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Les Tudors (L. Crété)

tudorLa dynastie des Tudors est l’une des plus célèbres de l’histoire de l’Angleterre, grâce principalement aux règnes d’Henri VIII et de sa fille Elisabeth Ire. C’est la période où le trône s’émancipe de l’influence du pape, en plein contexte de la Réforme, et où l’Angleterre commence son expansion outremer, se heurtant à la grande puissance de l’époque, l’Espagne. Les autres souverains de la dynastie Tudor sont moins connus, et pourtant ils méritent eux aussi notre intérêt. L’ouvrage de Liliane Crété est un bon moyen d’avoir une vision globale des Tudors et de faire connaissance.

 

Une dynastie charnière ?

Dans son introduction, Liliane Crété revient sur la réputation des Tudors, en particulier Henri VIII et Elisabeth Ire, mais elle insiste sur l’importance des autres souverains de la dynastie et sur la place de celle-ci dans l’histoire de l’Angleterre. D’abord le problème récurrent de la légitimité, avec l’accession au trône d’Henri VII suite à la Guerre des Deux-Roses, puis comment les Tudors ont fait entrer l’Angleterre dans les temps modernes, hommes d’Etat alors que les Plantagenêts étaient avant tout des soldats.

L’ouvrage, plutôt qu’une suite de biographies de ces souverains tente donc toujours de garder la cohérence d’une dynastie très héréditaire et relativement homogène dans sa pratique du pouvoir et surtout son empreinte sur l’histoire anglaise, malgré les personnalités très différentes des souverains.

L’ouvrage

Le plan choisi par Liliane Crété est donc chronologique, mais aussi thématique, et ne suit pas seulement les règnes.

Le livre s’ouvre logiquement sur l’accession au trône d’Henri VII (1485), après sa victoire sur Richard III, tout en revenant un peu dans le temps pour expliquer le contexte. Vient ensuite le récit d’un règne plutôt habile et sage (l’auteur parle d’un roi « pacifique et parcimonieux »), qui laisse un royaume dans un bon état à Henri VIII, même si le fils préféré était Arthur, mort prématurément.

De suite, le jeune Henri VIII marque de son empreinte ce qui va être un long et mouvementé règne (qui débute en 1509). Il est adoré par le peuple, le royaume est prospère, et même les observateurs étrangers sont impressionnés, quoique méfiants (dont l’Espagne, déjà, alors qu’Henri est marié à Catherine d’Aragon). Le roi d’Angleterre, bercé par les romans de chevalerie, se permet alors de lancer une opération militaire sur le continent pour aider le pape pris dans les guerres d’Italie. C’est un succès, puisque les Anglais prennent Thérouanne aux Français, et capturent même Bayard ! L’événement permet surtout à Henri VIII d’entrer dans la cour des Grands. Le jeune roi sait ensuite s’entourer de conseillers habiles, comme Thomas Wolsey, Thomas More ou Thomas Cromwell durant son règne, même s’ils connaîtront des fortunes diverses.

Si la première partie du règne d’Henri VIII est plutôt une réussite, les difficultés arrivent avec ce que Liliane Crété appelle un « orage », la Réforme luthérienne (« Une Eglise en mal de réformes »). Spécialiste du protestantisme, elle consacre un chapitre entier à l’apparition de la Réforme en Europe, puis à sa réception en Angleterre, en particulier par le roi, qui de suite se rapproche du pape Léon X et se veut défenseur de la foi. Elle évoque également l’ouvrage fondamental de More, l’Utopie.

Au chapitre suivant, « Entre guerre et paix », l’auteur s’intéresse principalement à la rivalité et aux relations complexes entre Charles Quint, François Ier et Henri VIII, qui pratique une « politique du balancier » entre les deux souverains du continent. Mais c’est dans ce contexte également que le roi d’Angleterre commence à s’impatienter de ne pas avoir de progéniture mâle avec Catherine d’Aragon. Vient alors la rencontre avec Anne Boleyn et le début des problèmes…

« La grande affaire du roi » débute en 1527. La lutte pour faire annuler son mariage, la rupture avec Wolsey puis More (et son exécution), celle avec le pape (et l’excommunication d’Henri), le mariage avec Anne,…et son exécution, etc, l’auteur fait tenir dans cet unique chapitre tout ce qui va de cette date de 1527 au mariage avec Jane Seymour en 1536 ! La partie suivante, « Pape en son royaume », est dans le même esprit, traitant de la période confirmant la rupture avec Rome, avec tant l’agitation au sein du royaume, la joie du premier fils donné par Jane Seymour gâchée par la mort de celle-ci, le mariage raté avec Anne de Clèves, et enfin la chute de Thomas Cromwell. Les chapitres sept et huit annoncent la fin chaotique du long règne d’Henri VIII, avec ses cinquième et sixième mariages et la confirmation de son protestantisme.

