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Rencontre avec J-P. Babelon : Henri IV et les femmes

hIVbabelonL’association Thucydide organisait le 13 mars 2012 un Café Histoire consacré à Henri IV. L’historien moderniste Jean-Pierre Babelon, membre de l’Institut et Académicien, était invité pour expliquer le rôle des femmes dans la conquête du pouvoir par Henri de Navarre. Des femmes qui, de sa mère Jeanne d’Albret à ses épouses Marguerite de Valois et Marie de Médicis, en passant par ses maîtresses telle Gabrielle d’Estrées, ont tenu une place centrale dans la vie d’Henri IV, souverain mais également poète amoureux de talent.

 

Une « tradition enamourée » pour Henri IV

Jean-Pierre Babelon ouvre sa conférence en rappelant l’importance d’Henri IV par le fait qu’à Paris il est le seul à avoir trois espaces publics à son nom : le boulevard Henri IV, le quai Henri IV, et le square du Vert-Galant, au pied de la statue du roi, sur le Pont-Neuf. La marque « d’une tradition enamourée » pour le personnage, selon l’historien, et ce malgré ses défauts ou certains actes qu’on peut lui reprocher. Son image de roi amoureux a été popularisée dès son époque, par des romans, des satires, puis au XVIIe siècle jusqu’au XIXe siècle, notamment par la peinture et le théâtre, faisant de lui « un modèle du Français amoureux ».

Henri IV lui-même avait également, outre les femmes, un goût pour l’écriture et un réel talent, « une verve d’une vivacité extraordinaire, un grand écrivain, salué dès le XIXe siècle ».

Une « trilogie de femmes d’exception »

Le futur roi de France est né dans un environnement féminin, marqué par le calvinisme. En premier lieu, sa mère Jeanne d’Albret, « une femme exceptionnelle » comme d’autres au XVIe siècle, « qui ont guidé les pas quelque fois fléchissant des hommes », telles Marguerite d’Angoulême (sœur de François Ier, et mère de Jeanne d’Albret) et Louise de Savoie. Les trois femmes forment « la trilogie d’exception » qui mène à Henri IV.

Catherine de Bourbon, une sœur de caractère

Il ne faut pas non plus négliger l’importance de Catherine de Bourbon, la sœur d’Henri. « Une femme d’un courage extraordinaire », selon Jean-Pierre Babelon, toujours restée fidèle à sa foi calviniste, au contraire de son frère, qui a changé onze fois de religion. Elle est vice-reine de la Navarre en son nom, ce qui lui donne un pouvoir considérable sur le Sud-ouest. Une femme « d’une remarquable intelligence et d’une grande fermeté envers son frère ». Celui-ci décide de la présenter au comte de Soissons, puis il change d’avis (un Condé dans la famille ne serait pas une bonne idée), et lui impose un mariage avec le duc de Bâle. Catherine de Bourbon reste pourtant protestante au sein de cette cour catholique, jusqu’à sa mort en 1604, et elle a joué un rôle dans la décision de l’Edit de Nantes.

Le mariage d’Henri avec Marguerite de Valois, « la reine Margot »

Dès 1557, du vivant d’Henri II, le jeune Henri de Navarre est présenté à la cour de France, et est décidé un futur mariage avec Marguerite de Valois, fille du roi et de Catherine de Médicis. Celle-ci est persuadée que par cette union, elle va entraîner Jeanne d’Albret vers le catholicisme, alors que la mère d’Henri compte bien faire le contraire avec la Médicis, et la convaincre de devenir protestante…Mais Jeanne d’Albret, malade, meurt peu avant les « Noces Sanglantes » de 1572.Marguerite-de-Valois-et-Henri-IV

Les deux futurs promis, Henri et Marguerite, sont promenés sur les routes de France dès les années 1560, sur l’idée de Catherine de Médicis. Mais, une fois mariée, Marguerite est loin d’être heureuse de ce mariage arrangé et politique, et vit la plupart du temps loin de son mari, au grand dam de sa mère qui tente de les réunir en écrivant à Henri de Navarre. Celui-ci promet à Catherine de Médicis de tenter de sauver son mariage…C’est un échec, car Henri a déjà d’autres aventures, parmi lesquelles Diane d’Angoulême, une fille naturelle d’Henri II, épouse d’Horace Farnèse, puis de François II de Montmorency. Pour Jean-Pierre Babelon, « Diane a joué un grand rôle dans la formation politique et les appuis d’Henri ».

