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Les soldats des colonies dans la Première Guerre mondiale

colonies 1Chantal Antier-Renaud et Christian Le Corre nous proposent aux éditions Ouest-France un petit livre accessible, illustré et passionnant sur les soldats des colonies envoyés combattre lors de la Grande Guerre. Un sujet d'actualité à l'occasion du centenaire et à un moment où les post-colonial studies et la demande mémorielle tendent à focaliser l'attention sur ces troupes venues des quatre coins des empires pour défendre les intérêts des métropoles.

 

Du tirailleur sénégalais au travailleur indigène

L'ouvrage de Chantal Antier-Renaud (textes) et Christian Le Corre (illustrations) n'est pas une simple histoire des célèbres tirailleurs sénégalais sur le front de l'Ouest. Le but est bien ici de remettre l'emploi des forces coloniales dans leur contexte et de donner une vision d'ensemble de l'utilisation des indigènes : comme combattant certes, mais aussi comme ouvriers.

L'ouvrage commence par une remise en contexte très opportune sur l'Empire colonial français à la veille de la Première Guerre mondiale. On revient sur la politique coloniale de la IIIe République (qui ne fait pas forcément l'unanimité politique), sur le partage des continents entre nations européennes lors de la conférence de Berlin (1885), sur l'élaboration progressive d'un système colonial qui aboutit à la création d'un ministère des Colonies (1894), sur la bivalence de la colonisation jouant à la fois sur le rapport de force avec l'armée, mais aussi sur la conquête des cœurs avec les Églises ou l'Instruction. On donne également un aperçu de la grande diversité des statuts des colonies avec des volontés politiques différentes. Enfin, on présente quelques grandes figures de la pacification à l'image de Lyautey ou de Gallieni.

Colonies 2 Défense du Haut Niger françaisDans un second temps, nous abordons la mobilisation croissante des colonies pour lors de la Grande Guerre, de 1915 à 1918. C'est l'occasion de revenir sur tous les avantages que pouvait tirer la France de ces forces vives, mais aussi sur toutes les difficultés engendrées. En effet, si certains officiers comme le général Mangin promurent l'utilisation de la « force noire », vantant les mérites de l'Africain obéissant, robuste et rustique qui en ferait le meilleur soldat que l'on puisse espérer pour mener une guerre en ce début de XXe siècle. Mais se posent de nombreuses questions, comme celle de la langue quand on sait que les Africains mobilisés ne parlent pas tous le français, ni même tous la même langue. C'est à cette occasion qu'apparait une forme de Français simplifié, plus accessible à tous les indigènes et permettant aux officiers français de se faire comprendre : le petit-nègre. Ainsi les officiers sont-ils formés à ce nouveau langage de circonstance afin d'éviter les quiproquos, par exemple le verbe « être » n'étant pas compris par les Africains l'officier français ne dira pas « tu es », mais « toi y en a »... Et encore faut-il anticiper d'autres occasions d'incompréhension, par exemple en ne disant pas « toi y en a prêt ?» que le tirailleur comprendrait comme « as-tu ton prêt ? » (la solde), mais en préférant la formule « Toi y en a paré ? ». Le petit-nègre est une des adaptations de l'armée française face à l'hétérogénéité de ces soldats des colonies, que le fameux « Y'a bon ! » de Banania a longtemps fait perdurer dans les mémoires. Bien entendu la question du recrutement est également au cœur de cette partie avec tout le problème de quantification lié au manque de sources.

La question des modes de recrutement est aussi primordiale, le plus souvent il s'agit d'engagements volontaires, mais la pression à l'engagement (qui vient parfois du foyer même, par exemple des femmes poussant leur mari à l'engagement pour toucher des primes) relativise bien entendu cette notion de volontariat. La résistance au recrutement grandit, aboutissant même parfois à des révoltes, au Sénégal comme en Algérie. Enfin, par égalitarisme républicain, l'Afrique n'est pas la seule à être mobilisée pour la défense de colonies 4 clairon aux tirailleurs annamitesla métropole et cet ouvrage aborde aussi le cas des hommes venus d'autres horizons comme les Kanaks ou encore la « force jaune » des Indochinois, considérés comme de piètres combattants, mais d'excellents ouvriers.

Comme il se doit, l'ouvrage aborde dans un troisième temps l'engagement sur le front des troupes indigènes et de la Légion étrangère de la Marne à Verdun et jusqu'à la victoire finale. Se pose notamment la question de la mixité des unités, objet de débats. Toutefois, nous ne nous restreignons pas au front européen et les auteurs nous invitent à suivre les troupes coloniales sur d'autres théâtres d'opération de cette guerre mondiale, par exemple lors de l'opération des Dardanelles, en Macédoine ou encore dans les colonies allemandes d'Afrique.

La partie suivante est consacrée à la vie quotidienne de ces hommes engagés brusquement dans la vie militaire loin de leur foyer : conditions de vie sur le front, appels à la désertion, ravitaillement adapté aux confessions religieuses des soldats, respect des traditions en matière d'inhumation, surveillance des rapports avec la population métropolitaine, lien avec les marraines de guerre... Se pose par exemple la question de l'avancement avec un plafond de verre évident : en 1917 l'armée française n'aurait compté que six officiers africains. La question de l'image transmise par la presse est aussi particulièrement abordée à travers le dessin ou la caricature qui vante les mérites du soldat indigène. Méconnu, le rôle de quelques femmes indigènes qui suivirent l'armée est également évoqué.

Enfin, la dernière partie est consacrée à tous ces hommes issus des colonies françaises qui furent mobilisés pendant la guerre sans pour autant être envoyés dans des unités combattantes. Nous parlons bien entendu des travailleurs affectés à différents emplois tant industriels qu'agricoles pour remplacer les métropolitains partis au front, mais aussi comme troupes du génie en arrière du front. Un remplacement des Colonies 3 ca bono pour travailler pruskotravailleurs français et une proximité avec les populations de l'arrière qui n'est pas sans créer de tensions : les Poilus les considèrent souvent comme des « embusqués », les syndicalistes s'inquiètent du risque de dévalorisation du travail... 

Notre avis

Au final, nous avons là un ouvrage d'environ 120 pages qui permet d'acquérir rapidement une connaissance de base relativement étayée sur l'emploi des troupes coloniales durant la Première Guerre mondiale. Cette réédition de l'ouvrage paru en 2008 est accessible au plus grand nombre et la lecture sans cesse agrémentée de très nombreuses illustrations : photographies d'époque, gravures, dessins, cartes postales, Une de journaux, affiches... Les illustrations très variées font de ce petit livre un beau livre et permettent une parfaite immersion dans cette France coloniale du début du siècle dernier plongée dans le plus grand conflit qu'elle n'ait jamais connue jusqu'alors. Une très bonne occasion en ces heures de centenaire de (re-)découvrir l'univers des tirailleurs sénégalais, indochinois ou algériens, Légionnaires, Annamites, Kanaks, goumiers, turcos et autres spahis...


Chantal ANTIER-RENAUD, Christian LE CORRE, Les soldats des colonies dans la Première Guerre mondiale, Editions Ouest-France, 2014 (rééd).

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