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L’abdication, 21-23 Juin 1815 (J-P. Bertaud)

Abdication_1A Waterloo Napoléon a-t-il perdu une bataille ou la France ? A-t-il cédé devant les armées étrangères, la Chambre des représentants ou son propre peuple ? Napoléon a-t-il, comme l’écrit Benjamin Constant « mérité de l’espèce humaine » pour avoir sacrifié son pouvoir « plutôt que de le disputer par le massacre et la guerre civile » ? Ou n’avait-il tout simplement plus le choix ? Dans ce remarquable ouvrage Jean-Paul Bertaud nous décrypte ces trois jours où l’Empire s’écroula.

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D’une figure à l’autre

Si Napoléon est incontestablement une des figures majeures de notre Histoire, Jean-Paul Bertaud est quant à lui devenu une figure emblématique du milieu universitaire français.

Professeur émérite à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne  Jean-Paul Bertaud est un des grands spécialistes de l’histoire militaire de la Révolution et de l’Empire. Tout passionné de la période a dû se plonger dans ses ouvrages et tout étudiant sérieux ayant eu à se plonger sur la période connait cet auteur, soit pour l’avoir eu en cours, soir pour avoir eu recourt à ses travaux ou encore pour s’être plongé dans ses manuels.
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Jean-Paul Bertaud est donc une valeur sûre de l’historiographie française qui cumule une méthodologie irréprochable et un talent littéraire certain. Ainsi, si dans le prologue vous vous croyez dans un roman historique aux côtés de La Bédoyère et de ses compagnons d’infortune en route pour Paris , vous aurez tôt fait de remarquer l’incroyable travail qu’a réalisé l’auteur qui prend le soin de nous donner une traçabilité de ses recherches avec de très nombreuses notes de bas de page renvoyant aux ouvrages et aux sources archivistiques concernées : le Service Historique de la Défense, les Archives Nationales, Bibliothèque Historique de la Ville de Paris…

« Mes soldats morts, moi vaincu ! Mon empire est brisé comme verre. Est-ce le châtiment cette fois, Dieu sévère ? » Alors parmi les cris, les rumeurs, le canon, Il entendit la voix qui lui répondait : Non !

Au lendemain de Waterloo Napoléon, mais aussi Carnot son ministre de l’Intérieur pensent que tout n’est pas perdu. Il est encore possible de demander aux chambres d’accorder une éphémère dictature à Napoléon, de soulever la France contre l’envahisseur. Le retour de Napoléon est une révolution, comme celle de 1789, le mode opératoire de 1815 doit être le même que celui de 1792 quand la Patrie était déclarée en danger !

La chose ne parait pas inenvisageable, même à Davout, ministre de la Guerre. Partout dans l’Empire se sont créées des associations fédérales qui font revivre l’esprit de l’An II. Qu’ils soient bonapartistes, « patriote de 1789 » ou « terroristes de 1793 » tous s’y retrouvent dans une même haine des Bourbons et une même peur du rétablissement de la monarchie pré-révolutionnaire. Leurs discours enflammés électrisent les cœurs, poussent toutes les bonnes volontés à s’armer contre les envahisseurs ! Par leur action les départements frontaliers ont répondu comme un seul homme aux levées de l’été 1815, les plus jeunes et ceux qui n’ont pas été recrutés dans la ligne ou la Garde n’ont pas hésité à créer des corps francs ! Ceux du colonel Viriot dressent devant les royalistes un drapeau noir à tête de mort où l’on pouvait lire « La Terreur nous devance. La mort nous suit »… Mais dans cette euphorie nationaliste les cris se croisent, tantôt « Vive l’Empereur ! », tantôt « Vive la République ! », on s’en prend aux ci-devant, on veut replanter des arbres de la Liberté… Napoléon, il le sait, a là à sa disposition une arme à double tranchant qui peut le servir contre les Bourbons mais qui peut aussi faire vaciller son régime monarchique.
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Mais cette France de la Révolution, cette France de la pique levée, si elle se fait très remarquer n’en est pas pour autant la France majoritaire. La plupart des Français sont las de la guerre, las d’envoyer leurs fils se faire tuer. Que ce soit la République, l’Empire ou le Roi peu leur importe, ils préfèrent le pain à la gloire. Une frange de la population, ouvertement royaliste,  est entrée en action : la Vendée se soulève et succombe. Partout en France la presse royaliste désinforme (l’armée royale serait à Lille) et incite à soutenir les Bourbons ou du moins à être passif aux demandes de l’Empire.

