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Les bas-fonds de l'antiquité

Bas_fonds_miniVoici avec cet ouvrage une thématique vraiment nouvelle, souvent omise par les historiens et les auteurs anciens. En effet, on ne compte plus les publications concernant les puissants, les lettrés, mais lorsque l'on décide de porter son regard vers les masses, ceux qui représentent l'écrasante majorité de la population, on se rend rapidement compte d'un silence gêné. Pourquoi cela? Sans doute parce que la réalité quotidienne des hommes est souvent bien moins attrayante que les prouesses rhétoriques de Cicéron ou les réflexions d'Aristote. Catherine Salles nous propose donc de visiter cet univers bien particulier que sont les « bas-fonds » et ce, dans les deux civilisations antiques que nous percevons comme les plus brillantes dans notre inconscient collectif.coup-de-coeur

Effectivement, que ce soit Rome ou la Grèce classique, la richesse la plus ostentatoire côtoie la misère la plus noire et au détour des quartiers les plus pauvres, nous pouvons percevoir de véritables « cours des miracles » où la prostitution, la violence, le banditisme se mêlent dans un monde parallèle à la haute société guindée, mais qui ne fonctionne pas selon les mêmes règles et qui n'a pas les mêmes besoins. Car il faut tout d'abord s'imaginer que la préoccupation de tout un chacun, loin des banquets de l'aristocratie, revient à rechercher chaque jour sa pitance.

Une description crue des moeurs du temps

Dans cet ouvrage très bien documenté par l'appui de nombreux et divers textes anciens, l'auteur nous invite à entrer dans les bas fonds, parmi les cabarets, tavernes et lupanars des villes grecques et romaines. Car ce livre est cru et parle sans complexes de la réalité du passé. Catherine Salles traite son sujet en adéquation complète avec les moeurs du temps et nous fait ici partager ce qui échappe à nos mentalités modernes. Ainsi, il n'est rien de plus à la mode à Rome, dans la riche société, même parmi les sénateurs, de plonger avec délectation dans le monde des pauvres, des artistes ou des gladiateurs. Les matrones si rigides dans notre imagination, s'exhibent ici au bras d'un farouche combattant de l'arène, quant elles ne quittent pas tout pour le suivre à l'autre bout du monde, dans une existence libérée de toutes conventions de la société. Les sénateurs foulent les planches du théâtre et attirent la honte sur leur famille... Les empereurs eux-même se font proxénètes comme Caligula ou Néron. Mais nous croisons également la misère, la mort qui frappe de concert dans la fange de ces cités bien insalubres malgré un urbanisme remarquable pour l'époque. La maladie, les famines sont le lot des déshérités, et les prostituées de subure, les « louves », symbole de cette déchéance des corps, sont vendues pour la subsistance de la famille...

Ne nous y trompons pas, ce livre amuse mais il attriste aussi. La mégalomanie des riches que tous les ravissements ennuient, les amènent à vouloir faire comme les malheureux, mais il existe une véritable, et parfois insoutenable, souffrance. Cet ouvrage montre donc une fracture, une antithèse, qui parcourt les sociétés anciennes et dont le volet le plus brillant est le plus souvent présenté à nos yeux. Cet ouvrage permet de se rendre compte de la réalité des conditions de vie de la masse de la population urbaine au sein des villes antiques et nous donne une image claire de la réalité quotidienne. L'écriture est très accessible, très fluide, elle entraine le lecteur au fil des pages dans un récit étonnant, et parfois dégoutant, qui est particulièrement riche d'enseignement et d'érudition.

On peut regretter un manque de problématique du sujet originel qui amène à un développement très descriptif, et manquant parfois d'explications. Mais, dans le cas présent et par l'ampleur de la tâche accomplie, on peut considérer ces critiques comme donnée négligeable puisque cette orientation de travail répond à une volonté, il me semble, d'apporter un maximum d'informations sur la thématique générale, ce qui est une réussite. On apprend beaucoup et on ne s'ennuie pas le moins du monde tout au long des trois cent soixante cinq pages de cet ouvrage. Il est en outre facilement abordable même pour les non initiés, d'autant qu'un glossaire et une chronologie sont présents à la fin. Pour les lecteurs avertis, on peut signaler des notes assez denses et des citations longues (ce qui est rare) ainsi que d'une liste complète des auteurs anciens utilisés.

C'est donc un très bon investissement qui peut vous amener à vous lancer dans certains des textes antiques qui servent de support à ce travail, comme le Satiricon de Pétrone...

Les bas-fonds de l'antiquité, par Catherine Salles, édition Fayot, livre de poche 2004, disponible dans notre boutique.

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