Diane d’Andoins, « la belle Corisande »

La comtesse de Guiche, Diane de Gramont (ou d’Andoins), ou « La Belle Corisande », est selon l’historien, « la vraie marraine » d’Henri IV. Une femme cultivée, qui accueille Henri en 1582, à son retour à Pau. Appelant souvent le roi « petiot », elle a sur lui une « autorité politique extraordinaire », et ils échangent une abondante et enflammée correspondance, parfois dangereuse quand les lettres sont interceptées par les ennemis d’Henri, qui raconte tout à Diane. Il finit cependant par s’en détacher, quand « surgit un ange »

Gabrielle d’Estrées, « le grand amour »

Née en 1573, Gabrielle est une très belle femme, et Henri IV la rencontre lors de sa campagne de Picardie, au château de Coeuvres. Si c’est le coup de foudre pour le roi, en revanche Gabrielle est attirée par le duc de Bellegarde. Henri décide donc d’écarter son rival, et de marier la jeune femme à Nicolas d’Amerval, « un mari complaisant, baron de Benet ». Gabrielle cède alors au roi, se rendant compte qu’elle peut jouer un rôle important à ses côtés, ce qu’elle fait, le soutenant et l’aidant à pacifier le royaume. Ils ont plusieurs enfants ensemble, et Henri songe même à l’épouser. Il a réussi à faire annuler son mariage avec Marguerite de Valois, et celui de Gabrielle avec le baron de Benet ne devrait pas tenir longtemps. Estres
Toutefois, l’entourage d’Henri IV, dont Sully, préfèrerait une union avec les Médicis, avec lesquels une négociation a déjà commencé. Le royaume de France pourrait voir sa dette vis-à-vis des Florentins effacée grâce à la dot. Le problème est réglé quand Gabrielle meurt, enceinte d’un nouvel enfant du roi, alors qu’elle rejoint ce dernier à Paris.

Marie de Médicis, « la grosse banquière »

Les tableaux, de Rubens par exemple, mettent en scène un mariage idyllique, loin de la réalité des faits. Henri IV attend sa future reine à Lyon, il ne va pas la chercher à Marseille, préférant la compagnie d’Henriette d’Entragues, qui ne cessera de comploter contre lui par la suite. Le roi n’est même pas présent au sacre de Marie de Médicis. Celle-ci joue son rôle, et fait construire pour elle le palais du Luxembourg.

Le plus important cependant, « aboutissement et triomphe d’Henri IV » selon Jean-Pierre Babelon, son mariage est reconnu par le pape, et Marie de Médicis lui donne un fils, en 1601, le futur Louis XIII. C’est le soulagement, car cela faisait bien des années que le royaume n’avait pas eu de dauphin.

Cela n’empêche pas Henri IV d’avoir deux dernières maîtresses : Henriette d’Entragues donc, et, « dernière passade », Charlotte de Montmorency, rencontrée dans un ballet à Chantilly. La passion du vieux roi pour la jeune fille aurait été le prétexte d’une guerre contre l’empereur, avant que Ravaillac n’en décide autrement…

 

Pour aller plus loin

-          J-P. Babelon, Henri IV, Fayard, 1982.

-          Henri IV, Lettres d’amour et écrits politiques, présentés par J-P. Babelon, Fayard, 1988.

 

Les prochains Cafés Histoire de l'association Thucydide sont consacrés à Napoléon III (le 3 avril 2012), et à François Mitterrand, (le 10 avril 2012).

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