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Moines et Guerriers. Les ordres religieux-militaires au Moyen Âge

moines_guerriersL’origine du livre, Moines et Guerriers. Les ordres religieux-militaires au Moyen Âge, provient, lors de son entreprise, de l’absence de synthèse en français sur ces ordres nés en Terre sainte lors des croisades. Alain Demurger a cherché à apporter une vue d’ensemble de leur histoire, de leur organisation et de leur vie entourées de légendes de toute sorte en particulier dès que l’on évoque les Templiers. Il nous livre ainsi un ouvrage de référence pour découvrir cette forme nouvelle et originale que sont les ordres religieux-militaires du XIe au XVIe siècle.

 

Présentation

Le présent ouvrage est une réédition initialement publiée sous le titre Chevaliers du Christ. Les ordres religieux-militaires au Moyen Âge aux Éditions du Seuil en 2002. Il se compose de trois grandes parties. La première s’intéresse à la naissance et la montée en puissance ces ordres, du XIe au XIIIe siècle. La seconde partie se consacre à l’institution en elle-même tout en pointant cette originalité dans la chrétienté médiévale d’une nouvelle forme de vie religieuse. Enfin, une troisième et dernière partie aborde la fin de ces ordres et leurs diverses destinés entre déclin, crise et adaptation du XIVe au XVIe siècle.

Montée en puissance – XIe-XIIIe siècle

Si le premier ordre militaire est celui du Temple, fondée en Terre sainte en 1120 mais légitimé par la papauté seulement en 1129 au concile de Troyes, c’est bien avant dans l’Occident chrétien qu’il faut chercher l’origine des ordres religieux-militaires. Alain Demurger aborde ainsi leur question avant même leur création en cherchant leurs racines. Et ces dernières peuvent apparaître plus ou moins lointaines. Tout au long de son ouvrage, il démontre et rappelle que ces ordres sont « une expérience nouvelle et originale » s’inscrivant dans l’évolution de la société occidentale de l’an mil et donnant lieu à la réunion de deux des trois « ordres » de cette société médiévale définis par Adalbéron de Laon, soit la réunion de ceux qui prient et de ceux qui combattent. L’auteur s’attache également tout particulièrement à l’étymologie des termes employés, différenciant la croisade de la guerre sainte par exemple. Il revient ainsi avant tout sur le contexte occidental aboutissant aux croisades.

Il peut ainsi enchaîner par une présentation des différents ordres religieux-militaires, dont le berceau se situe en Terre sainte. Nous pensons tout naturellement à l’ordre du Temple ou à celui de l’Hôpital mais il a existé de nombreux autres ordres de ce type comme celui de saint Lazare, recueillant et soignant les lépreux. Alain Demurger insiste à chaque fois sur la militarisation de ces ordres qui au départ, ont une vocation bien éloignée de celle guerrière. Il s’agissait d’aider les pèlerins, également sur le plan liturgique et charitable. Toutefois, le Temple, en se chargeant de leur défense et ainsi en devenant un ordre religieux combattant amène une nouveauté totale dans les institutions chrétiennes, une nouveauté qui va se répandre au delà de la Terre sainte.

Cette nouveauté se répand notamment en Espagne où se déroule la Reconquista et qui voit naître des ordres militaires spécifiques souvent affiliés aux cisterciens comme l’ordre de Calatrava mais pas toujours, comme l’ordre de Santiago. Le Temple et l’Hôpital sont également présents et n’œuvrent pas exclusivement en Palestine. Enfin n’oublions pas que ces nouveaux ordres agissent en Baltique avec la « croisade missionnaire ».

Une institution originale de la chrétienté médiévale

Dans un deuxième temps, Alain Demurger aborde toutes les questions institutionnelles relatives à ces ordres tant religieux que militaires à commencer par leur règle. Tout comme le premier mot du titre le l’ouvrage l’indique, leurs membres doivent prononcer des vœux comme pour entrer dans tout ordre religieux, des vœux de pauvreté, de chasteté et de charité. Ces chevaliers du Christ, ces milites christi suivent ainsi soit la règle de saint Benoit qui prévaut par exemple chez les moines cisterciens, ou la règle de saint Augustin des chanoines vivant a contrario au contact des fidèles. Pour autant, quel que soit le cas, des adaptations s’avèrent nécessaire en raison du statut militaire de ces nouveaux ordres. Le présent ouvrage brasse ainsi leur évolution institutionnelle et organisationnelle, se construisant petit à petit et comportant des nuances entre différents ordres. Comment étaient-ils composés ? Quelle était leur hiérarchie ? Leurs privilèges ? Leurs coutumes ? Quelle justice leur était-elle appliquée ? Alain Demurger s’intéresse également aux hommes qui les composent. Qui étaient-ils ? Quelles étaient leurs origines, tant géographique que sociale ? Comment étaient-ils recrutés et admis ? Combien étaient-ils ? Ces questions permettent d’ailleurs à l’auteur d'en poser d'autres, comme par exemple la connaissance des règles propres à chaque ordre par leurs membres, composés majoritairement de laïcs illettrés issus de la petite et moyenne noblesse.

