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R.M.S. Lusitania, l’Amérique ne pardonnera pas

cothias_ordas_lusitaniaDéjà auteurs de plusieurs romans historiques à succès, Patrice Ordas et Patrick Cothias viennent de faire paraître aux éditions Grand Angle un nouvel opus. Comme son titre l’indique, leur dernière production a pour trame historique le naufrage du paquebot britannique RMS Lusitania, à la suite de sa rencontre avec un sous-marin allemand le 7 mai 1915. Une tragédie qui coûtera la vie à près de 1.200 personnes et choquera les États-Unis, 128 des victimes étant américaines. Un événement encore aujourd’hui controversé, des zones d’ombres planant autour des circonstances réelles du naufrage et de son caractère provoqué ou non. Un contexte idéal pour y insérer un roman d’espionnage.

 

Un événement propice

Le 1er mai 1915, le Lusitania, fleuron de la compagnie Cunard et ancien détenteur du « Ruban bleu », le record de la traversée transatlantique la plus rapide, appareille de New York. Depuis août 1914, l’Europe est plongée dans une guerre sans précédent, que ce soit en termes d’échelle ou quant aux souffrances qu’elle engendre. Mais la lutte est dans l’impasse. Dans les tranchées, les combattants trouvent la mort par centaines de milliers, alors que l’Allemagne de Guillaume II dispute au Royaume-Uni le contrôle de l’océan Atlantique. Les sous-marins allemands rôdent autour des îles britanniques, coulant chaque mois des dizaines de navires de commerce et menaçant les communications entre l’Angleterre, son empire, ses alliés, et les pays neutres.

Comme la majeure partie de la marine marchande britannique, le Lusitania a été réquisitionné par la Royal Navy, qui en a fait un croiseur auxiliaire. À ce titre, le paquebot a été doté de canons, bien que ceux-ci soient masqués par des bâches et servis par des matelots n’ayant aucune expérience de l’artillerie navale. Le Lusitania transporte aussi d’importantes quantités de munitions, achetées aux États-Unis, dans ses cales. Ces très militaires caractéristiques ne l’empêchent pas de continuer à faire ce pour quoi il a été conçu : le transport de passagers, fortunés ou non. En tout, près de 2.000 passagers et membres d’équipage, dont des personnalités en vue du monde des arts, de la science, de l’industrie, sont à bord.

Mais leur voyage va subir un brusque coup d’arrêt. Le 7 mai, alors que le Lusitania est en vue de la côte méridionale de l’Irlande, il croise la route d’un sous-marin allemand, l’U-20 du Kapitänleutnant Walther Schwieger. L’U-Boot tire une seule torpille qui frappe le paquebot à tribord avant. Le Lusitania prend immédiatement une gîte prononcée qui rend chaotique l’évacuation du navire. Seuls six canots de sauvetage parviendront à être mis à l’eau sur les quarante-huit à bord. Le grand transatlantique sombre à un rythme qui déjoue tous les pronostics : en moins de vingt minutes, il disparaît dans les eaux irlandaises. Les pêcheurs qui ont assisté au drame depuis la côte viennent porter secours aux naufragés, mais 1.195 personnes ont péri.

Kapitnleutnant_Walther_SchwiegerCette tragédie – une de plus à mettre au crédit de la Première guerre mondiale – va immédiatement déchaîner les passions. Tandis que l’Allemagne exulte et dénonce la perfidie d’un ennemi n’hésitant pas à faire voyager femmes et enfants sur un navire transportant des munitions, les Alliés s’indignent devant ce qui est pour eux un crime de guerre. Mais les réactions les plus significatives proviennent des États-Unis, où l’activité des sous-marins allemands est perçue comme une menace pour la liberté des mers et le commerce extérieur. Quelques mois plus tard, Guillaume II obligera sa marine à cesser sa campagne de guerre sous-marine à outrance. Lorsque celle-ci sera relancée au début de 1917, le résultat ne se fera pas attendre, et les États-Unis entreront en guerre aux côtés de l’Entente.

