Rechercher dans le site
Lettre d'information

Découvrez notre lettre hebdomadaire avec toute l'actualité du site, ainsi que des éditions spéciales pour les concours que nous organisons !

S'inscrire à la lettre

Accueil Livres Essais Les condottieres, capitaines, princes et mécènes en Italie (XIIIe-XVIe siècle)

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire: nouveaux articles, programmes télé, débats ! Lettre hebdo:   |  Ajoutez ce site à vos favoris !  |  HpT sur  |  

Les condottieres, capitaines, princes et mécènes en Italie (XIIIe-XVIe siècle)

condottieresL'histoire de l'Italie apparaît en pleine lumière en général, dans l'inconscient collectif, avec ce que l'on appelle la Renaissance. Une renaissance puisque c'est ainsi que les hommes de ce temps l'ont, la plupart du temps, ressentie. Ils se sont détournés des siècles qu'ils jugeaient obscurs, barbares même, d'où l'emploie du terme gothique pour en désigner l'art. Mais les racines de cette période regardée un peu rapidement comme flamboyante et magnifique, plongent résolument dans le Moyen Âge...recommande


 

C'est déjà au XIIIe siècle que l'on voit les travaux du célèbre Giotto ou encore de Dante. Ils vivent dans une Italie où l'art, le commerce, les libertés communales se développent intensément, mais ils vivent également au début d'un âge de fer, l'âge des condottieres, qui vont écumer l'Italie jusqu'au XVIe siècle et livrer, au delà du seul fracas des armes, des images étonnantes, glorieuses, détestables, provocantes... C'est une Histoire de contrastes, voir de paradoxes que se propose donc de retracer l'ouvrage de Sophie Cassagne-Brouquet et de Bernard Doumerc, depuis les champs de batailles et les rivalités d'hommes ou de cités, jusqu'aux arts les plus raffinés dont certains condottieres furent les généreux mécènes.

Un travail d'ampleur

De nos jours les historiens s'en remettent plus volontiers aux monographies, aux études locales, à de très précises analyses permettant d'éclairer, à la faveurs de nouvelles découvertes, des thématiques anciennes. C'est un peu ce que disait il y a peu encore le regretté Yves Modéran : « Notre époque, qui est celle des grands reniements idéologiques, est aussi pour les historiens celle des révisions minutieuses et de l'introduction de la nuance en toutes choses ». Or ces approches, aussi riches et précieuses soient-elles, manquent de mise en perspective. Le temps des grandes synthèses, typique du XIXe siècle, semble quelque peu révolu, et pourtant il y a beaucoup à en apprendre. En effet cela permet également de faire le point de la recherche, de rassembler les études pour produire un véritable état des lieux. Dans l'ouvrage qui nous a été donné d'analyser, il nous semble que c'est un point fondamental. Les auteurs avouent d'ailleurs qu'il comblent ainsi un vide dans la recherche française sur cette question, au combien complexe et passionnante.

L'ouvrage est donc massif, plus de 500 pages, et nous fait plonger aux origines de l'âge des condottieres, durant le XIIIe siècle, l'époque où l'Italie est en train de finir de conquérir son indépendance de l'encombrante tutelle de l'Empire et où émergent les liberté communales, qui vont elles-même provoquer une véritable fragmentation politique, catalyseur futur d'une grande activité militaire, dans laquelle les capitaines d'aventures, les petits seigneurs désargentés, sauront tirer leur épingle du jeu. C'est à travers l'activité belliqueuse qu'ils purent faire vivre parfois une principauté et devenir des mécènes très dispendieux. On plonge donc avec délice dans cette longue et profonde étude dont les multiples bouleversements, les personnalités hautes en couleurs pourraient accoucher d'une infinité d'aventures romanesques. Imaginez un instant Francesco Sforsa, simple chef de guerre, devenu le nouveau Duc de la toute puissante Milan après la mort du dernier Visconti. Néanmoins, de cette démesure, de l'infinité des détails qui habillent cette période, l'ouvrage apparaît parfois un peu confus, complexe même, surtout quand on découvre la période. Il faut véritablement lire une centaine de pages, avoir rencontré les personnalités marquantes, fait le tour des évènements majeurs pour vraiment apprécier ce livre à sa juste valeur. Bien au delà de l'Italie, il amènera le lecteur dans les reste torturés de l'Empire byzantin avec des capitaines pittoresques et audacieux, sur les abords des Balkans, dans l'Empire maritime de Venise, assiégé par les Ottomans, ainsi qu'en France et en Espagne où émergent des pouvoirs gigantesques, près à se lancer à corps perdu dans ce mirage italien d'une richesse éblouissante où est en train de germer ce que l'on se plait à appeler la Renaissance.