Le présent ouvrage dresse un vaste et complet panorama institutionnel et organisationnel de ces différents ordres religieux-militaires qui évoluent avec leurs multiples missions. Car nous l’oublions souvent, ces ordres ne sont pas seulement destinés à une pratique militaire. Seul le Temple est né, dès le départ, avec une vocation guerrière, les autres ordres comme les hospitaliers ou les teutoniques sont nés d’une vocation de charité et leur militarisation ultérieure ne signifie pas pour autant la perte de ce devoir de charitable. Au contraire, elle se renforce même dans le cas de l’ordre de l’Hôpital qui se voit plus d’une fois rappeler à l’ordre par le pape. Pensons également à la pratique médicale qui amène de nouvelles questions, notamment sur le personnel apte à administrer des soins ou encore sur le contact entre les savoirs médicaux occidentaux et orientaux et leur transmission.

Car nous l’oublions également souvent, ces ordres militaires sont autant présents sur les fronts : en Terre sainte, en Espagne ou en Baltique mais également au cœur de l’Occident chrétien médiéval. Ce qui là encore amène de nouvelles questions sur la gestion des infrastructures occidentales et leur articulation avec les zones de front, pensons par exemple à la communication ou la gestion et l’administration des diverses et multiples possessions.

Déclin, crise et adaptation ? – XIVe-XVIe siècle

Enfin, dans une troisième et dernière partie, Alain Demurger s’intéresse au devenir de ces ordres dont ceux de Terre saint qui connurent de multiples difficultés et crises survenant dès la fin du XIIIe siècle, la chute d’Acre en mai 1291 amenant un repli de ces ordres religieux-militaires sur Chypre. Nous pensons bien encore au Temple et au célèbre procès des Templiers ayant entraîné une prolifique et passionnelle littérature pas toujours très soucieuse d’exactitudes historiques. L’auteur revient sur les différentes critiques faites à ces ordres car les Templiers étaient loin d’être les seuls à être mis à l’index, amenant à l'époque l’idée d’une « fusion » entre les différents ordres pour plus d’efficacité.

Par ailleurs, il s’attache à analyser ces événements sous l’angle de l’Occident chrétien et non pas sous un angle uniquement national comme cela a été trop souvent le cas. En effet, le roi de France Philippe le Bel a souvent été mis en avant et à juste cause dans la chute de l’ordre du Temple. Pour autant, les autres royaumes occidentaux, qu’il s’agisse de celui de Jacques II d’Aragon, d’Edouard Ier d’Angleterre ou encore de Charles II d’Anjou, se sentaient également concernés par cette situation des ordres religieux-militaires. A savoir que ces derniers étaient devenus une sorte d’État dans l’État, un « ordre souverain tirant ses ressources d’autres États souverains », ce qui se vérifie plus particulièrement pour l’Hôpital et les teutoniques développant des États théocratiques à Rhodes et en Prusse.

Alain Demurger se penche ainsi sur les différents destins de ces ordres, de la suppression du Temple au rattachement à la couronne royale en Espagne ou la sécularisation en Allemagne au XVIe siècle. De différents destins mais qui reflètent cependant bien la gestation et la construction progressive d’un État moderne en Occident à la fin du Moyen Âge.

Pour conclure

Dans la lignée du renouveau de l’intérêt historique en Europe sur ce sujet, cette nouvelle édition du livre Moines et Guerriers. Les ordres religieux-militaires au Moyen Âge apporte une riche et intéressante synthèse sans pour autant ressembler à un dictionnaire ou un manuel d’histoire. En effet, au delà de sa conclusion sur l’influence du ribât musulman sur ces ordres, d’une bibliographie structurée par ordres et d’utiles annexes, Alain Demurger expose tout au long de son ouvrage l’originalité et la nouveauté de leur existence qui est avant tout une expérience spirituelle intimement liée aux pouvoirs politique et religieux.

Moines et guerriers : Les ordres religieux-militaires au Moyen Age de Alain Demurger. L'Univers Historique, 2010.

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