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La France des clochers

france clochersComme Jeanne d'Arc en route pour couronner Charles VII à Reims, tout le monde voit de loin les clochers des églises ou de façon plus humoristique, rappelez-vous la question d'un animateur de télévision à un petit garçon « qu'est qu'il y a dans ton village ? » et l'enfant de répondre « une église... ». Ainsi, chaque ville, chaque village, chaque campagne, chaque montagne a son église, sa chapelle et son clocher, c'est ce que nous raconte Pierre Montagnon dans son bel ouvrage « La France des Clochers ».

Les premières églises

Le terme « église » signifiant assemblée ou communauté, il faut un édifice que l'on voit de loin, avec un clocher qui pointe vers le ciel, et encore mieux une cloche qui appelle à se rassembler.

Pour prier, les Egyptiens avaient des temples et les Gaulois se réunissaient dans des clairières. Avec les édits de Constantin et de Théodose, des églises sont édifiées sur les lieux de martyres des saints, donnant leurs noms à l'édifice et dès le IV è siècle, grâce à Saint Martin (ancien soldat né en Hongrie vers 316), les monastères, prieurés et couvents voient le jour.

Les constructions sont tout en bois (malheureusement souvent ravagées par l'incendie) sur le modèle de la basilique romaine : rectangulaires, ailes latérales, abside semi-circulaire, sous forme globale d'une croix évoquant celle du Christ, orientées vers Jérusalem à l'est.

Avec Clovis vers 495, la France devient chrétienne, l'église s'impose comme grande force sociale. Dans les grandes cités, les cathédrales sont érigées grâce aux évêques et de nombreux clochers sont visibles. A la campagne, les villages se construisent autour d'une petite église ou une chapelle, des monastères sont édifiés où la place est plus grande, donnant naissance à des bourgs construits aux alentours comme Fontevraud-L'abbaye dans le Maine et Loir ; tous ces édifices appartiennent à ceux qui les construisent, initiés souvent par l'évêque, aidé par les maitres de l'œuvre ou maîtres des maçons, les tailleurs de pierre, les charpentiers, les verriers, ces travaux nécessitant des dons provenant du roi, du clergé et surtout les bras fournis par le peuple.

Pépin le Bref instaure une structure administrative de l'Eglise : les papes à Rome, les évêques dans leur diocèse, les curés dans leur paroisse, ces derniers étant les personnages centraux de l'autorité locale après le seigneur des lieux.

Le style roman

Abbaye CORBIE FRANCE 1677Les constructions prolifèrent entre 768 et 855 avec 27 cathédrales comme celle de Verdun et 417 monastères ; mais ces édifices sont lourds et manquent d'élégance. Jusqu'à l'an mil, avec les invasions, ils sont presque tous pillés, ravagés et détruits. Une fois cette période passée, on reconstruit au même endroit, une église plus adaptée au besoin de l'époque, plus riche, plus belle, en pierre de la région (granit breton ou auvergnat qui est sombre, grès des Vosges dans les tons rouges, brique du pays d'Oc plus rose et calcaire des pays de la Loire donc blanc), on agrandit, on ajoute un transept perpendiculaire à la nef, on érige des tours, des clochers, la forme de la croix latine devient la règle avec des murs épais, solides, marquant la force mais où manque la légèreté et la lumière ; ce sera le style roman et Cluny est le premier dans ce style avec 7 clochers, une tour centrale surmontée d'une flèche. Dans chaque région, il en sera de même comme Notre Dame de l'Assomption du Puy en Velay, Saint Pierre d'Angoulême, Santa Maria Assunta au sud de Bastia, Sainte Marie Madeleine de Vézelay où fut prêché le départ pour les Croisades par Bernard de Clervaux ; quelques 50 abbayes ont vu ainsi le jour au XI è siècle.

Dans les campagnes reculées, l'art roman est aussi visible comme Sainte Anne de Nohant dans le Berry, édifiée au XI è siècle, où eurent lieu les obsèques en 1876, de l'arrière-petite-fille du maréchal de Saxe : Georges Sand.

Le style gothique

Le roman étant installé plutôt au sud de la Loire, le gothique démarre doucement dans le nord de la France, comme pour Sainte Marie Madeleine de Vézelay qui n'a qu'une tour. Lors des reconstructions, on trouve un mélange : la base de l'édifice en style roman et le haut en gothique (Saint Pierre de Moissac ou Saint Pierre de Solesmes dans la Sarthe), avec des nouveautés : la croisée d'ogives, les murs percés pour y installer des vitraux afin de laisser entrer la lumière. Cet art gothique appelé aussi art français est adopté vers 1150, comme à la Sainte Chapelle construite par Saint Louis dès 1241 et d'autres chefs d'œuvre du gothique à Paris, Chartres, Reims ou Amiens. Notre Dame de Paris est le témoin majeur de ce style avec 2 tours de façade, un transept, des rosaces, une voûte avec une flèche de 96 m de haut, dédiée à la Mère du Christ.

