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Homosexualité, aimer en Grèce et à Rome (S. Boehringer / L-G. Tin)

homosexualitHomosexualité, le terme est encore de nos jours sujet de nombreux débats divisant souvent les sociétés modernes sur des points comme le mariage gay. Mais l'homosexualité même n'est pas un seul fait d'actualité, elle a une histoire longue qui prend une inclination particulière lorsqu’on parle de l’Antiquité. Tout le monde sourit à l’évocation de l’homosexualité grecque, faisant d’une pratique complexe un véritable topos. Ce rapport à l’homosexualité antique est le sujet d’un travail de Sandra Boehringer, avec la collaboration de Louis-Georges Tin, tous deux maîtres de conférence (respectivement à Strasbourg et à Orléans) : Homosexualité, aimer en Grèce et à Rome.coup-de-coeur

S’inscrivant dans la très récente collection Signets des éditions Les Belles Lettres, cet ouvrage se présente sous la forme d’un petit recueil de textes au format poche d’un peu plus de trois cents pages. La belle couleur rouge de la collection, symbolisant très souvent la passion, siée à  merveille à la thématique du livre, cela renforcé par des images romantiques mettant l’accent sur un aspect très esthétique de la thématique ; comme le suggère le titre, c’est d’amour dont il est question.

Une ouverture psychologique.

L’ouvrage s’ouvre sur un entretient avec Jean Allouch, psychanalyste lacanien, qui avec une belle érudition dans les œuvres antiques, livre sont point de vue sur le sujet même de l’homosexualité, tout en rappelant que le psychanalyste « ne saurait se constituer en expert » car « le savoir psychanalytique vire aisément à la norme, il s’en faut d’un rien, d’un discret déplacement du point à partir duquel il est envisagé pour qu’une description devienne prescription ». Ces réserves établies, Jean Allouch propose une très grande richesse d’analyse qui permet d’entrer d’une manière très agréable dans le thème profond de l’ouvrage. Ensuite vient une courte introduction qui explique la cause d’une telle anthologie des textes antiques, montrant que le sujet n’a pas particulièrement bonne presse, évoqué en général d’une manière un peu laconique et « dans les parties consacrées à la « vie privée » ou dans celles qui décrivent les pratiques anormales ou déviantes », passant de fait sous silence la réalité profonde de l’homosexualité antique, au centre même de la vie politique et sociale des gens.

Bibliographie.

Il est à signaler la bibliographie qui, bien que courte, rend état du relatif désintérêt que le sujet a jusque là suscité dans la recherche. Mais attention, des travaux de grande qualité y sont cités, notamment l’ouvrage de Bernard Sergent, Homosexualité et initiation chez les peuples indo-européen, de même que le travail de Michel Foucault ou de Paul Veyne et Claude Calame, pour ceux que nous connaissons. C’est donc avec confiance que l’on aborde la lecture du livre. Parmis les contributeurs, outres jean Allouch, on peut également souligner la participation d’Alain Chauvot dont nous avons également étudié les travaux. Il y en a en tout cas bien d’autre, qui apportent au livre une sorte d’assise scientifique, encadrant au mieux les textes anciens. En guise de prélude, quelques cartes de bonne qualité permettent au lecteur d’avoir un meilleur confort de lecture et de pouvoir se situer facilement dans le monde antique. Dès lors on peut se plonger dans les textes.

Construction de l’ouvrage.

banquetLe livre n’est pas seulement un assemblage hétéroclite de mentions disparates concernant l’homosexualité dans l’Antiquité ; il y a une véritable organisation, un plan détaillé qui permet de parcourir l’ouvrage selon les axes qui nous intéressent le plus, ou encore de le lire d’un trait de bout en bout. Les passages présentés sont introduits par une frise chronologique simple qui situe l’auteur en fonction des trois jalons que sont Homère, Virgile et Claudien, ce qui permet d’un coup d’œil de savoir si on se trouve sous domination romaine, hellénistique ou dans la Grèce classique… Ensuite vient une petite introduction qui présente à la fois l’auteur du texte et le contexte, permettant ainsi aux novices de ne pas être dérouté (il y a également à la fin de l’ouvrage un glossaire des noms des auteurs antique avec une courte biographie de chacun d’eux). Une chose nous a particulièrement marquée : des traductions françaises inédites, signalées par des étoiles, qui amènent de la nouveauté pour la recherche dans ce livre, ce qui est éminemment positif pour les étudiants souhaitant débuter une recherche. D’ailleurs, c’est ce que souhaitent les auteurs : « Puisse cette ouverture être un encouragement pour d’autres chercheurs et chercheuses ». Mais les amateurs de la période antique n’aspirant pas à réaliser un travail de recherche n’en sont pas pour autant négligés et des notes de bas de pages (ainsi que les autres éléments didactique que nous avons cité) rendent la lecture agréable et pratique. Il est de plus sympathique de voir des textes, jusqu’ici assez confidentiels car non traduits, être désormais accessibles à un public large. C’est, il nous semble, l’initiative de cette collection ; redonner le goût dans notre société de la culture antique, qui peut ne pas être ennuyeuse, et même bouleverser quelque peu nos perceptions.

Une plongée dans l’art d’aimer dans l’Antiquité.

C’est ainsi que nous découvrons au fil des pages, sous la plume de certains auteurs, un style très cru pour parler du sexe, alors que dans le même temps, certains autres ne font que le suggérer avec une grande pudeur. Derrière ces textes traitant de relations homosexuelles, se sont de véritables coups de projecteurs lancés sur des sociétés, des philosophies, des mentalités très différentes des nôtres, ce qui, d’une certaine manière, nous permet de nous interroger sur nous même, sur notre façon de percevoir l’homosexualité et son aspect volontiers « déviant ». Certaines sociétés anciennes avaient ainsi l’homosexualité comme ferment même de certains éléments de leur armée… Nous ne révèlerons pas plus de détails car il convient de se plonger dans les pages de ce livre afin de découvrir la façon dont les Anciens pouvaient aimer.

Homosexualité, aimer en Grèce et à Rome, Sandra Boehringer (avec la collaboration de Louis-Georges Tin), Editions Belles lettres, mars 2010.

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