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Mers el-Kébir, 3 juillet 1940 (F. Delpla)

mers_delplaSi le mois de juin 1940 est évidemment bien connu par le grand public, c’est moins le cas des semaines suivantes, après l’appel du général de Gaulle le 18 puis la signature de l’armistice le 21 à Rethondes. Pourtant, elles sont décisives pour la suite de la guerre. On le voit avec l’affaire de Mers el-Kébir, le 3 juillet 1940, qui voit la destruction d’une partie de la flotte française par son homologue britannique. C’est cet événement qu’analyse François Delpla dans son ouvrage.


 

La polémique Mers el-Kébir

Les raisons qui ont poussé les Britanniques à faire usage de la force ce 3 juillet provoquent encore des débats aujourd’hui, et des rancoeurs au sein de la marine française. Il en va de même pour l’enchainement des événements, des négociations entre les amiraux jusqu’au premier coup de canon. François Delpla propose donc de tout mettre à plat, en ajoutant « deux acteurs » majeurs, Hitler et Roosevelt. Ainsi, il compte démontrer que cette « bataille » (c’est plus une exécution) a eu une importance décisive sur la suite de la guerre.

L’ouvrage

Après être revenu rapidement sur la curée que subissent les navires français, François Delpla remonte le temps pour commencer à assembler les pièces d’un puzzle complexe, des pièces parmi lesquelles figurent de gros morceaux, comme Churchill et de Gaulle évidemment, mais aussi Hitler et Roosevelt. Un choix d’impliquer ces deux derniers qui est sans doute l’une des nouveautés apportées par l’auteur.

François Delpla replace alors toute cette journée dans le contexte très large de la guerre, de la défaite, mais aussi de l’avant-guerre, en remontant aux motivations d’Hitler. Il fait entrer en scène un à un les protagonistes, comme Churchill (en rappelant les difficultés à sa prise de fonction), Paul Reynaud (« un Churchill français ? »), Pétain, Darlan, sans oublier le rôle important d’Halifax, le ministre des Affaires Etrangères britannique de Chamberlain, et en balance avec Churchill pour le poste de Premier ministre.

C’est à partir du chapitre 10 (« Le dévoilement des conditions ») que François Delpla rentre vraiment dans le vif du sujet : il démonte l’engrenage en étudiant tous ses rouages, et les conditions des choix des uns et des autres, jusqu’à l’affrontement, nous faisant entrer dans les têtes, y compris celles des marins français ébranlés par la défaite. Son chapitre « Churchill allume la mèche » donne une idée de la thèse qu’il développe dans son livre, qu’il conclut par l’impact de cette journée dans le monde, preuve qu’elle n’est en rien une bataille anecdotique, mais que les choix faits ce jour là furent décisifs pour la suite.

Les conclusions de l’auteur

Les deux derniers chapitres de l’ouvrage de François Delpla reviennent sur les polémiques provoquées par cette tragique journée.  Dans « Batailles autour d’une bataille », l’auteur évoque les débats historiographiques, tant en France qu’en Angleterre, les blessures encore ouvertes, y compris au sujet de la mémoire et des commémorations de ce 3 juillet 1940. Il va jusqu’à espérer que pour ce 3 juillet 2010, les choses aient évolué dans le bon sens…

François Delpla insiste tout au long de son étude sur l’importance centrale de Churchill et sur les raisons expliquant son ordre de faire feu, mais sans l’accabler au contraire de ce qu’on lit souvent. C’est dans cet esprit que se situe sa conclusion « En vouloir à l’Angleterre ? ». Dans ce chapitre, il revient sur les thèses expliquant l’attaque, comme la crainte de voir l’Allemagne capturer la flotte française (on peut penser ici à l’évasion du cuirassé Jean Bart, le 20 juin, avant l’armistice), et sur le fait que Churchill aurait préféré éviter un bain de sang. Surtout, François Delpla rappelle les points qui lui semblent acquis à la fin de son travail, pour aller au-delà des débats et des rancoeurs : on peut citer par exemple l’importance de l’article 8 de l’armistice (censé instaurer le désarmement de la marine française sous contrôle allemand et italien, et l’engagement par l’Axe de ne pas utiliser ces navires).

Finalement, l’auteur revient sur le véritable coupable à l’origine de ce drame, Hitler, sans oublier les responsables de l’armistice de 1918 et ceux qui ont laissé le dictateur allemand avancer ses pions pendant les années 30 (les « apaiseurs »), principalement les Britanniques, « incrédules » face à la menace nazie. Churchill, lui, n’a fait que son devoir dans des circonstances difficiles.

« Mers el-Kébir, 3 juillet 1940, l’Angleterre rentre en guerre » est un livre dense, parfois ardu pour quelqu’un qui n’aurait que peu de connaissances sur le contexte de juin-juillet 1940. Mais il est aussi très agréable à lire, souvent passionnant, et a le mérite de remettre en perspective tout ce qui a précédé le 3 juillet 1940, tout en choisissant une thèse précise et argumentée au milieu de toutes les polémiques qui durent encore. On peut d’ailleurs louer la bibliographie critique et conséquente qu’il nous fournit.

Ce livre intéressera donc autant les passionnés de la Seconde guerre mondiale que ceux qui s’intéressent aux complexités amenant à des décisions politiques aux conséquences souvent décisives.

L’auteur

François Delpla, normalien, agrégé d’histoire, a entre autres traduit la biographie d’Hitler par David Gardner et participé à l’ouvrage « Le livre noir du capitalisme ». Son livre « Churchill et les Français » vient d’être réédité (Guibert, 2010).

Mers El Kébir 3 Juillet 1940 : L'Angleterre rentre en guerre de François Delpla. Guibert, mars 2010.

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