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Les Grandes Batailles qui ont fait l’Histoire de France

bardeLes Éditions Ouest-France publient un nouvel ouvrage d'Yves Barde et de Christian Le Corre consacré à 20 des plus grandes batailles qui ont indéniablement marqué l'Histoire de France, par leurs conséquences directes et/ou par les récupérations postérieures qui en furent faites. D'Alésia à Diên Biên Phu, de Marignan à Austerlitz, les auteurs souhaitent revenir sur ces affrontements fondateurs pour les replacer dans leur contexte et les démystifier.

 

Le projet

« Les Grandes Batailles qui ont fait l'Histoire de France : Vérité, récupération, manipulation » est un ouvrage qui comme son nom l'indique prétend rétablir une vérité historique à propos de batailles, sur les faits et leur utilisation postérieure. Il s'agit pour Yves Bardes de revenir sur les batailles qui eurent un impact sur le destin de la France, de l'Europe, voir du Monde. Ces batailles dont beaucoup ont entendu les noms à l'école, sans pouvoir en dire plus. Le choix s'est porté sur vingt de ces batailles emblématiques : Alésia (52 Av. J-C), Tolbiac (496), Poitiers (732), Bouvines (1214), Orléans (1428/9), Castillon (1453), Marignan (1515), Rocroi (1643), Fontenoy (1745), Valmy (1792), Rivoli (1797), Marengo (1800), Austerlitz (1805), Waterloo (1815), Solferino (1859), Sedan (1870), La Marne (1914), la Bataille de France (1940), la Libération de Paris (1944), Diên Biên Phu (1953-4). Le choix peut paraitre sous certains aspects arbitraires, on aurait pu s'attendre à voir d'autres batailles symboliquement très fortes dans notre Histoire (Gergovie, Verdun, les Débarquements de 1944...), mais nous avons bien conscience que dans le cadre de ce genre d'ouvrage l'auteur doit faire des choix et sacrifier quelques sujets pour une question de format.

Christian Le Corre s'est quant à lui chargé d'illustrer abondamment l'ouvrage avec sa collection personnelle. Il axe volontairement sur une iconographie parfois ancienne, inspirée par le roman national, une vision orientée, basée sur des mythes, que les textes devront déconstruire. 

Étude d'un cas : Austerlitz

Prenons le temps de nous attarder sur un cas, sur une des batailles les plus emblématiques de l'Histoire de France, sûrement une de celles qui sera regardée en premier dans cet ouvrage : la bataille d'Austerlitz, dite bataille des trois empereurs, livrée par Napoléon Ier le 2 décembre 1805.

Yves Bardes lui consacre dix pages, très richement illustrées par Christian Le Corre de dix-huit documents iconographiques. Premier constat donc, nous avons affaire à un beau livre, agréable à feuilleter. Par contre, on remarque qu'étrangement les documents iconographiques sont très mal légendés : on a des dessins de Job, des images d'Épinal, des gravures, des tableaux, une affiche publicitaire... Mais jamais il n'est précisé d'où vient le document, de quand il date et qui en est l'auteur. Les légendes se contentent de décrire très succinctement l'image, en encore de façon parfois peu convaincante... En effet on sourit en voyant une charge de Hussards (par Job) légendée « Une charge sur la plaine d'Austerlitz. Par 2 degrés Celsius, les chaudes fourrures sont indispensables aux cavaliers », or ce n'est pas vraiment le genre d'info qui ressort du document, les fourrures qui y sont visibles (celles du colback, de la pelisse et de la chabraque de selle) faisant tout simplement partie de l'uniformologie des Hussards (inspirés des Hussards hongrois) sans que les conditions météorologiques du jour y soient pour quelque chose. On s'étonne aussi de voir simplement légendé dans un chapitre sur Austerlitz « Pendant les phases d'observation, le plan d'attaques est mûrement réfléchi » alors que sur l'illustration on voit Napoléon observer la Manche à la lunette depuis une falaise... Dernier bémol sur l'illustration ce chapitre sur Austerlitz, certains documents sont de mauvaise qualité, notamment le célèbre tableau de Gérard qui est flou et dont de nombreux détails deviennent imperceptibles. À noter également que plusieurs documents utilisés pour illustrer la Grande Armée sont mal choisis, les fantassins étant représentés avec un shako alors qu'ils ont encore à cette époque le bicorne, petit anachronisme donc.
Hussard Job
Une fois la forme passée en revue, attachons-nous sur le fond. Dans un premier temps, l'auteur nous explique la pirouette de Napoléon qui envoie vers la coalition à l'Est son armée stationnée à Boulogne qui s'apprêtait à envahir l'Angleterre. Puis il nous présente les forces en présence, et plus particulièrement les forces françaises puisque la composition (infanterie, cavalerie, artillerie, génie, train, service de santé...) et l'organisation (corps d'armée...) de la Grande Armée nous sont synthétiquement, mais assez efficacement, expliquées. On pourrait peut-être nuancer la médiocre qualité des services de santé de la Grande Armée, c'est tout à fait vrai par rapport à ce qui se fera par la suite, mais c'est déjà beaucoup mieux que ce qui se fait dans les autres armées contemporaines. C'est ensuite la bataille qui nous est très succinctement, trop succinctement, racontée. Trop succinctement, non pas parce qu'elle frustrera les amateurs d'Histoire bataille, mais parce qu'à trop synthétiser le déroulement devient finalement peu compréhensible, d'autant plus qu'aucune carte ne vient appuyer le propos (il n'y a qu'une carte en fin d'ouvrage qui permet de localiser les batailles). Le paragraphe suivant est consacré à quelques anecdotes de la bataille : Napoléon en reconnaissance qui tombe sur les cosaques, les feux de paille par les soldats, la transformation postérieure du Bulletin de la Grande Armée... L'auteur nous décrit également un tableau de Lejeune qui pourtant n'apparait pas dans les illustrations du chapitre... Choix étrange, il aurait certainement mieux valu approfondir la description et l'explication du tableau de Gérard (qui lui est présent), où sacrifier quelques autres documents pour faire apparaitre ce tableau de Lejeune. Yves Bardes enchaine avec un paragraphe présentant les conséquences de la bataille, puis nous propose un paragraphe prometteur sur les exagérations de l'Histoire officielle. Il s'agit avant tout ici de démentir la fameuse légende des soldats russes noyés en tentant de traverser les étangs gelés sur lesquels l'artillerie française concentre son feu. Comme le souligne bien Yves Bardes, la scène ne peut avoir eu lieu ainsi quand on sait que les étangs sont très peu profonds et qu'on a finalement trouvé que trois cadavres russes à l'intérieur... Par contre, nous nous interrogeons toujours sur le rapport que fait l'auteur entre cet événement et les « victimes mortes de froid ». 