Le chapitre neuf, « Le nouveau Josias », aborde le court règne du seul fils d’Henri VIII, Edouard. Très jeune, il est sous la tutelle d’Edward Seymour et de John Dudley, qui doivent gérer une Angleterre qu’Henri VIII n’a pas laissé indemne (toujours divisée par les querelles religieuses), et des tensions graves avec l’Ecosse. Le roi défunt, dans son testament, a ensuite désigné Marie, puis Elisabeth comme ses héritières. Mais Edouard VI malade, les protestants font pression sur lui pour qu’il déshérite ses demi-sœurs et leur préfère Jane Grey. Pourtant, à la mort d’Edouard VI, la pauvre jeune fille ne règne que quelques jours et est exécutée avec les conspirateurs. Lui succède alors « Bloody Mary », Marie Tudor, à qui Liliane Crété consacre un chapitre, l’un des plus intéressants tant est passionnante l’histoire de celle qui n’était même pas princesse (au contraire d’Elisabeth) et qui est devenue « le fléau des protestants » en rétablissant le catholicisme.

C’est au chapitre onze de l’ouvrage que débute le règne d’Elisabeth Ire. « La nouvelle Déborah » débute avec l’affaire Thomas Seymour, assez symptomatique des rapports de la reine avec les hommes (ce qui conduira à son mythe de la « reine vierge »), et se conclut sur ses rapports ambigus avec lord Dudley. Liliane Crété y aborde également les débuts du règne et les premières mesures de la reine, dont le sexe gêne beaucoup de monde, surtout après l’épisode Marie…

Le chapitre qui suit, « La reine vierge » ne traite pas spécialement des rapports d’Elisabeth avec les hommes et du problème de la succession, mais plus des événements marquants de la première partie du règne : l’hésitation à aider les protestants du continent, le problème Marie Stuart et la gestion par la reine des affaires religieuses avec la promulgation des Trente-Neuf Articles en 1563. Le chapitre treize, quant à lui, est concentré sur la pratique du pouvoir par Elisabeth, entourée d’une cour et de favoris qu’elle sait gérer. C’est aussi pour l’auteur l’occasion d’évoquer le rayonnement culturel et intellectuel de la période élisabéthaine.

Les trois chapitres suivants, « Les grandes manœuvres », « Diminuer l’Espagnol » et « Guerre ouverte » décrivent la deuxième partie du règne, plus sombre et difficile, entre complots internes (exécution de Marie Stuart) et tensions internationales, en particulier avec l’Espagne. Elisabeth se révèle plus colérique et indécise, plus seule aussi malgré de nouveaux projets de mariage. Heureusement, c’est aussi le temps de l’expansion maritime, des exploits de Drake, de la victoire sur l’Invincible Armada (1588).

Liliane Crété fait de cette victoire le dernier tournant du règne d’Elisabeth, puisqu’elle termine son ouvrage par deux chapitres, dont « Le second règne d’Elisabeth ». C’est le temps d’Essex qui, malheureusement pour la reine (et surtout pour lui !), finit par la trahir. Et celui des tensions fortes avec l’Irlande. La fin du règne est aussi la fin de la dynastie.

Dans ce qui peut être considéré comme un épilogue, « Postérité », Liliane Crété fait le bilan de la dynastie des Tudors, la mettant en perspective avec la dynastie suivante, celle des Stuarts, moins en réussite. Pour expliquer la popularité des Tudors, elle invoque donc cette déception vis-à-vis des Stuarts, en particulier dans la littérature (Shakespeare en tête), mais aussi la personnalité exceptionnelle de ces monarques appréciés de leur peuple, y compris de leur vivant. Un peuple anglais que Liliane Crété intègre dans l’aura de l’Angleterre des Tudors.

Notre avis

L’ouvrage se lit d’une traite, comme un bon roman, et est en cela très agréable. On doit également saluer une chronologie utile, et surtout une bibliographie qui permet d’aller plus loin. Car Les Tudors doit sans doute se voir surtout comme une bonne introduction à l’histoire de cette dynastie, un moyen de faire connaissance avant de s’intéresser plus profondément à ces rois et reines qui bénéficient d’une abondante littérature. En effet, l’ouvrage est parfois curieusement découpé, et son format relativement court l’oblige à passer très vite sur nombre de sujets fondamentaux mais complexes. Les Tudors a toutefois un grand mérite : il ne tombe pas dans le « soap », au contraire de la série télévisée du même nom…

L’auteur, Liliane Crété, est docteur en civilisation et littérature anglo-américaines, spécialiste du protestantisme à l’époque moderne. Elle a publié entre autres Coligny (Fayard, 1985) et Les sorcières de Salem (Julliard, 1995).

- L. Crété, Les Tudors, Flammarion (coll Au fil de l’histoire), 2010, 291 p.

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