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L'Occident musulman médiéval (collectif)

islamisationL’histoire de l’islamisation et de l’arabisation de l’Occident musulman médiéval commence dès la deuxième moitié du VIIe siècle, lorsque les premières troupes musulmanes parviennent dans une Afrique du Nord encore dominée essentiellement par Byzance. Mais la conquête du Maghreb, puis de l’Espagne wisigothique (qui devient Al Andalus), sans oublier la Sicile au IXe siècle, se fait en plusieurs étapes, avec des résistances, puis des adaptations. Il en va de même de l’islamisation et de l’arabisation de ces régions : la première prend différentes formes, dans un contexte de luttes dogmatiques au sein de l’Islam, alors que la seconde, si elle sert à diffuser l’Islam, ne fait pas totalement disparaître les cultures locales, comme celle des Berbères. Ce sont ces questions complexes qu’aborde l’ouvrage collectif, édité par Dominique Valérian aux Publications de la Sorbonne : Islamisation et arabisation de l’Occident musulman médiéval (VIIe-XIIe siècle).

 

Le séminaire « Islam médiéval d’Occident »

Le présent volume regroupe treize contributions résumant les travaux de la première année (2006-2007) du séminaire « Islam médiéval d’Occident (VIIe-XVe) », dont les recherches continuent encore aujourd’hui. Les organisateurs en sont : Cyrille Aillet (Univ. Lyon II - CIHAM), Sophie Gilotte (CNRS - CIHAM), Annliese Nef (Univ. Paris-IV), Christophe Picard (Univ. Paris 1), Dominique Valérian (Univ. Lyon II - CIHAM), Jean‐Pierre Van Staëvel (Univ. Paris IV) et Élise Voguet (CNRS-IRHT). Ces séminaires se déroulent au Colegio de España (Cité internationale universitaire de Paris, boulevard Jourdan Paris 14°).

L’objectif de ce premier tome, consacré à l’islamisation et l’arabisation de l’Occident musulman médiéval (VIIe-XIIe siècles), est de faire état des recherches les plus récentes dans ces domaines, et ainsi enrichir une historiographie encore relativement pauvre, en comparaison de l’étude des premiers siècles d’Al Andalus, ou même des premiers temps de l’Islam dans la péninsule Arabique. En effet, ce dernier champ de recherche est bien plus développé que les études sur l’Occident musulman, notamment suite à l’ouvrage Hagarism, publié en 1977 par Patricia Crone et Michael Cook. Ces derniers « remettaient en cause la possibilité même de reconstituer une histoire des origines de l’Islam à partir des sources arabes » (C. Aillet, dans l’introduction de l’ouvrage). Selon eux, le terme d’Islam « [n’avait été] formé qu’après la mort du Prophète », d’où leur choix « d’hagarisme », du nom d’Agar, servante d’Abraham et mère d’Ismaël. La vision de l’Islam par Crone et Cook est celle d’un « impérialisme culturel particulièrement intransigeant […], une civilisation destructrice des legs antiques, fossoyeur de l’Antiquité préférant la voie de l’assimilation à celle de l’intégration ». Un courant historiographique « qualifié parfois de révisionniste ». Ces débats stimulent la recherche depuis lors, à partir essentiellement de deux directions ; la première nuance « la thèse du désert textuel des VIIe-VIIIe siècles » ; la seconde s’intéresse à l’utilisation des « sources non musulmanes, mais élaborées en terre d’Islam », corpus insuffisamment exploité. Il est ainsi nécessaire d’étudier « la mise en relation entre l’Islam et les sociétés qui l’ont précédé ».

Les recherches sur l’Occident musulman médiéval veulent intégrer cette région dans ce chantier historiographique.

Islamisation et arabisation : définitions

Dans son introduction, Cyrille Aillet définit l’islamisation comme le « processus de diffusion progressive de l’Islam ». Il précise que l’historiographie arabe présente « le passage à l’islam comme un acte juridique de soumission et d’obéissance », alors que des hadiths font une distinction entre la conversion (un contrat) et l’adhésion par la foi (une révélation individuelle). Pour Al Andalus, les sources « oublient » rapidement la majorité de la population pour se focaliser sur les élites musulmanes, essentiellement concentrées dans les villes. Ce que Cyrille Aillet appelle « la question indigène » ne ressort que lors des conflits internes, notamment les révoltes de chrétiens et de convertis, à l’instar de celle d’Umar ibn Hafsûn. En ce qui concerne le Maghreb, la question berbère, puis la révolte kharidjite, sont les principales sources d’intérêt des chroniqueurs.

L’arabisation, quant à elle, est définie par l’historien comme le « processus de diffusion de la langue et de la culture arabes ». Là encore, les sources médiévales ne s’intéressent à ces sujets que par rapport au danger que l’acculturation peut faire peser sur « la caste des conquérants [qui risquent] d’être absorbés par les coutumes locales ».

