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L'Isère en histoire

Isere en histoireParu il y a peu aux Presses Universitaires de Grenoble, L’Isère en histoire propose de revisiter l’histoire de la région à travers la riche collection du musée de l’ancien évêché de Grenoble. Une immersion au cœur de l’histoire « iséroise » agrémentée par une belle édition dont les PUG ont le secret.

 

Isabelle Lazier et Marion Vivier invitent le lecteur à parcourir plusieurs siècles d’histoire, de la préhistoire au XXe siècle. Bénéficiant des recherches des historiens les plus reconnus pour leur période, L’Isère en histoire pourra sans difficultés contenter un lectorat curieux d’histoire grâce à son format ludique et dynamique.

La marche « vers l’histoire »

L'Isère - département né en 1790 après l'éclatement du Dauphiné - connait une occupation humaine ancienne. Le plus vieux fossile humain que l’on connaisse à ce jour est celui dit du "crâne d'Alexandre", découvert en 1983. L'homme d'1m60, âgé d'environ 50 ans lors de son décès, a vécu il y a près de 11 000 ans. Cependant,  dès - 55 000 ans av J. -C. (paléolithique moyen), des groupes de chasseurs-cueilleurs parcourent déjà les plateaux de moyenne altitude à la quête de gibier. La dernière glaciation, le Würm (entre 35 000 et 14 000 av J. -C.), eut pour effet de rendre les massifs alpins hostiles à l'homme. Ce n'est qu'à partir de 14 000 av J. –C. que le territoire est à nouveau occupé par le fameux Homo Sapiens. Un réchauffement climatique s'observe aux alentours de 12 000 av. Rennes et chevaux partent alors plus au nord tandis que cerfs, bouquetins et chevreuils viennent les remplacer. Les hommes doivent s'adapter à ce nouveau type de proie et confectionnent alors une nouvelle arme : l'arc. A partir de 5 000 av J. -C, s'ouvre la nouvelle ère du Néolithique. Les premières traces d’une activité pastorale puis agricole se laissent entrevoir. A Sassenage, les archéologues ont d’ailleurs mis au jour un lieu d'occupation relatif à cette période. C'est aussi le moment où l'homme se met à fabriquer de la céramique et à commercer.  On a pu retrouver en Isère des "pièces de vaisselles" venues d'Italie. A partir la première moitié du IIIe millénaire avant notre ère, non loin de Charavines sur les rives du lac Paladru, des communautés villageoises s'installent de manière périodique et pratiquent une activité agricole. Dès la fin IIIé millénaire, les premiers objets en bronze font leur apparition. Cette innovation technique participe à l'émergence d'un modèle de société nouveau qui se traduit par de nouvelles pratiques funéraires et l'apparition de "princes du bronze" à la tête de clan. Durant le Ier millénaire avant notre ère, des porteurs de grandes épées - les hallstattiens - venus des Préalpes autrichiennes investissent les terres du bas Dauphiné. Après eux, c’est au tour des Celtes d’occuper le territoire. Ces derniers vont forger de nombreux outils et de nouveaux types d’armes. Des cités émergent, notamment sur le territoire de la ville actuelle de Grenoble. Vers 218 av J. -C. les Allobroges s'opposent au passage d'Hannibal qui tente de franchir les Alpes. L’Empire romain n’est plus très loin.