Par endroits certains nobles vont jusqu’à payer de leurs deniers pour soudoyer les soldats mobilisés.  D’autres, plus commerçants que royalistes, soutiennent le Roi pour avoir la paix avec l’Angleterre gage de revenus commerciaux fructueux, que ce soit dans le vin, la soie… Ou encore la pêche à la morue… D’autres encore comme à Lille ont peur que la victoire de Napoléon repousse la frontière et les prive des lucratifs revenus de la contrebande. Des intérêts lucratifs aux convictions idéologiques la France est déchirée quant au soutient à apporter à l’Empereur face aux Bourbons.

Pour faire face à cette situation Napoléon ne dispose que d’une administration bancale, après l’épuration politique les nouveaux préfets sont parfois inexpérimentés, tout du moins ils n’ont pas encore eu le temps de connaitre leur département. Dans les bourgs, par conviction ou sous la contrainte beaucoup de maires royalistes sont restés en place. Tandis que réunis en organisations secrètes ces royalistes organisent le tyrannicide et le coup d’état, la police traque sans répit les ennemis de l’intérieur : des mouchards attablés dans les tavernes à Fouché lisant les rapports… Fouché qui dans un même temps ne croit plus à la bonne étoile de l’Empereur et n’hésite pas à fréquenter Lafayette qui retrouve toute sa fougue politique à la Chambre des représentants. C’est cette dernière qui s’approprie illégalement des pouvoirs régaliens et pousse Napoléon à l’abdication ou au coup d’état. Mais l’ennemi marchant sur Paris, les flammèches de la guerre civile menaçant d’embraser la France, permettaient-ils cette dernière option ?

Notre avis

Le travail de Jean-Paul Bertaud est remarquable ! Comme nous l’avons signalé il allie à la perfection un style littéraire entrainant une fiabilité archivistique et bibliographique à toute épreuve. L’érudition et l’expérience de l’auteur assurent à chaque instant des analyses et des propos pertinents, pas une affirmation de l’Empereur (sur sa capacité à lever une armée, sur le soutien des classes ouvrières…) n’est laissée sans une étude approfondie de sa véracité, de sa plausibilité. L’abondance des sources utilisées permet à Jean-Paul Bertaud de faire une présentation de la situation multi-spatiale (des exemples sont pris dans tous les départements de l’Empire) et multi-scalaire (du coup d’état royaliste du maréchal MacDonald aux simples insultes antinapoléoniennes d’une excitée rapportées par les espions). Complètement détaché d’une vision partisane de l’Histoire voyant l’abdication comme un simple coup de poignard dans le dos de la part des Chambres alors que Napoléon avait encore tous les moyens de vaincre, ou au contraire d’une vision téléologique de l’Histoire qui sous-entendrait que l’abdication est la suite logique et inévitable de Waterloo, Jean-Paul Bertaud nous offre aussi un modèle de travail d’historien.  Cet ouvrage est le plus complet, et le plus précis, sur ces derniers jours de l’Empire, des lendemains de Waterloo à l’embarquement à bord du « Béllérophon » pour Sainte-Hélène, île perdue au milieu de l’Atlantique qui deviendra pour la légende  le rocher de Prométhée.

 

L’abdication, 21-23 Juin 1815, par Jean-Paul Bertaud, Editions Flamarion, Septembre 2011.

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