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Jeanne d'Arc en vérité (G. Krumeich)

jeannekrumeichParmi tous les ouvrages publiés sur Jeanne d’Arc, notamment à l’occasion de l’anniversaire (supposé) de sa naissance, celui de Gerd Krumeich, Jeanne d’Arc en vérité (Tallandier), est original à plus d’un titre. D’abord parce que son auteur est contemporanéiste et pas médiéviste, ensuite –et surtout- parce qu’il est allemand. Un regard différent qui n’est cependant pas l’unique intérêt de cet ouvrage.coup-de-coeur

 

Jeanne d’Arc en vérité

Dans sa préface, Gerd Krumeich revient sur la « littérature abondante » concernant la Pucelle, et surtout sur la fascination qu’elle exerce, les dérives voire les fantasmes qu’elle provoque, et ce malgré la quantité de sources contemporaines dont nous disposons à son sujet. Il est vrai que ces sources ne parviennent pas à percer le mystère de Jeanne dans son entier, et on en arrive à devoir supporter quantité de topoï dont G. Krumeich cite quelques exemples, dont certains sont parfois repris dans des ouvrages « historiques » à grand succès (par exemple, « Jeanne avait-elle du sang royal ? »)…

L’historien refuse de rentrer dans cette logique, et reste dans une démarche scientifique : « le devoir d’une présentation historique est de reconstituer ce monde-là [celui de Jeanne et de ses contemporains, NDLR] en laissant la métaphysique de côté », même si l’on peut être charmé et ému par le personnage de Jeanne d’Arc. Ainsi, G. Krumeich promet « une étude impartiale qui compilera et relatera ce qui est établi avec le plus de certitude possible ».

L’auteur rappelle enfin que l’intérêt pour Jeanne d’Arc dépasse largement les frontières de la France, alors que son précédent ouvrage sur le sujet, Jeanne d’Arc à travers l’Histoire (Albin Michel, 1994), avait suscité quelque étonnement à l’époque en raison de la nationalité de son auteur !

L’introduction de l’ouvrage est l’occasion pour G. Krumeich de présenter « le cadre de l’action », c’est-à-dire le contexte qui a vu apparaître la Pucelle. Il n’hésite pas à remonter à Michelet, qui faisait de Jeanne et de son sacrifice la matrice de la construction nationale, pour déconstruire ce topique et, par les travaux de C. Beaune et P. Contamine, montrer que Jeanne « [s’inscrivait] pleinement dans son époque ». L’historien rappelle rapidement les origines de la Guerre de Cent ans, et surtout la situation à partir de Charles VI et les relations de ce dernier avec les Bourguignons, menant à la « guerre civile » Armagnacs/Bourguignons, dont surent profiter les Anglais. Il s’attarde également sur le traité de Troyes et sur le concept de « double monarchie », avant d’habilement faire la transition entre une situation tragique pour les partisans du futur Charles VII (notamment suite à la « journée des harengs »), et la décision du capitaine Robert de Baudricourt « d’envoyer au roi à Chinon Jeannette de Domrémy [qui] piétinait en effet depuis quelques temps aux portes du château et se disait mandatée par Dieu pour libérer la France ».

De Domrémy aux procès

Le cœur de Jeanne d’Arc en vérité est un récit classique et chronologique de l’histoire de la Pucelle. L’auteur commence à Domrémy, puis retrace à travers les chapitres tous les moments clés de l’épopée de Jeanne d’Arc : la rencontre avec le roi, la libération d’Orléans, la campagne de la Loire et la chevauchée vers Reims pour le sacre ; puis, « le déclin : de Reims à Paris », la capture de Jeanne, son procès à Rouen et, enfin, son procès de révision entre 1450 et 1456.

Comme il l’a annoncé dans sa préface, G. Krumeich s’attache uniquement aux sources, et il y revient sans cesse, tout comme au contexte qui entoure chaque événement et chaque décision et fait de Jeanne d’Arc. Mais même s’il utilise les outils d’un ouvrage universitaire (notes de bas de page comprises), l’auteur parvient à raconter l’histoire de la Pucelle comme un véritable roman, très vivant, et pour tout dire passionnant. Il trouve ainsi le parfait équilibre entre un ouvrage sérieux d’histoire et le plaisir de lire (et sans doute d’écrire), ce qui n’est pas le cas de beaucoup d’ouvrages sur le sujet, récents notamment.

Tout comme d’autres réussites, le récent Histoire et Dictionnaire de Jeanne d’Arc (R. Laffont) dirigé par P. Contamine par exemple, G. Krumeich s’intéresse également à la postérité de la Pucelle, ce qui n’est pas le moins passionnant.

« La part des mythographes »

Les deux derniers chapitres de Jeanne d’Arc en vérité sont centrés sur l’historiographie consacrée à la jeune femme, et aux différentes récupérations.

Dans « Jeanne d’Arc à travers l’histoire », G. Krumeich propose une sorte de résumé de son ouvrage du même nom, et montre comment Jeanne a été soit récupérée, soit vilipendée les siècles suivants sa mort, et ce dès l’époque moderne. Il prend pour exemples Montaigne, Jean Chapelain, Voltaire, et bien d’autres avant de rappeler le « renouveau » de la commémoration de Jeanne sous la Révolution et l’Empire puis, évidemment, les grands débats du XIXe siècle jusqu’à sa canonisation. Des éléments que l’on a pu lire ailleurs (dans le Contamine, ou dans le Boris Bové, Le temps de la guerre de Cent ans, chez Belin), mais ici parfaitement résumés, jusqu’aux films les plus récents consacrés à la Pucelle (que G. Krumeich critique d’ailleurs).

Dans l’épilogue sur les « mythographes », l’historien insiste une fois encore –et à raison- sur la tentation « des écrivains à sensation et des historiens amateurs » de remettre en cause la réalité, de ne pas se satisfaire des sources pourtant nombreuses. Les deux thèmes majeurs : « Jeanne est-elle bien morte sur le bûcher ? Etait-elle vraiment la fille de simples paysans ou bien de noble extraction, voire de sang royal » ? G. Krumeich déconstruit en quelques lignes ces deux hypothèses, et notamment la seconde, en critiquant vertement l’ouvrage de R. Senzig et M. Gay, L’Affaire Jeanne d’Arc (F. Massot, 2007), et en se désolant que la chaine Arte en ait tiré un documentaire. Quand on sait que Lorant Deutsch, qui défend des thèses proches de ces deux auteurs dans son Métronome, va lui bénéficier d’une version télévision de la part de France 5, on ne peut que se désoler avec G. Krumeich, et comme lui plutôt renvoyer à Colette Beaune et Olivier Bouzy…

L’avis d’Histoire pour tous sur Jeanne d’Arc en vérité

L’ouvrage de G. Krumeich a justement largement sa place aux côtés de ceux qu’il prend pour références. En plus des qualités déjà mentionnées plus haut, on peut saluer le petit cahier iconographique, les différentes annexes, la nécessaire chronologie et, surtout, la « bibliographie sélective et commentée ».

Parfaite synthèse des travaux récents des historiens les plus sérieux, facile et agréable à lire, Jeanne d’Arc en vérité est donc bien la parfaite « introduction » à l’histoire de Jeanne que G. Krumeich prétend (trop) modestement proposer.

- G. Krumeich, Jeanne d’Arc en vérité, Tallandier, 2012, 254 p.

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