Le guerre, thème central, mais thème quelque peu écarté

Si nous découvrons les appétits éclectiques des condottieres, dans le luxe, le pouvoir, la richesse, il n'en reste pas moins que la guerre, sa conduite, reste un peu en retrait dans l'ouvrage. Nous avons cherché en vain un chapitre sur la transformation de l'art de la guerre durant la période, les innovations apportés par ces chefs de guerre remarquables. On en apprend un peu, au détour d'un paragraphe, ou ici sur le récit d'une bataille ou d'un siège. Mais il nous semble qu'un point complet, à la mesure du travail accompli, n'aurait qu'augmenté sa valeur. La recherche peine encore parfois à se lancer dans une étude militaire, même classique ; sans doute la crainte de tomber dans la détesté « Histoire Bataille ». Mais comme toute les craintes un brin irrationnelles elle ne se justifie guère, surtout dans un sujet comme celui-ci. On apprend beaucoup du caractère des condottieres, on découvre leurs penchants flamboyants pour une reconnaissance ostentatoire de leur pouvoir et de leur richesse, mais le fond de leur « commerce » reste finalement un peu trop survolé. C'est vraiment le point qui, en lien avec nos sensibilités propres, nous a le plus gêné dans l'ouvrage.

Cela laisse un peu amer quand on remarque avec quelle minutie les auteurs ont décortiqué tous les aspects de la vie des condottieres. Finalement à trop rappeler qu'ils ne sont pas que des chefs de guerre et donc des militaires, on finit par tomber dans l'excès inverse, puisque cela disparaît. Dans cet ordre d'idée nous attendions avec une certaine avidité une étude du rapport du chef avec ses hommes, de sa capacité ou non à les transcender, de sa place dans la bataille, de sa conception de la valeur chevaleresque (thématique effleurée d'ailleurs)... On lit également combien l'artillerie, qui se développe avant tout en Italie à la fin du Moyen Âge, trouva dans ces chefs de guerre des penseurs capables de l'utiliser au mieux. C'est donc à notre sens le manque de cet ouvrage. Un manque qui néanmoins ne déstabilisera pas trop ceux qui n'aiment guère le fracas et combat et qui pourront aborder ce travail sans être immergé dans un seul récit de campagne de massacres et de données techniques sur l'utilisation des armes à feu dans une bataille rangée. Bien évidemment, si nous axons la critique sur cette thématique c'est parce qu'elle nous touche plus directement dans nos sensibilités et elles ne doivent pas être prises dans l'absolu.

Au delà

Ce livre s'inscrit dans une question abordé dans les concours de l'enseignement et permet donc aux étudiants de faire le point sur une partie de la question. Même si l'ouvrage est dense il n'en reste pas moins parfaitement construit et agréable à lire, en dépit de la profusion de noms propres et de faits. Il convient de se lancer dans une lecture concentré durant les 100 premières pages afin de s'habituer au contexte et ensuite cela se déguste pratiquement comme un roman où les rebondissements abondent. L'ouvrage a été écrit avec rigueur et les douze pages de la bibliographie sont là pour le soutenir. Le candidat aux concours y trouvera donc un précieux auxiliaire, un instrument de travail lui permettant encore cette année (2011-2012) intérioriser au mieux cette difficile question : Le Prince et les arts en France et en Italie, du XIVe siècle au XIIIe siècle . Les autres lecteurs verront le voile se lever sur cette complexe et relativement méconnue Italie de la Renaissance, perdue des ses divisions politique au moment où certains autres Etats européens sont en train d'émerger et de parfaire leur unité, comme la France, l'Angleterre, ou l'Espagne.

Les Condottieres. Capitaines, princes et mécènes en Italie (XIIIe-XIVe siècle), par Sophie Cassagnes-Brouquet, Bernard Doumerc. Editions Ellipses, 2011.

A lire sur le forum



Discuter de cet article sur notre Forum Histoire