mosaique aux perruchesDe Vienne à Grenoble

En effet, c’est vers 121 av J. -C. que les Romains étendent leur domination sur la Gaule transalpine. Vienne devient le chef-lieu d'une des cités de la Narbonnaise. L’agglomération atteint son apogée sous le règne de Claude (41-54) qui fait construire un théâtre en plus de l’imposant forum et du grand temple dédié à Auguste et Livie déjà en place. Vienne se fait un autre grâce à son vin, dit "allobrogue", alors reconnu jusqu'à Rome ! Mais à partir du IIIe siècle, l'Empire romain connaît des troubles internes. Cularo – la Grenoble d’aujourd'hui - face à l'insécurité ambiante, s'enferme dans une enceinte entre 286 et 293. On connait d’ailleurs peu de choses sur la cité antique de Cularo. Toutefois, en 43 av. J. -C. le général fondateur de Lyon, Munatius Plancus, adresse une lettre à Cicéron dans laquelle il mentionne déjà la cité. Cette première mention scripturaire est confortée par l'archéologie qui a permis d'attester d'une occupation du sol depuis le Ier siècle av. J. -C. au moins. Dès le IVe, il semblerait qu'une communauté chrétienne s’y soit installée, comme l'atteste l'archéologie qui révèle les traces d'un baptistère du IVe-Ve siècle. La cité reçoit le nom de Gratianopolis au IVe, sous l'empereur Gratien. A ce moment, l'évêque Domin tient la crosse de la cité. Durant le haut Moyen Âge, le baptistère reçoit plusieurs absides. Mais avec la réorganisation des pratiques liturgiques, il perd de sa force symbolique et est remplacé par un cimetière paroissial qui jouxte l'église. Quoi qu’il en soit, au fur et à mesure, Vienne perd peu à peu son territoire au profit de Cularo qui lui vole la vedette et devient alors le nouveau chef-lieu. Au Ve, de nouveaux troubles se produisent et Vienne est mise à sac par les Burgondes en 486, soit quelques temps après le sac de Rome par Alaric en 410.

L’affirmation du Dauphiné

A la fin du Ve siècle, la Gaule connait le phénomène dit des "invasions barbares". Les Burgondes s'installent dans la région avec Genève pour base. Ils subissent une défaite face aux Francs en 534. Jusqu'au IXe, le royaume Franc puis l'empire carolingien restent relativement unifiés. En 843, l'empire est partagé en trois grands ensembles et la Bourgogne-Provence tombe dans les mains de Lothaire. En 1032, c'est finalement l’ Empire romain germanique de Conrad II qui récupère la région. Durant le XIe, de nombreuses maisons seigneuriales se disputent le territoire. De grandes familles comme les Clérieu, les Alleman ou les Bressieux vont se distinguer. En parallèle, l'Eglise étend son influence avec des personnalités fortes comme Hugues de Châteauneuf (évêque de Grenoble de 1080 à 1132) ou à travers la création de nouveaux ordres comme celui des Chartreux. Au cours du XIe, une famille prend l'ascendant sur les autres : les Guigues. La motte castrale d'Albon est l'épicentre de leur pouvoir et, vers 1079, ces derniers prennent d'ailleurs le titre de comte d'Albon. C'est au cours du XIIe que le nom de "dauphin" finira par s'imposer pour les comtes et à la fin du XIIIe que le terme de "Dauphiné" sera pour la première fois employé à propos de la région. Le pouvoir des dauphins est limité par celui des évêques mais aussi par les multiples seigneurs locaux et surtout par le comte de Savoie. Ruiné par les guerres, Humbert II est finalement contraint de "vendre" l'Etat delphinal au roi de France. C'est le fameux "transport" du Dauphiné en 1349. A partir de ce moment-là, le fils aîné du roi porte le titre de dauphin et s'exerce au pouvoir dans cette principauté avant que le destin ne le place sur le trône de France. En 1453 le Conseil delphinal est transformé en Parlement par le futur roi Louis XI, alors dauphin. C'est la naissance du troisième Parlement après celui de Paris et celui de Toulouse. 

