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Les invasions barbares

Barbares_RomeL'histoire de ce que nous nommons fort improprement les Grandes Invasions est sans doute une des périodes les plus chargées en images d'Épinal et en mauvaises interprétations que l’on puisse trouver. C’est aussi, en dépit du nombre important de publication, une des moins bien connue du grand public. On se représente souvent, en suivant les interprétations des historiens de l’école positiviste, comme Ernest Lavisse, des hordes de barbares écumants de rage, se lançant contre un Empire romain sur le déclin et brisant de vive force les reste pervertis de sa civilisation. Le problème est que tout ceci est fort inexact et contredît même la réalité des faits qui nous apparaissent au travers des maigres indices qui nous sont parvenus au fils des siècles. Depuis ce constat, nous pouvons présenter le travail remarquable de Lucien Musset qui s’attache justement à revenir sur bien des incohérences des études anciennes. Cet auteur, ancien professeur d’histoire médiévale à l’université de Caen, décédé en 2004, s’essaya à cette thématique qui n’était pourtant pas directement la sienne et produisit un travail remarquable ; Les invasions, les vagues germaniques.recommande

Une somme.

Cet ouvrage, déjà ancien (1965) fait le point sur les sources et les connaissances scientifiques disponibles à l’époque sur ce sujet. Musset y rassemble une bibliographie extrêmement riche de quelques 528 livres, en différentes langues, qui brossent l’intégralité du sujet. On peut regretter qu’il n’ai eu lors de la rédaction de son ouvrage que des livres « périmés » en ce qui concerne l’histoire du « Bas Empire » romain ce qui l’amène parfois sur des terrains entièrement révisés de nos jours surtout en ce qui concerne le travail de D. Van Bercheim, L’armée de Dioclétien et la réforme constantinienne (1952), auquel on préfère de nos jours celui de P. Richardot, La fin de l’armée romaine (1998). En fait cela contraste fortement avec les positions de Musset sur les Invasions et les peuples barbares qu’ils présente avec beaucoup d’objectivité et un sens aigüe de l’analyse historique. Mais l’auteur va bien au-delà d’un simple catalogue d’ouvrages et il se lance dans un vrai travail scientifique en traitant une quantité appréciable de sources de tout ordre.

Des textes anciens à l’épigraphie, en passant par la toponymie, il réalise un récapitulatif assez remarquable de tout la matière disponible servant à étudier le phénomène des migrations. C’est un des points qui nous amène à présenter ce livre comme une œuvre majeure de la thématique qu’il convient de lire pour celui qui souhaite s’instruire ou travailler sur le phénomène migratoire des IIIe-VIIe siècle. La densité des notes émaillant le récit est là aussi un gage de qualité finissant de prouver que l’auteur sait de quoi il parle et a effectué une préparation très poussée avant d’entamer la rédaction. C’est un véritable récapitulatif, digne de la tradition britannique en la matière, et possédant, malgré quelques faiblesses concernant l’histoire de l’Empire romain, une véritable crédibilité scientifique et ce presque cinquante ans après sa rédaction. L’auteur, conscient du travail encore à réaliser, propose même un chapitre nommé « Problèmes en suspens et directions de la recherche », suscitant par là le débat et révélant les points encore vierges. Malgré toute ces qualités, le livre devra être complété par des lectures plus actuelles, précieuses car elles référencent des découvertes récentes, inconnues du grand chercheur. Cela dit, les qualités de l’analyse de Lucien Musset amènent souvent ses hypothèses à être vérifiée actuellement.

Le questionnement.

Lucien Musset dresse un véritable tableau des invasions. Peuple par peuple, il raconte les évènements en faisant intervenir toutes les sources à sa disposition. Il fait par exemple une étude toponymique raisonnée qui montre à la fois la pénétration germanique dans l’Empire et également la faiblesse numérique des populations en mouvement.

