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Des Rhôs à la Russie - Histoire de l'Europe orientale (v. 730-1689)

L’histoire du monde russe précédant Pierre Le Grand est largement méconnue en France. Pourtant, le monde slave oriental, de par sa position géographique, est un carrefour dans l’histoire mondiale. D’où viennent les Russes ? En quoi l’orthodoxie a-t-elle contribué à la création de la Russie ? Quelle est la place de l’orthodoxie dans le monde russe ? Quelle est la place du joug tatar dans l’histoire russe ? Comment la grande-principauté de Moscovie s’est imposée face à ses concurrents ? Ces questions ne sont qu’un aperçu de toutes celles auxquelles répond le livre Des Rhôs à la Russie - Histoire de l'Europe orientale (v. 730-1689) de Pierre Gonneau et Alexandre Lavror (PUF, coll. Nouvelle Clio).recommande

Les objectifs de l’ouvrage

Les auteurs ont eu l’ambition de retracer l’histoire des descendants des Rus’ des origines au règne personnel de Pierre Le Grand : ce n’est pas seulement l’histoire de la Russie que les auteurs souhaitent développer mais de tous les espaces issus de la Rus’ de Kiev. Par exemple, les auteurs relatent en détail l’histoire de la principauté de Galicie-Volhynie qui est partagée au XIVe siècle entre la Pologne et la Lituanie et qui a une histoire différente des autres territoires héritiers de la Rus’ de Kiev. Le livre ne se limite pas au territoire russe et c'est tant mieux.

L’ouvrage est divisé en trois parties : la première est la traditionnelle bibliographie caractéristique de la collection Nouvelle Clio, puis viennent deux autres parties qui sont elles-mêmes découpées en six chapitres chacune. On peut noter la présence à la fin de l’ouvrage des nombreuses annexes (cartes, documents iconographiques, arbres généalogiques et chronologie générale) qui enrichissent et éclairent le propos des auteurs.

De la Rus’ de Kiev à la Russie des premiers tsars

La seconde partie de l’ouvrage intitulée « Les Faits » propose de retracer l’histoire des pays et des régions issus de la Rus’ de Kiev des premières traces d’occupation jusqu’au règne personnel de Pierre Le Grand. Les auteurs montrent que cette histoire est difficile à appréhender pour les historiens: les sources sont rares et leurs interprétations sont sujettes à débat. L’exposition de ces débats est l’un des nombreux atouts de cet ouvrage et permet au lecteur de comprendre les difficultés auxquelles sont confrontés les historiens.

Le premier chapitre s’intéresse aux origines du peuplement des Rus’ et aux premières fondations. Pour cette période reculée, les auteurs font appel aux textes mais aussi aux données de l’archéologie qui sont d’un grand secours pour montrer que la Rus’ de Kiev a bien une origine scandinave. Le second chapitre aborde l'histoire de la Rus' de Kiev, son essor et ses scissions ultérieures en diverses principautés. On peut souligner l’effort de périodisation des auteurs qui permet au lecteur de toujours saisir les grandes lignes de cette histoire mouvementée. Les auteurs réhabilitent également la fin de cette période qui est généralement vue comme celle d’un déclin et montrent au contraire l’essor, la prospérité et la diversité issue de ces principautés. Au milieu du XIIIe siècle, les invasions mongoles bouleversent profondément cet espace et mettent fin à la Rus’ de Kiev.

Le troisième chapitre est consacré à la ville de Novgorod et à son histoire singulière dans le monde russe. Bien qu’intégré à l’origine dans la Rus’ de Kiev, Novgorod se distingue rapidement des autres principautés pour donner naissance à un mode de gouvernement original. En effet, la cité de Novgorod avait un régime politique « républicain » où les marchands et les autorités ecclésiastiques avaient un poids prépondérant bien qu’un prince soit toujours, en théorie, à la tête de la ville. Ce système politique est analysé en détail par les auteurs. L’histoire de Pskov, liée à celle de Novgorod, est également développée dans ce chapitre.