Forces et faiblesse de l'ouvrage

Commençons par les faiblesses de l'ouvrage. Les illustrations sont parfois de mauvaise qualité, nous en avons parlé pour Austerlitz, mais le problème se retrouve sur d'autres batailles, notamment celle de Poitiers où l'on nous présente une reproduction d'après original du tableau de Charles de Steuben, alors qu'il aurait certainement mieux valu nous présenter directement l'original ; de même pour le tableau de Lejeune sur Marengo par exemple. Second problème au niveau des illustrations, elles sont généralement très mal légendées, toujours trop succinctement, des fois de façon ambigüe, parfois même de façon erronée. Prenons par exemple le chapitre sur la bataille de Sedan, des fantassins Français nous sont présentés avec « le fusil Chassepot à baïonnette et la musette frappée de l'aigle napoléonien » : or il ne s'agit pas d'une musette, mais d'une giberne, et les fusils avec leurs baïonnettes à douille représentés sur l'image ne sont en aucun cas des Chassepots, mais plus vraisemblablement des fusils modèle 1857 (ou autres fusils à piston dernière génération). Troisièmement, certaines des illustrations sont visiblement mal choisies, soit qu'elles soient à la limite du hors sujet, soit qu'elles se répètent, soit à l'inverse qu'on nous décrit un tableau sans nous le montrer. Enfin et pour finir, on se demande dans quelle mesure le pari est réussi de présenter des images issues du roman national pour les démystifier par l'analyse... Beaucoup d'images ne sont pas expliquées avec un esprit critique, par exemple dans le chapitre sur Alesia où rien ne vient remettre en cause l'omniprésence dans les illustrations des légionnaires romains avec un équipement tardif et des guerriers gaulois avec leurs casques ailés ou à cornes...

Au niveau du récit, il est clair qu'il ne faut chercher une analyse poussée des tactiques déployées durant la bataille, bien que certaines batailles soient un peu plus développées qu'Austerlitz. De façon générale, l'absence de cartes ne facilite pas la compréhension de la bataille. Les conséquences et surtout les récupérations postérieures de la bataille sont traitées très succinctement, peut-être à cause de la place (trop) importante donnée à l'image.

Pour conclure sur les points positifs, on soulignera la capacité de synthèse, qui permet au lecteur de survoler 20 batailles en quelques lignes, ce qui est un bon point quand on cherche à obtenir rapidement des petites bases sur le sujet. Et, bien entendu, la quantité d'images est aussi un point positif dans le sens où cet ouvrage est très agréable à regarder, à feuilleter, passant d'une image d'Épinal à une photo, d'une gravure à une affiche, des carrés de Waterloo aux légionnaires en Indochine, de Philippe Auguste à Bouvines à Gallieni dans la Marne...


En définitive, nous avons là un ouvrage synthétique et beau, faute d'être bon, qui risque de décevoir les amateurs d'Histoire martiale, mais qui trouvera certainement son public auprès d'une jeunesse en quête d'initiation à l'Histoire militaire de la France.


Barde Yves, Le Corre Chritstian, Les Grandes Batailles qui ont fait l'Histoire de France : Vérité, récupération, manipulation, Editions Ouest-France, 2013.

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