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Voyage dans l'Au-delà, les bretons et la Mort

voyage rioA l'ère d'internet, les Bretons entretiennent des relations et des coutumes singulières avec la mort et les morts. Tel est le constat d'une vaste enquête dans la Bretagne aujourd'hui. Qui est l'Ankou, ce conducteur des morts dans l'au-delà, qui apparaît toujours au XXIe siècle ? Comment perçoit-on la présence des « Anaons », ces âmes errantes qui hantent les chemins ou les demeures ? Perdues au fond des bois, des tombes immémoriales continuent de recevoir les offrandes de visiteurs anonymes. Pourquoi sont-elles honorées ?. Qui sont les ''passeurs d'âme'' ? Quel sens donner à ces phénomènes mystérieux, révélateurs d'un véritable culte des morts et d'une croyance tenace dans l'autre monde ?.

 Pratiques religieuses en Bretagne

De grand auteurs tels qu' Anatole le Braz publiant en 1893 « La légende de la mort en Basse Bretagne » ou Chateaubriand avec son ouvrage « Mémoires d'Outre-Tombe » écrivant non sans humour dans son avant-propos ''La vie me sied mal, la mort m' ira peut-être mieux !'' prouvent que le sujet de la mort tragique et violente a toujours inspiré poètes, bardes et écrivains. Cette littérature restitue la dimension ténébreuse de la Bretagne, car ses habitants n'ont pas cessé d'entretenir dans leurs pratiques religieuses et populaires, des cultes ne séparant pas le profane et le sacré, le corps et l'âme, la science et la religion, le savoir et la connaissance, le visible et le sensible.

Comme leurs ancêtres, ils continuent de croire aux relations subtiles entre les mondes, attestant les structures du comportement humain. Dévotions sur les tombes, croyances aux âmes errantes (les Anaons), manifestations du messager de la mort (l'Ankou), rituels, pratiques et phénomènes surnaturels (dont l'origine et le sens relèvent d'une philosophie universelle) perdurent.

Les intersignes

Un intersigne est un avertissement, un message de l'autre monde adressé aux vivants. C'est la mort qui en s'annonçant, nous invite à réfléchir, à suspendre notre course, à nous unir avec les âmes en instance de départ et à les assister. L'intersigne peut être prémonitoire ou simultané au décès.

Il peut se manifester sous des formes très variées : cierge, chandelle ou flambeau allumé (attesté dans de nombreux ouvrages du XIX e et XX e siècle), sonneries et divers sons de cloches, objets qui tombent ou tableaux se décrochant sans raisons, coup frappé à la porte, fenêtre qui s'ouvre brusquement, sonnerie du téléphone, ordinateur qui s'éteint ou qui s'allume, musique dont on n'identifie pas la provenance, bruits de pas, brusque envolée d'oiseaux (corbeaux, pies, souvent présents dans les intersignes tels des messagers), souffle d'air, tristesse subite , ustensiles de cuisine qui s'agitent..

Le symbole est le langage de L'âme

cinq agesLe rêve est porteur de symboles. Ainsi monter un escalier suppose une élévation de l'âme. L'échelle l'arbre, le pont, la barque et tout autre moyen de transport indiquent un voyage ascensionnel vers l'au-delà. Le reflet du visage du défunt dans l'eau d'une fontaine ou d'un étang est un intersigne provoqué par un rituel pratiqué sciemment dans plusieurs dizaines de fontaines bretonnes (l'une d'elles se trouve à Plouégat-guérand). Un autre rite concerne la Roue du temps qui symbolise le cycle de la vie et dont l'usage commun en Bretagne consiste, dans l'église, à la faire tourner au moment de l'Élévation, du Credo, du Sanctus et de la communion.

L'Ankou

L'Ankou, ce personnage effrayant représenté comme un squelette portant une faux et une massue serait à la fois celui qui donne la mort et celui qui conduit le mort. Il est également muni du « Mell beniguet » le maillet bénit en forme de boule utilisé pour hâter le trépas de l'agonisant. Posé sur le sommet du crâne à la hauteur de la grande fontanelle il permettait à l'âme de se libérer, lors d'une cérémonie pratiquée avec l'accord de la famille du défunt.

ankouLa figure de l'Ankou est omniprésente dans le légendaire, le paysage et l'architecture. Outre les innombrables têtes de mort sculptées sur les calvaires, bénitiers, ossuaires et monuments funéraires, l'Ankou a droit à une iconographie originale dans plusieurs sites et églises de Bretagne.

La danse macabre

C'est au XV e siècle qu'ont été peintes la plupart des fresques macabres dans les églises en Europe de l'Ouest et qu'étaient données sur le parvis des représentations ''réalistes'' destinées à impressionner les foules. C'était un spectacle d'édification morale. Car nul ne peut résister et vaincre la mort. Nul ne peut emporter sa richesse, son pouvoir, sa beauté, pas plus que sa misère, sa laideur et sa servitude dans l'au-delà. La doctrine chrétienne du Moyen-Age enseigne l'humilité à l'heure fatidique.