Mais le point phare de son analyse tient dans la dissociation des évènements. En effet, il distingue plusieurs phase de migration, étalées dans le temps et bien différentes dans leur expression concrète dès lors où le chercheur les met en perspective. Ainsi, la première vague (suivant son expression) composée des Goths, Vandales, Suèves, Alains, Huns et Burgondes provique la naissance de royaumes séparant assez strictement, mais à des degrès divers, les populations nouvelles et les « autochtones », préservant de fait la civilisation romaine puisque les cadres, l’élite sénatoriale continue à occuper les postes civils clef. Le problème étant qu’aucun de ces royaume n’eu une pérénité étendue, provoquant de fait une éclipse nette de la civilisation romaine rescapée. En effet, la seconde phase se fonde sur une unification du territoire derrière le roi et se caractérisant donc par un fort pouvoir d’attraction. C’est le cas des Francs, Alamans, Bavarois, Lombards, Avars… De ce fait, l’auteur explique combien les survivances romaine sont minces dans ces nouveaux Etats, dont celui des Francs est celui qui s’est assuré la plus longue descendance. Les pratiques que l’on pourrait qualifier de proto-féodales sont d’origine purement germaniques et l’héritage romain ne survit que faiblement dans le droit et la littérature.

Après l’approche chronologique, l’auteur nous livre ensuite une étude thématique très complète, proposant des chapitres comme « Problème de peuplement », « L’apport technique barbare », « Les cadres juridiques »… Les points sont tellement nombreux qu’ils abordent l’histoire des Invasiosn sous bien des aspects et nous amènent souvent à réviser des points de vue que nous possédons tous depuis l’école primaire. Ainsi, l’Etat de Théodoric le Goths est sans doute le meilleur équilibre possible entre romanité et coutumes germaniques. Le roi pratiquait une politique d’unité s’inscrivant presque dans la dynamique de l’ancienne politique impériale, mais cette fois-ci en partenariat avec les populations germaniques, et ce jusqu’en Scandinavie! Gardons-nous donc de voir de but en blanc dans les royaumes barbares des siècles obscurs. Ils le sont principalement par le manque de sources…

Une explication rationnelle en quatre cent pages.

Couverture_invasionsLucien Musset produit dans ce livre un condencé d’histoire des Grandes Invasions propre à prendre une place importante dans la bibliothèque de tous ceux qui souhaitent comprendre quel pu être l’immense boulversement que connu l’Europe entre le IIIe siècle et le VIIe siècle. Toutes ces dynamiques complexes sont abordées et explicité lorsque c’est possible.

Au fil des pages nous découvrons l’histoire des différents peuples de leurs origines, toujours obscures, jusqu’à leur entrée en scène et à leur affirmation. L’auteur apporte un soin particulier à nous faire bien comprendre leurs spécificités, ce qui les rend plus familier à nos yeux et contribue à casser cette image générique de « barbares », tellement commode mais au combien inexacte et simpliste. Les problèmes locaux de l’installation des migrants et leur insertion dans la société romaine nous permet de mieux cerner les enjeux urbains, agraires, culturels, économiques… qui agitent l’ancien monde romain.

C’est donc au fil des pages de cet ouvrage incroyablement complet malgré sa relative faible épaisseur, que nous découvrons un monde en mutation, qui s’alligne sur de nouvelles normes en rejettant ou non l’héritage ancien. Les rois qui le composent inaugurent un mode de gouvernement nouveau dont la postérité s’étire jusqu’à nos jours. L’ouvrage de Lucien Musset nous amène naturellement à reconsidérer cet héritage « barbare » et à l’humaniser un peu, loin des poncif sur le « fléau de dieu ».

Ce livre est en outres agréable à lire, clair et bien construit, il entraine le lecteur dans sa logique impéccable. Très bien documenté, chaque argument est solidement étayé de preuves issues des sources. L’auteur fait quelques points historiographiques afin de dénouer les fils des travaux historiques pour permettre au lecteur d’aborder la globalité du sujet. Plus qu’un point de départ, cet ouvrage représente les fondations stables permettant d’accumuler par la suite des savoirs sur la question brulante des Grandes Invasions.

Les invasions : les vagues germaniques, Lucien Musset, PUF 1994.

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