abdication Humbert II

Les temps modernes

Au cours du XVIe, le Parlement du Dauphiné tente à plusieurs reprises de se dresser contre l’autorité royale. Dans le but de limiter le pouvoir trop fort des Parlements, Richelieu va alors mettre en place le système des intendants royaux. Le XVIe siècle est mouvementé pour l’ensemble du Dauphiné. Zone tampon entre la France et l'Italie, la région est aux premières loges dans la guerre qui, de 1494 à 1559, oppose les deux États. En 1515, après s'être illustré au combat, Pierre du Terrail, seigneur de Bayard, est nommé lieutenant général de la Province. Après la fin des guerres d'Italie, le Dauphiné est de nouveau secoué par les guerres de Religion à partir de 1562. Converti au protestantisme, François de Beaumont, baron des Adrets, ravage Vienne et Grenoble. Finalement, Grenoble est prise en 1590 par François de Bonne (1543-1626), seigneur de Lesdiguières, rallié à Henri IV. Ce grand personnage dauphinois gouvernera la province d'une main de fer jusqu'à sa mort. A son propos, Henri IV s'exclama ironiquement "Voilà M. de Lesdiguières qui veut se faire dauphin". Celui-ci fut fait maréchal puis duc et pair de France en 1611. En 1622, il devient le second personnage du royaume en étant nommé connétable. Région peu urbanisée, le Dauphiné du XVIIIe est essentiellement dominé par une activité rurale qui, progressivement, s'ouvre à l'industrie textile et métallurgique. Quelques salons animent la vie intellectuelle grenobloise avec des participants illustres comme Choderlos de Laclos. A travers des personnalités fortes comme l'historien Valbonnais, le philosophe Etienne Bonnot de Condillac ou le scientifique et inventeur Vaucanson, Grenoble s'impose peu à peu comme un des centres du paysage intellectuel français. En mai 1788, les parlementaires grenoblois s'opposent  à des réformes royales visant à réduire leurs pouvoirs.  Les édits royaux sont toutefois passés en force, ce qui déclenche une forte crise politico-sociale. Le 7 juin 1788, le peuple de Grenoble s'oppose à l'armée lors de la "journée des tuiles" devant son nom aux projectiles utilisés par la population. Les notables Grenoblois reprennent ce mécontentement populaire à leur compte et défendent les droits de la Province. Au cours de l'été 1789, une soixantaine de châteaux du bas Dauphiné sont ravagés. C’est au lendemain de la Révolution que le Dauphiné est démembré entre les Hautes-Alpes, la Drôme et l'Isère.

Le XIXe siècle isérois : de Champollion à Stendhal

Durant le Premier Empire, Joseph Fourrier - ancien compagnon de Bonaparte lors de l'expédition d’Égypte - est placé à la tête de l'Isère. Ce dernier modernise l'Isère grâce à de grands travaux et favorise l'activité intellectuelle en encourageant les recherches de Champollion. Les Isérois restent de ce fait particulièrement attachés à Napoléon et l'acclament lors de son retour d'exil. Par la suite l'Isère demeurera assez hostile au retour de la monarchie. L'intérêt pour la vie politique s'intensifie. Des grandes figures du patrimoine culturel français comme Stendhal ou Berlioz donnent à la région un rayonnement international. Au cours du XIXe, l'industrie textile connaît une forte croissance avec des spécialités locales comme les fameux gants de luxe en peau de chevreau confectionnés à Grenoble. L'arrivée du chemin de fer en 1858 à Grenoble dope l'activité touristique de la région prisée pour ses stations thermales et les activités liées à la montagne. L’Isère entre alors dans l’époque contemporaine forte d’une histoire et d’un patrimoine riches.

Au final l’ouvrage des PUG propose une brève histoire de l’Isère de qualité, servie par une belle édition. Bénéficiant du concours du Musée de l’ancien évêché de Grenoble, les auteurs ont procédé d’une manière assez originale en s’appuyant sur des éléments matériels conservés soit au musée soit dans la région afin d’en retracer son histoire. De fait, de par le format réduit de l’ouvrage, des choix ont du être opérés sans toutefois que cela nuise à la compréhension globale du déroulement historique. On aurait pu cependant apprécier quelques développements supplémentaires à certaines occasions. Pour pallier au mieux à cette lacune, une courte bibliographie est donnée en annexe mentionnant les travaux des spécialistes faisant autorité pour l’histoire de la région. Au final, l’ouvrage reste généraliste mais fait naître chez le lecteur l’envie d’aller parcourir l’histoire de l’Isère plus en détail. Que demander de plus à ce type d’ouvrage ?

 Isabelle LAZIER et Marion VIVIERL'Isère en histoire, Grenoble, PUG, 2015

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