Saint Nicolas du PortDans les villes plus petites, le gothique s'installe aussi comme en pays cathare avec Sainte Cécile d'Albi, Saint Etienne à Toul ou encore Notre Dame à Verdun.

Le gothique devient rayonnant avec les rosaces et vitraux laissant entrer un maximum de lumière (basilique Saint Nazaire de Carcassonne ou Saint Bénigne de Dijon). Quelques années plus tard, vers 1350, il devient flamboyant : les lignes droites sont abandonnées, les courbes et volutes apparaissent accompagnées de rosaces, les sculptures représentent des motifs végétaux ainsi que des visages monstrueux sculptés au bout des gargouilles que l'on peut voir à la basilique Saint Nicolas du Port près de Nancy ou à la Sainte Chapelle au château de Vincennes.

Le style baroque puis classique

Vers les XVI è et XVII è siècles, l'architecture se transforme. Les édifices sont pourvus de dômes, de colonnades et d'un fronton triangulaire, que l'on retrouve de manière typique à Paris aux Invalides, au Val de Grâce et à Saint Sulpice. Dans le Sud, la cathédrale Notre Dame de Nîmes, Saint Erasme de Cervione en Haute Corse sont dans le même style.

Les congrégations et institutions fondées au XVII è siècle apportent des nouveautés plus classiques avec une certaine rigueur, une majesté, moins de sculptures extérieures mais avec plus de style baroque à l'intérieur : la cathédrale Saint Louis de Versailles, Notre Dame de l'Assomption de Montauban ou encore pour la cathédrale Saint Christophe de Belfort.

Le style néo-classique

Le Siècle des Lumières va apporter de nouveaux édifices à l'architecture différente. Le Panthéon servira d'abord de grande église, avec de grandes colonnes et un large fronton triangulaire, puis sera lieu de mémoire « Aux Grands Hommes » qui viendront y reposer. La Madeleine, dans le même style, va remplacer l'église de quartier devenue trop vétuste. Il en sera de même dans toutes les régions de France, jusqu'à la Révolution où presque tous ces édifices sont vandalisés, saccagés, mis en vente ou détruits, l'Eglise étant trop associée à l'Ancien Régime. L'abbaye de Cluny, vendue, est transformée en carrière de pierre, d'autres édifices deviennent des centres de détention pénitentiaire, d'autres encore servent d'écuries ou de dépôt de munition, les cloches étant bien entendu fondues.
Il faut attendre le Concordat de Napoléon en 1801 pour que les réparations et reconstructions se mettent en route, sur les bases des anciens édifices, par centaines, dans les villes aussi bien qu'à la campagne, dans un style néo-classique, néo-gothique ou néo-byzantin pendant tout le XIX è siècle.

Le style moderne

Chapelle rosaire VenceAprès les Deux guerres mondiales, les restaurations d'églises se poursuivent s'il reste au moins quelques murs ; la population allant vers les villes, les constructions renaissent avec un nouveau matériau : le béton armé. Ces nouveaux édifices sont différents, plus modernes, permettant des fantaisies et des conceptions futuristes comme la chapelle du Rosaire à Vence dans les Alpes Maritimes ou la chapelle Notre Dame du Haut à Ronchamp en Haute Saône.

Les cloches et les clochers

Les cloches apparaissent en Occident au VII è siècle, fabriquées au départ par des moines, puis par les fondeurs itinérants avec 78 % de cuivre et le reste en étain. Elles rythment la vie, servant de moyen de communication, appelant à la prière du soir avec l'Angélus ou informant des évènements comme les mariages, les décès ou encore annonçant une catastrophe avec le tocsin. Mais normalement, elles indiquent les heures et le temps qui passe. Pourtant, elles doivent parfois se taire comme les Jeudis Saints, Vendredis Saints et Samedis Saints, remplacées alors par les crécelles.

Elles portent toutes un nom. La plus ancienne cloche encore en activité datée de 1239 se trouve à Saint Pierre et Saint Paul de Sidiailles dans le Cher. La plus lourde est la Savoyarde installée au Sacré Cœur à Montmartre pesant 19 000 kg, alors qu'une des légères (3 900 kg) se nomme Saint Jean à Notre Dame de Strasbourg.

