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Le Moyen Âge pour tous (C. Duthoit)

matousS’il existe de nombreux ouvrages de vulgarisation ayant pour cadre le Moyen Âge, au-delà des grands classiques tels Le Goff ou Gauvard, aucun à notre connaissance ne prétend s’intéresser au Moyen Âge dans son ensemble, en essayant d’aborder autant les thèmes politiques, économiques, sociaux, religieux et culturels. C’est justement l’ambition de l’ouvrage de Christine Duthoit, Le Moyen Âge pour tous. Pari réussi ?


 

Réhabiliter le Moyen Âge ?

Un médiéviste sera toujours gré à quelqu’un qui souhaite « réhabiliter » le Moyen Âge, et combattre encore les clichés tenaces sur l’obscurantisme et la violence qui auraient marqué cette période. C’est ce que fait implicitement Christine Duthoit dans son avant-propos, en rappelant les origines de cette mauvaise réputation (Renaissance et Lumières), puis en insistant à la fois sur la complexité, la diversité et la richesse du Moyen Âge, mais aussi sur les récupérations et le risque inverse d’une idéalisation de l’époque, par exemple à des fins nationalistes.

Elle remarque de même que le Moyen Âge, malgré un certain succès, est peu connu du grand public car finalement peu enseigné. Son ambition est donc « d’expliquer simplement » ces dix siècles d’histoire, autant au grand public qu’à un « jeune en études ».

Une introduction simple, mais riche

L’auteur commence par délimiter chronologiquement son sujet, en restant dans les bornes « académiques » (ce n’est évidemment pas Un long Moyen Âge de Le Goff), mais en explicitant bien les dates choisies. Elle s’arrête toutefois à 1453, pas à 1492. Pourquoi pas ? Nous y reviendrons tout de même…

Son idée de couper le Moyen Âge en trois parties (Haut, central et Bas ou tardif), elles-mêmes en général admises, permet aussi plus de clarté. Puis, elle le délimite géographiquement, expliquant avoir choisi de ne traiter que l’Occident médiéval.

Cependant, c’est le reste de cette introduction qui est le plus intéressant. En effet, et ce n’est pas forcément courant dans les ouvrages de vulgarisation, Christine Duthoit nous parle des sources, puis la façon de les étudier, par ce qu’elle appelle à bon escient « les sciences auxiliaires de l’histoire médiévale ». La suite de l’ouvrage est divisée en trois parties, celles définies plus haut. A l’intérieur de chaque partie chronologique, on trouve différents thèmes.

Le Haut Moyen Âge

Cette période est située, selon l’auteur, entre 410 et 950 environ. Après être revenue sur la complexité des « invasions » barbares et avoir ainsi abattu un premier cliché, puis résumé l’installation des royaumes barbares, Christine Duthoit s’attarde sur l’Eglise comme « principal facteur d’unité ». Vient ensuite l’histoire de la dynastie carolingienne, en deux chapitres, du rêve impérial éphémère à la « rupture », dans le contexte de nouvelles attaques (Normands, Sarrasins). On relèvera, entre autres, les notes sur Charles Martel ou sur les peurs de l’an mil, qui insistent sur les remises en causes des idées établies sur ces sujets par les historiens actuels.

Le Moyen Âge classique

Vu souvent comme l’Âge d’or médiéval (surtout sa deuxième moitié), il se situerait entre 950 et 1250. Les thèmes sont ici plus…classiques : la féodalité, la chevalerie, l’économie, l’essor des villes, les évolutions de l’Eglise (dont la lutte pape/empereur), et l’expansion de l’Occident, c’est-à-dire la Reconquista et les croisades. Ces dernières sont traitées de façon traditionnelle, avec une énumération des croisades officielles. L’auteur choisit tout de même d’évoquer également les Teutoniques. La transition est ensuite faite avec la période suivante par le chapitre sur le « renouveau de l’Etat ».

Le Moyen Âge tardif

C’est la période qui voit la fin des Capétiens et la Guerre de Cent Ans, des temps de crise qui sont pour beaucoup dans la mauvaise réputation du Moyen Âge. Christine Duthoit commence d’ailleurs cette dernière partie par les « crises et mutations du XIVe siècle ». Puis c’est évidemment la Guerre de Cent Ans.

Elle a toutefois le mérite, sans doute dans l’optique de « réhabiliter » le Moyen Âge, de laisser une place importante au renouveau qui marque la deuxième moitié du XVe siècle. Un renouveau économique, social, mais aussi politique et culturel, ce dernier point étant abordé dans une transition habile vers la Renaissance, laissant entendre que celle-ci a une sorte de dette envers le Moyen Âge, par le biais par exemple de personnages comme Pétrarque ou Dante, et plus encore d’artistes comme Giotto.

On regrette ici, justement, que Christine Duthoit n’ait pas un peu prolongé son Moyen Âge en y englobant plus les Grandes découvertes (y compris dans l’océan Indien avec les Portugais), tout juste évoquées dans l’avant-propos. En effet, si elle aborde rapidement la fin de la Reconquista et très vaguement Christophe Colomb, elle ne place pas ces grands voyageurs et leurs explorations décisives dans la période médiévale, alors qu’ils en sont vraiment caractéristiques, tant dans leur mentalité que dans leurs méthodes et leur vision du monde. Quelques lignes de plus auraient pourtant suffi.

Une présentation agréable et de bonnes « petites idées »

Un ouvrage de vulgarisation, qui plus est avec autant d’ambition, se doit d’être clair et agréable à lire. C’est le cas ici, avec des paragraphes courts, des titres parlants, les idées essentielles en caractères gras,…Tout y est pour que l’on accroche et que l’on retienne facilement, y compris de petites illustrations.

La bonne idée reste cependant ce que l’on va appeler des notes. Ce sont de petits paragraphes, biographiques, géographiques ou thématiques, clairs aussi, parfois originaux et rappelant quelques débats historiographiques. Citons pêle-mêle : « Arthur, un roi mythique aux marges de l’histoire ? », « Les serments de Strasbourg », « Cluny et son empire monastique », « Le Cid, un personnage historique », « Les Ciompi florentins -1378 », « Jacques Cœur, le grand argentier », etc.

Enfin, saluons les cartes, peu nombreuses mais bien faites, et surtout une bibliographie des classiques sur le Moyen Âge, idéale pour continuer et plus amplement se plonger dans cette si riche période.

Pour quel public ?

Répondre à cette question est toujours difficile avec ce genre d’ouvrage. Il n’y a pas grand-chose à reprocher à Christine Duthoit, et on peut même saluer ce tour de force, car l’essentiel y est (pour l’Occident), en à peine plus de deux cents pages ! Le problème, logique, est que tout est très rapide et résumé, même si c’est de façon habile et claire. Il sera donc difficile de le conseiller à un débutant étudiant médiéviste, qui risque de trouver l’ouvrage vite limité, même s’il peut venir y pêcher quelques rapides repères.

En revanche, Le Moyen Âge pour tous est parfaitement adapté à un plus large public ou à des élèves du secondaire, qui souhaiteraient faire connaissance avec cette période, tout en perdant les idées reçues que l’on a souvent à son sujet. Avant de profiter de la bibliographie pour aller plus loin. Par son titre, et son expression « un premier défrichement », c’était sans doute la première ambition de Christine Duthoit. Et c’est donc réussi.

 

- C. Duthoit, Le Moyen Âge pour tous, Ellipses, 2010.

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