Le reste de l’introduction est consacré à un bilan historiographique sur ces questions, permettant d’y intégrer les travaux de l’ouvrage, et d’en souligner la nouveauté.

Des articles de référence

Ce premier tome est divisé en quatre grandes parties thématiques.

La première, dans laquelle s’insère l’introduction de Cyrille Aillet, s’intitule « Bilans historiographiques et perspectives de recherche ». Christophe Picard y présente le contexte documentaire, les sources, dont la rareté pose question pour traiter des thèmes d’islamisation et d’arabisation, notamment dans les premiers siècles, avec la grande place prise par les sources proches du pouvoir, qui font croire à « une progression continue de l’islamisation et de l’arabisation ». Il faut donc s’ouvrir à d’autres sources. C’est un peu la même logique que celle d’Annliese Nef et Sophie Gilotte, qui font état de « l’apport de l’archéologie, de la numismatique et de la sigillographie à l’histoire de l’islamisation de l’Occident musulman ».

La seconde partie aborde « l’islamisation religieuse ». Allaoua Amara détaille les différentes étapes de l’islamisation du Maghreb central, tandis que Dominique Valérian revient sur « la permanence du christianisme au Maghreb », et sur la façon d’aborder les sources latines. Dans la même partie, Cyrille Aillet réagit aux hypothèses de Mikel de Epalza à propos de « l’islamisation et de l’évolution du peuplement chrétien en al-Andalus (VIIIe-XIIe siècle) », montrant qu’en s’opposant aux thèses continuistes de Simonet (une permanence d’un peuplement chrétien jusqu’au XIIIe siècle au moins), Mikel de Epalza « versait toutefois dans l’excès inverse » en concluant à l’extinction rapide de la minorité chrétienne. Cyrille Aillet est ici dans le prolongement de sa thèse sur les mozarabes, dont Histoire pour tous a fait un compte-rendu.

La troisième partie, « Islamisation et transformations sociales », s’ouvre avec l’article de Sonia Guttiérez Lloret consacré à « l’histoire et l’archéologie de la transition en al-Andalus : les indices matériels de l’islamisation à Tudmir ». Eduardo Manzano-Moreno s’intéresse aux toponymes en banû, revenant sur les hypothèses de Pierre Guichard, pour les nuancer. Dans l’article suivant, Maribel Fierro analyse « les généalogies de pouvoir en al-Andalus » pour montrer comment Arabes, Berbères et population autochtone les ont utilisées dans un contexte de « conflits et de tensions religieuses et ethniques ». Enfin, Elise Voguet se concentre sur les sources juridiques pour étudier « le statut foncier et fiscal de l’Ifriqiya et du Maghreb ».

La dernière partie pose la question « des formes spécifiques de l’islamisation au Maghreb », avec tout d’abord Yassir Benhima et ses « remarques sur les conditions de l’islamisation du Magrib al-Aqsa (aspects religieux et linguistiques) », article qui remonte avant l’arrivée de l’islam, rappelant la diversité religieuse de la région à cette époque. Il démontre aussi que c’est le berbère, et non l’arabe, qui a contribué à la diffusion de l’islam dans ces régions. Nelly Amri part du Riyâd al-nufus d’al-Maliki, « un modèle de diffusion de l’islam », et le moyen pour les oulémas de Kairouan de montrer aux Orientaux que l’islam maghrébin possède ses « propres modèles ». Le dernier article permet à Emmanuelle Tixier de mettre en avant l’importance du géographe al-Bakrî (mort en 1094) pour la connaissance de l’Afrique du Nord, à laquelle il consacre un important chapitre dans son ouvrage le Livre des itinéraires et des Etats.

C’est Cyrille Aillet qui donne une conclusion résumant les possibilités offertes par les nouvelles recherches (dont ces articles font état en partie) dans ce champ historiographique. Selon lui, « la question centrale […] est d’analyser la formation de l’Islam de la même manière que l’on peut approcher tout phénomène d’acculturation ou de diffusion d’une culture impériale, à l’instar de la romanisation dans l’Antiquité ».

L’avis d’Histoire pour tous

Sur un thème qui fait débat jusque dans le grand public, l’ouvrage Islamisation et arabisation de l’Occident musulman médiéval (VIIe-XIIe siècle) apporte le regard de spécialistes de ces sujets, en résumant les recherches les plus récentes. Il est donc évidemment incontournable comme objet scientifique. En revanche, son approche universitaire le réserve plutôt à un public ayant déjà certaines connaissances et notions dans ces domaines.

 

- Islamisation et arabisation de l’Occident musulman médiéval (VIIe-XIIe siècle), collectif, édité par D. Valérian dans la collection Bibliothèque historique des pays d’Islam (dirigée par Christophe Picard et Nadine Picaudou), Publications de la Sorbonne, 2011, 407 p.

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