisin de la Finlande (Russie/URSS), et de l’œuvre du talentueux ingénieur Aimo Lahti dans les années 1920 et 1930. Comparativement à ses dépenses militaires, la Grèce déçoit quelque peu : en dehors de quelques modèles expérimentaux, sa production d’armes légères est inexistante, et elle s’est toujours reposée sur l’importation pour équiper son armée.

Le tome V, à paraître en octobre 2013, sera sans doute beaucoup plus étoffé, avec la production de pays disposant d’une industrie armurière bien établie (Japon et surtout Italie), ou au contraire émergents (Inde, Israël).

 

Jean HUON, Encyclopédie de l’armement mondial, tome IV, Paris, Grancher, 2013. 360 pages, 55 euros. ISBN : 978-2-7339-1253-9.

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