Les trois autres chapitres sont consacrés à l’émergence et à la montée en puissance de la Grande-Principauté de Moscovie. Le quatrième chapitre se concentre sur la lutte de la Grande-Principauté de Moscovie pour la suprématie sur territoire russe contre ses principaux concurrents Tver, Novgorod et le grand-duché de Lituanie mais aussi contre la Horde. Le cinquième chapitre est consacré à la construction de l’état russe et notamment au rôle d’Ivan IV le Terrible dans ce processus ainsi que la continuation de l’expansion territoriale de la Russie jusqu’au temps des troubles (1598-1613). Enfin, le dernier chapitre de cette première partie s’intéresse à l’histoire de la Russie jusqu’au règne personnel de Pierre Ier. Les institutions politiques et la politique étrangère sont évidemment abordées mais l’intérêt de ce chapitre est de mesurer en quoi Pierre Le Grand est ou non un réformateur innovant. Les auteurs montrent que des prémices de réformes ont eu lieu durant le dernier quart du XVIIe siècle, mais réaffirment aussi l’importance de Pierre Ier dans la mise en œuvre de ces réformes qui ont pu paraître radicales aux yeux des contemporains.

Comprendre le monde russe d'avant les réformes de Pierre Le Grand

Cette partie, intitulée « les Problèmes » propose des éclairages sur certains aspects du monde russe dans les bornes chronologiques de l’ouvrage. Elle éclaire et enrichit considérablement la compréhension de cet espace. Cette partie laisse également une large place aux débats historiographiques sans perdre pour autant le lecteur.

Le septième chapitre revient sur l’organisation politique de la Rus’ de Kiev. Ce chapitre explicite les « règles » de succession des Rus’ et propose une synthèse appréciable et utile sur le sujet et complète ainsi le deuxième chapitre. Ce chapitre s’intéresse aussi aux différentes principautés et illustre bien le jeu de mots mentionné en conclusion de Simon Franklin et Jonathan Shepard du passage au cours de cette période d’une « relative unity » ou d’une « unity of relatives » à une « relative plurality ».

Les chapitres huit et neuf s’intéressent à l’économie et au peuplement russe. Le premier s’intéresse à l’économie rurale tandis que le second à l’économie urbaine. Le chapitre huit montre en particulier que les campagnes russes sont assez mal connues (excepté les propriétés monastiques) mais on peut tout de même tirer quelques conclusions des rares sources disponibles. Dans le neuvième chapitre, on note outre la question des villes en Europe orientale un long développement sur l’administration du comptoir hanséatique à Novgorod ainsi que son histoire.

Le chapitre 10 dresse le portrait de la société russe à l’aube des temps modernes. Toutes les catégories sociales sont concernées. L’auteur montre dans cette partie la diversité de la société russe. Ce chapitre aborde également la question des contestations populaires au XVIIe siècle qui sont nombreuses et en particulier du rôle des cosaques dans celles-ci.

Le onzième chapitre sur l’histoire de l’orthodoxie russe est particulièrement intéressant quand on sait le poids qu’elle a eu sur l’histoire politique (vu dans la première partie) et culturelle. On se rend compte que le concile de Bâle-Ferrare-Florence-Rome a été déterminant dans la mise en place de l’autocéphalie orthodoxe et les premières divisions au sein de l’orthodoxie. À ce sujet, les auteurs n’oublient pas d’évoquer le cas de l’Église gréco-catholique. Ce chapitre s’intéresse également aux clergés régulier et séculier.

Le dernier chapitre s’attarde sur la culture russe et plus particulièrement à la littérature. Dans cette partie, on se rend réellement compte du décalage chronologique qu’il peut y avoir avec la production littéraire d’Europe occidentale. Malgré la présence d’annexes fort intéressantes sur l’art russe, on peut regretter que les arts plastiques ou l’architecture ne soient pas abordés dans ce chapitre.

L’avis d’Histoire pour tous

Comme tous les autres livres de la Nouvelle Clio, cet ouvrage de près de 690 pages remplit les exigences de qualité et d’exhaustivité de cette collection. On peut souligner l’effort remarquable des auteurs de montrer la complexité à laquelle doit faire face l’historien qui veut étudier cet espace (le manque de sources, les débats historiographiques nombreux, etc…). Cependant, la lecture, bien qu’exigeante, est toujours accessible à un lectorat large. Tout au long de ce livre, les auteurs montrent quels sont les apports successifs des différents espaces en contact avec le monde russe (monde byzantin, les empires nomades et les puissances européennes…).

La densité de l’ouvrage et sa qualité en font un incontournable pour qui s’intéresse à la Russie et aux Slaves orientaux de cette période. Ce livre permet au final de mieux comprendre cette autre Europe, l’Europe orientale. Il permet aussi de mieux comprendre pourquoi la Russie est à la fois si proche et si éloignée de nous à la fois.


GONNEAU Pierre, LAVROR Alexandre, Des Rhôs à la Russie - Histoire de l'Europe orientale (v. 730-1689), PUF, Paris, 2012.

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