Pour annoncer les heures, il vaut mieux être exact, ce qui ne fut pas le cas pendant longtemps. Le problème se résoudra une première fois avec l'apparition du mécanisme à roues dentées au XIV è siècle, puis avec le pendule de Huygens au XVII è siècle, ce qui va limiter l'écart avec une marge d'erreur de 2 minutes. De nos jours, dans les grands édifices, les cloches sonnent grâce au système devenu automatique et électrique ; mais les carillonneurs doivent toujours tirer la corde dans les petits villages pour les faire sonner.

La Savoyarde Montmartre Sacré coeurOn compte en moyenne 150 000 cloches en France pour au moins 45 000 clochers, montés sur environ 100 000 édifices catholiques.

Au départ, le clocher est accolé à l'édifice. Mais lorsqu'on y installera les cloches, il va changer d'allure, il sera installé en hauteur, il aura une forme différente et marquera la richesse de l'endroit.

En général, il est installé sur la façade. Chaque région a son clocher : le clocher comtois avec un dôme, le clocher mur dans le sud-ouest et le pays basque où des baies sont percées, le clocher à bulbe en Alsace et en Savoie, le clocher à pavillon dans la région parisienne, le clocher tors ou flammé dont la flèche torsadée tourne de gauche à droite sur 1/8 de tour en région angevine, le clocher tour pour beaucoup de cathédrales dont Notre Dame de Paris ou le clocher flèche pour les autres comme à Strasbourg. Au sommet, on y installe soit une croix, soit une statue comme l'archange au Mont Saint Michel ou parfois un coq (cet animal n'étant pas réservé à un jeu de ballon, puisqu'il figurait déjà vers 1075 sur la tapisserie de Bayeux). Souvent dans le Midi et en Provence, en remplacement de la tour ou de la flèche, un campanile est installé sur le clocher.

Les chapelles

Non loin des calvaires, on trouve des chapelles servant au recueillement et au refuge lors des transhumances. Situées très haut dans les montagnes, il y en a environ 20 à des sommets supérieurs à 2000m, construites dans le roc comme la chapelle Saint Michel de Couesson en Provence ou en pleine forêt comme celle de Saint Simon dans le Queyras. Les chapelles des Pyrénées sont bien mieux conservées car la foule y est moindre, comme celle de Sainte Marie de Belloc à 1688m, datant du XIII è siècle avec son clocher-mur à trois baies.

santa maria assunta corseEn Corse, les innombrables chapelles de montagne résistent au temps, de style roman, datant en général des IX è et X è siècles.

Nombre de chapelles se retrouvent aussi en bord de mer, surnommées chapelles des marins. Elles servent à prévenir les bateaux approchant près des rochers, belles et symboliques comme Sainte Madeleine de Bidart située dans les Pyrénées face à la mer, ou encore la chapelle Saint Vincent de Collioure construite sur un îlot de schiste jouxtant avec une croix de bois supportant un christ. Au sud-ouest d'Ajaccio, Notre Dame du Mont Carmel surnommée la chapelle des Grecs date d'avant le Moyen-âge. Un ermite faisait sonner la cloche lorsqu'il apercevait une voile étrangère. Au XVIII è siècle, on l'attribue à des Grecs exilés et le site s'agrandit. Cette première chapelle devient un édifice roman, en pierre de couleur ocre et on y prie encore de nos jours pour les gens de la mer.

Il existe un cas un peu particulier : la « Bonne Mère », symbole de Marseille qui fut édifiée pour la première fois en 1214, sur un piton de 150m de haut. Cette chapelle reconstruite au XV è siècle, prendra alors son vrai nom Notre Dame de la Garde, de style roman-byzantin, visible de loin en pleine mer. Ce haut lieu spirituel a accueilli François Ier, Louis XIII, Philippe Egalité, Chateaubriand et ses cloches ont annoncées la libération en août 1944.

Un autre cas mérite d'en parler. Autour de Verdun, sur environ 60 km2, à l'emplacement des anciennes chapelles détruites pendant la guerre, de nouveaux édifices ont été reconstruits entre 1927 et 1930, ayant pour but le recueillement et le souvenir, qui sont maintenant de simples chapelles ou des nécropoles avec une basilique, une tour, une lanterne et un cimetière comme pour Notre Dame de Lorette.

