Rechercher dans le site
Lettre d'information

Découvrez notre lettre hebdomadaire avec toute l'actualité du site, ainsi que des éditions spéciales pour les concours que nous organisons !

S'inscrire à la lettre

Accueil Livres Essais Batailles (Hervé Drévillon)

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire: nouveaux articles, programmes télé, débats ! Lettre hebdo:   |  Ajoutez ce site à vos favoris !  |  HpT sur  |  

Batailles (Hervé Drévillon)

batailles_drvillonBatailles, le terme seul entraine très souvent une réaction de rejet de la part de la majorité des amateurs d’histoire comme des professionnels. Depuis quelques années, devant un manque criant de production scientifique sur cette thématique, certains historiens proposent d’aborder la guerre, et son expression la plus terrifiante dans des ouvrages qui déploient souvent des points de vue particulièrement novateurs, exploitant même des sciences que l’on peut appeler annexes vis-à-vis de l’histoire, comme l’anthropologie.coup-de-coeur


Hervé Drévillon fait parti de ceux là et retrace parfois son époque de prédilection, l’époque moderne, au fil des champs de bataille, sur les théâtres d’opérations européens résonnant de plus en plus du fracas de la guerre depuis le XVIe siècle avec les Guerres d’Italie, les Guerres de Religion, la Guerre de Trente ans, jusqu’aux prémices des guerres révolutionnaires, en passant par le règne du très batailleur Louis XIV… Vu le nombre de conflits, il apparaît certain qu’il est impensable de ne pas les évoquer.

Perspectives historiques.

Dans cette optique, l’ouvrage dont nous souhaitons parler ici, Batailles, Scènes de guerre de la Table Ronde aux Tranchées, dépasse quelque peu le champ d’investigation habituel de cet historien qui commence son analyse avec la Guerre de Cent Ans avec le Combat des Trente et la bataille de Castillon, pour l’achever dans l’année 1914 au grès de la terrible bataille de la Marne. Que penser de l’initiative de l’historien qui déborde largement sa période? Il nous a semblé que l’auteur inscrit son travail dans une dynamique qui se comprend en lisant l’ouvrage de bout en bout. Il existe un véritable fil d’Ariane où les batailles sont liées et où chacune a sa place, son utilité. Il est en tout cas de bon ton de ne pas trop rester fermement attaché à la rigueur académique fixant les jalons des périodes historiques, car dans la thématique ici présentée, l’auteur perdrait à la fois l’origine et l’aboutissement de son idée.

En effet, il procède par éclairages successifs afin de montrer des affrontements significatifs qui mettent en exergue l’inanité de certaines stratégies, la pertinence d’autres, l’emploi d’une nouvelle arme… Au gré des pages se dessine le patient cheminement des transformations de l’art de la guerre, à la fois terrifiant et miroir de nos sociétés. On découvre alors l’idée fondamentale ; la guerre entre la « noblesse », l’héroïsme et son expression déshumanisée, rationnelle dictée par la froide efficacité qui finit par en être l’incarnation. Depuis le Combat des Trente, où une poignée d’aristocrates s’affrontent dans un violent duel agonistique, jusqu’aux charges malheureuses des cavaliers français durant la guerre de 1870, on assiste médusé à la mise en place progressive d’une surenchère de la violence qui amène à la première grande catastrophe, la Grande Guerre, où l’Europe, excitée par les conflits d’intérêts et les nationalismes, se déchire dans un déluge de feu et d’acier, et où le combattant n’est plus au centre de la guerre, place alors occupée par les canons, eux mêmes enfantés par la puissance destructrice de la guerre industrielle.

La guerre, vaste et épineux sujet.

Nous sommes donc dans un développement quasi idéologique de la guerre, suivant la notion d’honneur, de chevalerie au gré des siècles et des champs de batailles. On retrouve alors les héros anachroniques de la guerre de 1870, chargeant l’ennemi, sabre au clair, fauchés par milliers simplement pour couvrir la retraite de l’armée. Cet événement tragique est significatif de l’inadéquation de certains arts de la guerre, entre progrès et tradition, entre permanence et modernité. Chaque bataille citée dans cet ouvrage contient en effet des éléments assez significatifs qui permettent d’embrasser une longue période, sans que cela soit bien sûr totalement exhaustif, mais néanmoins cela permet d’appréhender la guerre par éclairages successifs au gré des époques et des situation politiques, géographiques et culturelles différentes.

On visualise également à quoi parfois a tenu la victoire dans certains cas, comme celle de Frédéric II de Prusse, acculé par les Franco-Autrichiens, qui trop confiants se font prendre sur leur flanc, en plein mouvement stratégique, et qui partent dans une déroute effrénée, alors que quelques minutes avant la bataille les Prussiens étaient au plus mal, en infériorité numérique poursuivis par deux des plus grandes armées européennes… Depuis cette simple initiative heureuse, la Prusse devint l’école de la guerre, regardée avec envie (jusqu’à un autre désastre, infligé par les Français cette fois-ci, le modèle napoléonien succédant à celui de Frédéric…).

Un bon travail.

Cet ouvrage s’adresse à tous les passionnés de la guerre, qui y trouveront un travail solide et documenté. Mais comme il est avant tout dirigé vers un public plus large il nous semble pertinent de le recommander à tous ceux qui souhaitent en apprendre plus sur le déchainement ultime de la violence entre les hommes, sans que le texte ne se résume à des descriptions peu ragoutantes de massacres. Les analyses des différents contextes sont également très bien menées ce qui dépasse largement l’idée éculée d’histoire bataille. C’est donc un investissement plutôt modique, pour un travail agréable à lire et sérieux.

Batailles : Scènes de guerre de la Table ronde aux Tranchées, par Hervé Drévillon, Points Histoire septembre 2009.

Les autres articles sur ce thème


A lire sur le forum



Discuter de cet article sur notre Forum Histoire