La mort et le départ de l'âme

La mort est un passage symbolique qui ouvre une porte imaginaire pour les uns, initiatique pour les autres. Les rites de la veillée, la toilette, la cérémonie religieuse, le cortège funèbre, le repas de funérailles sont autant de pratiques qui permettent de surmonter le déferlement des émotions : la peur, l'angoisse , la tristesse. Ce sont des rites de passage à l'instar de deux autres étapes de la vie : la naissance et le mariage.

Le sens des interdits

Le cierge que l'on éteint au moment du décès est le signal d'une série de gestes à accomplir : fermer les yeux du défunt pour éviter le ''mauvais œil '', fermer la bouche, arrêter les aiguilles de l'horloge jusqu'au retour du cimetière, éteindre le feu pour que l'âme ne se brûle pas, voiler les miroirs pour ne pas laisser l'âme se réfléchir (s' emprisonner dans un reflet) vider et couvrir les récipients pour que l'âme ne s'y noie pas, ne pas balayer la maison pour éviter l'expulsion de l'âme avant la fin des rites. Interdire les animaux dans la chambre mortuaire (ceux-ci pouvant blesser, voire dévorer l'âme)
Cesser tout travail tant que le mort n'est pas enterré.

Ces interdits attestent d'une croyance en l'existence de l'âme et la maison relèverait, pendant cette période intermédiaire entre le décès et l'inhumation, d'un hors-temps devenant un hors-espace où ni le temps des vivants ni les éléments terrestres n'auraient leur place. Les quatre élémentaires que sont l'eau, le feu, l'air (balayage) et la terre (animaux) correspondent à une dimension cosmique de l'homme.

Les tombes de mémoire

tombes memoireA la fin du XIX e siècle, il existait plusieurs dizaines de tombes cultuelles en Bretagne donnant lieu à de nombreux pèlerinages. Celles-ci sont dispersées dans les champs et les forêts, sur les falaises et sur l'estran, dans les enclos paroissiaux et dans les cimetières, en Basse et en Haute-Bretagne. Une majorité de tombes concerne des hommes, des trois ordres de l'ancienne société et de toutes conditions : nobles, marins, paysans, soldats, prêtres, séminaristes. Néanmoins on trouve aussi quelques tombes de femmes. La cause de la mort serait-elle déterminante pour justifier une vénération ? Certes il s'agit souvent de victimes connues ou inconnues ayant subi une mort violente ou injuste. Le point commun serait-il idéologique ? Mais si une majorité consacre des victimes de la révolution jacobine, on trouve aussi des tombes de républicains !

Il existe tous les styles de monuments : une simple croix plantée dans un talus, un monticule de terre, une dalle de marbre.. sur lesquels ex-voto et offrandes parfois insolites sont accrochés : chapelets, petites croix, brins tressés, chaussures d'enfants, paires de lunettes, linges, brassées de fleurs, épingles, luminaires ou lettres manuscrites dans une pochette plastifiée ! La fréquentation de ces tombe perdure au-delà des siècles échappant aux institutions de l'Église catholique qui les réprouve.

La baie des Trépassés et les passeurs d'âme

S'il ne faisait aucun doute que les âmes des trépassés se rassemblaient en certains points de la côte (dont le plus célèbre se trouve à Cléden-Cap-Sizun) pour attendre un embarquement vers l'autre monde, cette croyance est aujourd'hui oubliée. Or, la baie des Trépassés ''bwe an Anaon '' en Breton est devenue un lieu où la légende prend le pas sur la réalité. C'est dans cette baie que les courants ramènent les noyés à la côte (ce fait est reconnu par la population) et c'est en ce lieu que les âmes des défunts (les Anaons) embarquent pour leur dernier voyage !

Interviennent alors les passeurs d'âme (''tremener'') qui se chargent de convoyer les âmes sur l'autre rive. Ce sont des hommes bien vivants (à la différence de l'Ankou) œuvrant en silence dans l'anonymat. Les noyés sont classés à part : privés de rites funéraires et de sépulture, leurs âmes sont condamnées à errer jusqu'à ce quelles trouvent un passeur.

mort st ronanAujourd'hui, une rupture de toutes ces traditions fait que le Breton ne meurt plus chez lui. Les enterrements sans sacrements se multiplient et la crainte de passer pour un primitif superstitieux refrène quiconque de confier ses visions et perceptions de l'autre monde à ses proches tant il est difficile de parler de ces sujets et de faire accepter l'inconnu dans notre société devenue très matérialiste.

A chaque époque les hommes se sont interrogés sur l'au-delà. Mais les interprétations philosophiques et religieuses qui divergent et s'opposent ont créé des désaccords. (chaque période possédant ses septiques, ses croyants, ses apostats, ses agnostiques et ses athées).

Et si l'existence ne commençait pas au premier cri de la naissance et ne s'arrêtait pas au dernier souffle de l'agonisant ? La vie et la mort, l'homme d'ici et l'au-delà participeraient-t-ils l'un de l'autre ?..

Voyage dans l'Au-delà ''les Bretons et la mort'', de Bernard Rio. Editions Ouest-France, 2013.

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