L’affaire du Lusitania dépasse cependant le simple cadre de l’histoire générale de la Grande Guerre. De nombreuses questions demeurées sans réponses ont généré toutes sortes d’hypothèses alternatives. Le fait qu’il soit pratiquement certain que l’U-20 n’ait tiré qu’une torpille, alors que de nombreux survivants ont fait état d’une deuxième explosion beaucoup plus forte que la première, ont conduit certains auteurs à évoquer la piste d’un sabotage. La rapidité du naufrage, causée par un dysfonctionnement des cloisons étanches, a aussi alimenté les spéculations. Tout comme la course rectiligne du paquebot et l’absence d’escorte, signe pour certains que le Lusitania a été délibérément offert comme cible aux sous-marins ennemis dans le but de provoquer un incident diplomatique entre l’Allemagne et les États-Unis. Aujourd’hui encore, le débat demeure persistant.

 

Un roman plaisant

C’est sur ces incertitudes qu’Ordas et Cothias ont développé l’intrigue de R.M.S. Lusitania. Auteurs de L’ambulance 13 récemment adapté en bande dessinée, les deux écrivains se sont aussi faits une spécialité des romans historiques venant se greffer sur des événements authentiques, mais ayant été ou étant encore nimbés de mystère. Il en est ainsi de L’œil des dobermans dans le contexte des recherches ésotériques menées par les nazis, Hindenburg, les cendres du ciel à propos de la destruction du célèbre dirigeable allemand, ou encore Nous, Anastasia R., qui s’inspire de la survie longtemps alléguée de la plus jeune fille du dernier tsar de Russie, Nicolas II. Avec R.M.S. Lusitania, Ordas et Cothias n’en sont donc pas à leur coup d’essai.

Lusitania-54L’éditeur, du reste, joue soigneusement sur ces fondements historiques pour susciter la curiosité du lecteur potentiel. À tel point que la quatrième de couverture laisse presque entendre que R.M.S. Lusitania est un ouvrage documentaire… Il faut chercher un moment pour trouver, en tout petit, mention que c’est bien un roman qu’on est sur le point d’ouvrir. Ce parti pris n’est pas celui des auteurs, et la lecture des premières pages lève immédiatement l’ambiguïté. Seul un bref épilogue factuel, dans lequel Ordas et Cothias exposent les faits qui fondent leur opinion, montre que les deux écrivains pensent bel et bien que la rencontre entre l’U-20 et le Lusitania fut plus qu’un tragique hasard.

Au fil des pages, l’intrigue se met en place au travers d’une foule de personnages, les uns fictifs, les autres non. Le style des auteurs, est direct, efficace, rapide. On n’a guère le temps de s’ennuyer devant un roman qui atteint presque immédiatement un rythme de… croisière, écrira-t-on. Sans fioritures, Ordas et Cothias emmènent leurs lecteurs jusqu’au moment crucial : celui du naufrage, où tout va brusquement s’accélérer. Sans lyrisme excessif ni qualités stylistiques exceptionnelles, R.M.S. Lusitania n’en tient pas moins son lecteur en haleine et se laisse lire avec plaisir. C’est probablement là, du reste, ce pour quoi il est écrit, et ce qu’on est en droit d’en attendre. De ce point de vue, le contrat est pleinement rempli.

Pour ne rien gâcher, on ne rentrera pas dans les détails de l’intrigue. Tout au plus dira-t-on qu’elle s’apparente à un scénario d’espionnage assez classique, du genre où les différentes parties impliquées essayent de se « doubler » – généralement sans le savoir – pour se retrouver finalement toutes dupées à des degrés divers par l’écheveau de leurs agissements respectifs. Une recette éprouvée qui, sans être transcendante, génère quelques rebondissements plaisants et l’envie de lire le chapitre suivant. De ce fait, on pardonnera bien volontiers quelques passages auxquels on a, parfois, un peu de mal à croire. Au final, R.M.S. Lusitania fait un roman d’espionnage efficace, plaisant et divertissant.

 

Patrice ORDAS et Patrick COTHIAS, R.M.S. Lusitania, l’Amérique ne pardonnera pas, Grand Angle, Charnay-lès-Mâcon, Bamboo Éditions, 360 pages.

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