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Les Trente Glorieuses

Les Trente Glorieuses de Jean FourastiéL’expression « Les Trente Glorieuses » est reprise du titre de l’ouvrage écrit par Jean Fourastié et publié pour la première fois en 1979. L'auteur, faisant écho aux trois journées révolutionnaires de 1830, parle des Trente Glorieuses comme d’une « révolution invisible » marquée par trente années d’expansion économique entre 1946 et 1975. Les changements qui sont de plusieurs natures, concernent la démographie, la diversité des loisirs, la tertiarisation, les nouveaux biens d’équipement ou encore la hausse de la scolarisation et du pouvoir d’achat. Destiné aux historiens, aux économistes et au grand public, cet ouvrage vulgarisé s’appuie sur des sources variées pour mettre en lumière les progrès de cette période.


Après la Seconde Guerre mondiale, la France est affaiblie moralement et surtout économiquement. C’est avec l’aide du plan Marshall qu’elle parviendra à se relever. Il s’agit d’une aide économique de treize milliards de dollars apportée en 1947 par les Etats-Unis à seize pays pour favoriser la reconstruction d’une Europe dévastée. Le baby-boom contribuera à stimuler la consommation et la production. En trente ans, la population française a augmenté de 40 à 53 millions d’habitants et a su rattraper son retard technologique vis-à-vis des Etats-Unis. En 1975, la France s’est urbanisée et tertiarisée. Afin d’étudier cette période, Jean Fourastié qui se méfie des théories trop abstraites, a privilégié une démarche empirique basée sur la compilation statistique et l'observation historique.

Une œuvre vulgarisée

Jean Fourastié s’est spécialisé dans un genre précis d’ouvrage : l’essai économique grand public qui s’est depuis amplifié. Vivante et possédant un style « parlé », son étude se décompose en trois parties. La première, s’appuyant sur des faits, évoque sans expliquer les différents changements dans les domaines économiques et sociaux. La seconde révèle les raisons d’une telle expansion, et la troisième porte sur les conséquences et les limites de cette période à travers les exclus et les inégalités persistantes de revenus.

Pour aider le lecteur à mieux comprendre ses réflexions, il compare deux villages : Madère et Cessac qui forment en réalité un seul et même village : Douelle et qui est analysé avant et après les Trente Glorieuses. L' étude est rythmée par des sources riches et variées. L'auteur illustre ses propos par des tableaux statistiques, des extraits d’ouvrages de sociologues, d’historiens, d’hommes politiques et se base également sur des témoignages. Il évoque notamment le livre de Jean Jaurès, parlementaire socialiste, intitulé Histoire socialiste qui lui permet de connaître le salaire moyen d’un travailleur de l’ancien régime.

Par ailleurs, pour reconstituer des conversations types sur la façon dont les Français perçoivent les progrès techniques des Trente Glorieuses, Jean Fourastié s’est aidé de questionnaires remis à des élèves, de paroles d’auditeurs lors de conférences, des journaux et de la télévision. Ces progrès sont ainsi perçus comme une nécessité. Voici des exemples de conversations relatifs aux biens d’équipement : «Vous avez fait faire une salle de bain cette année ? – Il faut bien. Tout le monde en a » «Vous avez une automobile maintenant – Il faut bien on ne peut plus s’en passer. Pour aller au travail avec le train, ce n’était plus possible. »  «Vous avez le téléphone ? – Oui, c’est bien commode ; on n’écrit plus maintenant.  » «Mais tout cela coûte cher ? – Oui. On a emprunté au Crédit Agricole ».

Un recours important aux sources statistiques

L’auteur s’est servi de nombreux tableaux statistiques et de graphiques pour comparer les situations économiques et sociales de 1946 et de 1975. Sa principale source est l’I.N.S.E.E. Il s’agit de l’Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques qui remplace le Service national des statistiques en 1946 et qui va mener un grand nombre d’enquêtes et de recensements. Il considère l’I.N.S.E.E comme une source fiable et indispensable : « Nous devons donc nous contenter d’indices. Le meilleur nous paraît fourni par l ‘I.N.S.E.E. (toujours lui !)… ». Ces tableaux sont issus de la publication mensuelle Economie et Statistiques mais aussi de d’autres publications comme Données sociales, Annuaires statistiques.

Il se sert également d’études du S.E.I.S, le Service des Etudes Informatiques et Statistiques pour obtenir le nombre d’élèves et d’étudiants à plein temps de 1963 à 1975.Toutefois, il est confronté aux difficultés liées à la rareté des sources et au manque de précision de certains recensements. Les marges d'erreur peuvent atteindre jusqu'à 15%. En outre, les indices du coût de la vie calculés par la CGT et l’I.N.S.E.E ne correspondent pas.

A propos de Jean Fourastié

Notre auteur est à la fois historien et économiste, membre du commissariat au plan et diplômé de l’école libre des Sciences Politiques. A partir de la Seconde Guerre mondiale il entreprend une carrière de conseiller économique. C’est également un universitaire qui a été nommé en 1947, professeur à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris et, en 1960, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers. Il a en partie écrit ses recherches avec sa femme et sa fille. Les plus significatives sont Le Grand Espoir du XXe siècle et Les 40 000 Heures, parues respectivement en 1949 et 1965. Il est l’un des premiers à étudier cette période d’expansion avec Colin Clark, un économiste britannique auteur de The conditions of Economic Progress. Publié en 1979, l'ouvrage relatif aux Trente Glorieuses a connu un tel succès qu'il a fait l’objet de plusieurs rééditions et de nombreuses traductions. La réédition de 2004 comprend une introduction du brillant économiste Daniel Cohen.

Décédé en 1990 à Douelle, Jean Fourastié a laissé derrière lui une expression célèbre et une œuvre de qualité. Il a su prendre du recul et donner un nom à cette période de transformations économiques et sociales. Le prix Fourastié témoigne du rôle clef de l’économiste et de son succès. Un comité a été créé en son nom en 1998 par des intellectuels français et étrangers afin de promouvoir et récompenser les œuvres prolongeant celle de Jean Fourastié. Ce prix a été notamment attribué à l’historien Jacques Marseille en 2005 pour son ouvrage : La guerre des deux France : celle qui avance et qui freine publié en 2004. Ce livre prend le relais des Trente glorieuses, et analyse les trente dernières années (de 1975 à 2005) comme une période d’enrichissement et de compétitivité qui prolonge le développement de notre pays

Les Trente Glorieuses de Jean Fourastié, Hachette littérature, 2004, 288 pages, 8,40 €, disponible dans notre boutique.

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