Les croix et calvaires

En pleine campagne, l'église est remplacée par une croix symbolique ou un calvaire plus représentatif, rappelant le christianisme de la région. Les croix sont fleuries lors des processions et des pèlerinages, certaines étant plantées en pleine montagne, servant de point de repère. Les calvaires sont construits en pierre dure locale où l'on peut graver des sculptures durables. Malgré leur situation sur le paysage français, on dénombre environ 200 000 croix et calvaires.

Ailleurs dans les territoires français

Dans les territoires colonisés, il existe de beaux édifices construits vers 1850 comme l'Immaculée Conception de Tananarive, la basilique de Notre Dame de la Paix en Côte d'Ivoire ou encore Notre Dame de Saigon nouveau nom de la cathédrale de Hô-Chi-Minh-Ville. Mais Fort de France possède son église depuis 1650, faisant partie de la centaine de clochers visibles aux Antilles françaises ; alors qu'à la Réunion, les édifices ont été construits au XVIII è siècle sur le modèle de la croix latine, avec un clocher carré, dans un style néo-classique. En Polynésie et en Nouvelle Calédonie, les églises peuvent être très simples ou de style gothique et recherché comme la cathédrale Notre Dame de l'Assomption à Wallis et Futuna, construite dans une pierre locale souvent volcanique.

En terre musulmane, les édifices sont rarement détruits, conservés et transformés en musée comme la basilique Saint Louis de Carthage ou en centre culturel pour l'église du Sacré-Cœur de Casablanca ; en Algérie, il en est autrement, les édifices sont rasés et leurs prêtres assassinés. Les rares églises restant debout, sont transformées en mosquée.

Autres édifices religieux

croix de montagneCertains édifices servent de forteresse comme Saint Astier en Dordogne possédant un chemin de ronde ou Saint Eloi des Fonderies dans les Ardennes avec les clochers faisant office de tour de défense.

Les protestants ont peu de temples pour cause de divers conflits comme les guerres de religion. Ce n'est qu'après l'Empire que les constructions démarrent avec environ 3000 édifices réalisés au XIX è siècle ; les synagogues furent interdites jusqu'aux environs de 1785 et les premières voient le jour dans le Comtat Venaissin dans un style néo-byzantin ; quant à l'orthodoxie, elle apparait en France après la Révolution russe quand les popes et leurs fidèles émigrent. Il réside pourtant un point commun entre tous ces édifices, temples et églises orthodoxes : une croix est toujours là.

Les pèlerinages

Comme lors des croisades du Moyen-âge, les hommes sont attirés par les pèlerinages comme celui du chemin de Saint Jacques de Compostelle. Partant de 4 points principaux, Paris, Vézelay, le Puy en Velay et Arles, les pèlerins sont guidés par les clochers, le chemin étant désertique, parfois dangereux et long. Ils se reposent dans les lieux de prières, monastères et couvents, jalonnant le parcours, ils peuvent aussi admirer ces bâtiments pour la plupart de style roman. Au point de convergence, ils se retrouvent tous à Ostabat, matérialisé par une très impressionnante stèle. Ce chemin de Compostelle a contribué au développement d'églises, de chapelles, d'hospices, de commanderies et de clochers pour le repos et le repas de ces hommes. Les Commanderies des Templiers sont importantes, ressemblant à des casernes, possédant toutes une église ou une chapelle. D'autres lieux de pèlerinages se méritent comme le Mont Saint Michel, Rocamadour ou le Mont Saint Odile où pour certains il faut gravir un nombre impressionnant de marches...à genoux.

Notre avis

Pierre Montagnon est l'auteur d'un magnifique ouvrage en papier glacé muni de coins de page arrondis. On y découvre des annexes très sympathiques comme l'histoire de quelques saints ayant donné leur nom à un édifice religieux, quelques renseignements sur d'importantes cathédrales, une liste des 100 plus beaux clochers à visiter qu'ils soient d'époque romane, gothique, baroque avec leurs histoires.

L'auteur nous propose également de superbes photos d'édifices comme les basiliques, les monastères, les simples petites églises et encore les croix et calvaires de campagne et de montagne.

Le point très positif est que ce livre n'est pas axé sur l'histoire des religions diverses, mais sur les édifices en matière d'architecture prouvant la beauté de ces monuments appartenant au patrimoine français et mondial. Lors de nos prochaines promenades ou si nous regardons certains reportages à la télévision, ayons tous une grande pensée et un profond respect pour ceux qui ont réalisé ces constructions et ceux qui les restaurent.

La France des clochers, de Pierre Montagnon. Editions Télémaque, octobre 2016.

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