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Histoire du monde au XVe siècle (collectif)

monde15-252x300Les conventions situent souvent la fin du Moyen Age à l’année 1492, marquée en son début par la chute de l’émirat nasride de Grenade devant les Rois Catholiques et en sa fin par le voyage de Christophe Colomb. En France, on a ensuite tendance à sauter à Marignan, 1515 et entrer ainsi dans la Renaissance. Pourtant, tout historien sait qu’il est impossible de délimiter aussi radicalement des périodes, et que tout est affaire de transition et de mutations lentes. C’est encore plus le cas quand on aborde l’histoire du monde, en particulier durant le XVe siècle, dans sa richesse et sa diversité, deux termes qui conviennent parfaitement à cet ouvrage.coup-de-coeur


 

 

« Décentrer le regard »

Le caractère relativement arbitraire de la délimitation des périodes en histoire est combiné le plus souvent avec un ethnocentrisme qui conduit à ignorer des espaces entiers, et ainsi à avoir une connaissance biaisée et simpliste des enjeux abordés. C’est encore plus dommageable quand on s’intéresse au XVe siècle, « temps de l’invention du monde ». L’ambition de cette Histoire du monde au XVe siècle est donc d’insister sur la complexité et la diversité de ce monde, et expliquer la dynamique qui a conduit, entre autres, aux Grandes Découvertes. Il nous emmène bien au-delà de l’Europe, et dépasse les termes même de « Moyen Age » ou « Renaissance », si ethno centrés. L’ouvrage se situe ainsi dans « les perspectives nouvelles d’une histoire globale », sans oublier les différences et les originalités de chaque espace, en abordant pour cela quatre dimensions : les « territoires du monde », les « temps du monde », « les écritures du monde » et les « devenirs du monde ».

Dans « Les boucles du monde : contours du XVe siècle », Patrick Boucheron préfère centrer son XVè siècle sur l’année 1453, c’est-à-dire la chute de Constantinople face aux Turcs ottomans (même si l'ouvrage remonte jusqu'à la fin du XIVe). Dans cette introduction, l’auteur pointe la diversité des situations, en les liant symboliquement par le phénomène mondial de l’éruption volcanique qui détruisit l’île de Kuwae, dans le Pacifique, en 1452, éruption qui aurait été « visible » jusqu’à la capitale byzantine par l’apparition d’un épais nuage ayant beaucoup fait parlé à l’époque (signe divin ?).

L’historien insiste surtout plus loin sur cette nécessité de « décentrer le regard » (voire une « désoccidentalisation »), même si l’ouvrage se situe bien dans une historiographie de langue française qui a depuis peu appréhendé ce que les Anglo-Saxons appellent la World History, peut-être à cause de l’héritage pas toujours facile à assumer (et aujourd’hui souvent détourné) de Fernand Braudel.

Enfin, il faut tout de même délimiter ce qu’on appelle ici « le XVe siècle », et c’est d’un côté Tamerlan qui s’impose, de l’autre Magellan, le premier symbolisant un « effroi mondial », le second plutôt la mondialisation grâce à sa découverte du détroit qui porte son nom.

L’ouvrage

Après cette introduction destinée à expliquer la démarche et les enjeux complexes de cette Histoire du monde au XVe siècle, le livre est découpé quatre grandes parties (ou dimensions).

La première se veut « un Atlas politique du XVe siècle » qui a « l’ambition de couvrir l’ensemble de la surface du monde » en traitant des « formes politiques », non pas des civilisations ou des nations ce qui, il faut le noter, tranche avec les approches habituelles. Le chapitre s’ouvre avec le « siècle turc » (un article de Julien Loiseau) et se clôt avec « l’effondrement de l’Amérique autochtone » (Carmen Bernard), mais nous voyageons aussi en Méditerranée (« La Méditerranée. Rivalités nouvelles dans les marchés de l’Ancien Monde », Dominique Valérian), en Chine avec les Ming (l’article de Jérôme Kerlouégan), en Inde (avec Sanjay Subrahmanyam et Claude Markovits), et évidemment en Europe.

La seconde partie, « Les temps du monde », est une « chronique du XVe siècle » centrée sur des événements précis et marquants de ce siècle, qu’ils soient effectivement des « tournants majeurs » ou des « reconstructions mémorielles ». Ainsi, sont abordés par exemple « Le Grand Schisme d’Occident » (Etienne Anheim), la naissance des empires aztèque et inca (Carmen Bernard), « la défaite de Tumu en Chine » (Jérôme Kerlouégan) ou l’établissement des Portugais à Hormuz (Eric Vallet).

Le troisième chapitre se veut une « librairie du XVe siècle » qui regrouperait les grands livres écrits au XVe siècle, « pas nécessairement ceux qu’on lisait le plus », mais ceux qui illustreraient aussi la diversité de ce monde qui s’ouvre. Sont ainsi traités entre autres « Les écrits du roi Zar’a Ya’eqob » (Bertrand Hirsch), « Les hymnes de Kabir et Nanak, dans l’Adi Granth, livre sacré des sikhs » (Denis Matringe), le « De Pictura de Leon Battista Alberti » (Isabelle Bouvrande), le « Livre des Exemples d’Ibn Khaldun » (Gabriel Martinez-Gros), « L’Utopie de Thomas More » (Cédric Michon) ou le « Mundus Novus d’Amerigo Vespucci » (Romain Descendre).

Enfin, cette histoire du monde se conclut par une partie qui s’interroge sur « les devenirs du monde », c’est-à-dire de quel monde le XVe siècle a-t-il été « l’atelier ». L’objectif demeure, comme dans tout l’ouvrage, de « défataliser le cours d’une histoire qui n’est pas encore l’inévitable prologue à l’occidentalisation du monde » : une autre mondialisation était possible, avant que l’Europe puisse et veuille prendre en main « les rênes de la destinée du monde ». Pour montrer cette complexité, douze contributions parmi lesquelles « De l’expansion au recentrement : la Chine et son monde » (Jérôme Kerlouégan), « La seconde islamisation du monde » (Gabriel Martinez-Gros), « Les diplomaties occidentales et le mouvement du monde » (Stéphane Péquignot), ou « Un regard cartographique » (Gilles Palsky).

L’épilogue de l’ouvrage, « Nous les barbares », se veut centré cette fois sur le point de vue de l’Europe et sur la « fragilité intérieure » de ces Européens, peut-être eux-mêmes « barbares du monde », et qui l’aurait utilisée comme instrument pour conquérir le monde.

Il ne faut pas oublier, pour terminer, l’incontournable chronologie de cette période si riche.

Un livre qui fera date

Ce court exposé de cette Histoire du monde au XVe siècle ne peut rendre hommage à la richesse incroyable de cet ouvrage. Il ne se veut « ni dictionnaire critique ni somme érudite », mais c’est peut-être justement ce qui fait sa force. Il propose un véritable voyage érudit, qui se vit sans aucun ennui ni même grande difficulté, malgré la qualité très pointue des contributions, aussi nombreuses que variées. Son but de « susciter des étonnements » et « d’éveiller des curiosités » est largement atteint, et cette somme passionnante s’avère finalement incontournable pour tout passionné d’histoire désireux de sortir des carcans habituels et de s’ouvrir au monde.

 

Histoire du monde au XVe siècle, sous la direction de P. Boucheron, Fayard, 2009, 892 p.

Lire aussi : « Les Grandes Découvertes », L’Histoire, n° 355, juillet-août 2010.

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