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Un Moyen Âge pour aujourd'hui (collectif)

moyenageAprès la parution d’un ouvrage regroupant les contributions de ses étudiants (Violences souveraines au Moyen Âge), la grande médiéviste Claude Gauvard se voit offrir des « Mélanges », une tradition universitaire qui veut que les collègues d’un professeur partant à la retraite participent à un recueil d’articles rendant hommage à son travail. Mais l’importance de Claude Gauvard dans la recherche et l’enseignement de l’Histoire médiévale fait d’Un Moyen Age pour aujourd’hui un ouvrage bien plus ambitieux et important.


 

 

Claude Gauvard, médiéviste

La vocation de Claude Gauvard pour l’histoire remonte au lycée, où une professeure aurait affirmé à sa mère que la jeune fille était « faite pour l’histoire ». Sa préférence pour le Moyen Âge, quant à elle, répond au besoin de découvrir un monde inconnu.

En 1967, elle obtient son agrégation et enseigne dès 1969 à l’université de Rouen. Deux ans plus tard, elle intègre l’université Paris I Sorbonne.

Ses recherches se distinguent très vite par leur approche anthropologique, conseillée dans ce sens par Jacques Le Goff. Son travail fait d’abord tomber quelques idées reçues sur le Moyen Âge, à propos des femmes par exemple, qu’elle étudie entre autres par le biais de personnages comme Christine de Pisan. Passionnée par la justice, c’est sa thèse d’Etat « « De grace especial ». Crime, État et société en France à la fin du Moyen Âge » qui assoit définitivement sa réputation, faisant d’elle une historienne incontournable, au-delà même de l’Histoire médiévale.

Claude Gauvard est enfin une enseignante, passionnée par son métier, et très souvent adorée par ses étudiants, de la licence au doctorat.

Toutes ces raisons expliquent l’importance et la qualité des ouvrages qui lui sont dédiés, dont ce Moyen pour aujourd’hui.

L’ouvrage

Ces « Mélanges » offerts à Claude Gauvard se veulent le reflet non seulement des recherches de la médiéviste, mais plus encore du rayonnement de son travail sur ses collègues historiens autour des principales thématiques qu’elle a contribué à renouveler : les pouvoirs, le crime, l’opinion, l’information. Des historiens de tous horizons, de l’Espagne à l’Angleterre, en passant par l’Italie, le Portugal ou l’Allemagne.

Après une introduction de Julie Claustre, Olivier Mattéoni et Nicolas Offenstadt présentant Claude Gauvard d’abord par le biais de sa thèse d’Etat, puis en rendant hommage à ses qualités d’enseignante et de défenseuse de l’histoire, l’ouvrage est divisé en cinq parties.

La première insiste sur l’importance de l’historienne dans le paysage de la recherche historique, avec parmi les contributions celle de Jacques Le Goff (« Claude Gauvard et l’histoire de France ») ou encore de Michel Prigent pour le travail de la médiéviste au sein des Presses Universitaires de France. Cette partie s’achève sur l’article d’Antoine Garapon qui imagine « le palais de justice du XXIe siècle », inscrivant ainsi les travaux de Claude Gauvard dans une histoire de la justice qui va bien au-delà du Moyen Âge.

C’est toutefois dans le chapitre suivant que nous entrons dans le vif du sujet, à savoir les thématiques principales abordées par l’historienne durant sa carrière. Nous commençons donc par « Ecritures des pouvoirs » avec quinze articles qui s’illustrent, comme dans le reste de l’ouvrage, par leur diversité. Cette diversité tient aux sujets abordés, mais également aux espaces et aux différentes périodes du Moyen Âge ; en effet, nous voyageons de l’Italie (l’article de Patrick Boucheron sur la popularité littéraire du « tyran » Bernabò Visconti (1324-1385) à Milan), à l’Angleterre (avec « L’honneur d’Edouard III, roi de France et d’Angleterre », de Jean-Marie Moeglin) en passant par la Lotharingie et évidemment la France ; mais nous parcourons aussi le temps, avec par exemple un article sur les Carolingiens (Michel Sot, « Une spiritualité de la justice pour les grands laïcs carolingiens », qui utilise le célèbre Manuel pour mon fils, de Dhuoda), un sur le XIe siècle (par Régine Le Jan, « Médiation, genre et construction des récits : une comtesse médiatrice en Lotharingie au XIe siècle »), et sur la fin du Moyen Âge, période de prédilection de Claude Gauvard.

Dans le même esprit, la troisième partie traite des « Espaces de pouvoirs », avec dix contributions, qui abordent jusqu’à l’Islam du haut Moyen Âge, par l’article de Christophe Picard (« Le calife ‘Umar interdit la Méditerranée aux Arabes : peur de la mer ou raison d’Etat ? »), ou la Catalogne (« Justice, juridiction et pouvoir dans la Catalogne du bas Moyen Âge », Flocel Sabaté).

En onze articles, le quatrième chapitre aborde la thématique « Information et opinion », et on peut citer ici la contribution de Laurent Feller (« Les enquêtes seigneuriales de Bernard Ier Ayglier, abbé du Mont-Cassin (1267-1270) »), José Manuel Nieto Soria (« Justice et opinion publique à la cour de Castille : le procès pour l’assassinat de l’évêque Juan Serrano (1402) »), ou Denyse Riche (« Diffuser l’information en milieu monastique. Cluny, du Grand Schisme au concile de Bâle »).

Le dernier chapitre quant à lui s’intéresse au thème « Crime, justice et honneur » avec seize contributions, parmi lesquelles on peut détacher celles de Dominique Barthélémy (« Un plaid à la Ferté-Villeneuil, vers 1060 »), Alain Demurger (« Templiers et Hospitaliers devant le Parlement de Paris (1250-1307) ») ou Joseph Morsel (« Le sens de la vengeance en Franconie à la fin du Moyen Âge »).

Les « Mélanges » offerts à Claude Gauvard se concluent logiquement avec une monumentale biographie de l’auteur (treize pages), de ses articles scientifiques à ses ouvrages « grand public » (et jeunesse), ou ses contributions à diverses revues.

Pour quel public ?

Une telle somme peut sembler difficile d’accès au premier abord, et il est vrai que les articles sont pointus, parfois difficiles car très spécialisés. Toutefois, on aurait tort d’ignorer un ouvrage aussi important pour ces raisons. En effet, Un Moyen Age pour aujourd’hui est incontournable pour tout passionné d’histoire médiévale (et au-delà), non seulement parce qu’il rend hommage à l’une de ses plus grandes chercheuses, mais également parce que les contributions (si riches par leur diversité et leur qualité) témoignent de la recherche la plus récente et du dynamisme trop souvent sous-estimé de l’étude de cette période.

Un Moyen Age pour aujourd’hui, sous la direction de J. Claustre, O. Mattéoni, N. Offenstadt, PUF, 2010, 580 p.

Lire aussi : Violences souveraines au Moyen Age (travaux d’une école historique), sous la direction de F. Foronda, C. Barralis et B. Sère, PUF (Le nœud gordien), 2010, 284 p.

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