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Courtrai, 11 juillet 1302 (X. Hélary)

courtraiParmi les grandes batailles du Moyen Âge, celle de Courtrai, ou « Bataille des Éperons d’or », n’est pas la plus célèbre. Le 11 juillet 1302, elle oppose Français et Flamands dans la plaine de Courtrai, et se termine par la défaite sans contestation de l’armée royale face aux milices flamandes. Première déroute majeure de la chevalerie française, elle est également fondamentale dans la naissance d’un sentiment national flamand. C’est tout cela que Xavier Hélary propose d’aborder dans son ouvrage Courtrai, 11 juillet 1302, publié dans la collection « L’histoire en batailles » de Tallandier.

 

L’histoire en batailles (Tallandier)

L’ouvrage de Xavier Hélary paraît dans la collection des éditions Tallandier, « L’histoire en batailles », qui propose de revenir sur des affrontements majeurs aussi variés qu’Hastings (P. Bouet) ou Pearl Harbor (H. Harter), en revisitant une histoire-bataille (trop) longtemps méprisée, par la confrontation des sources des différents camps en présence, tout en replaçant la bataille dans son contexte et en s’interrogeant sur ses conséquences et sa postérité. On va voir qu’en ce qui concerne Courtrai, c’est tout à fait approprié.

La bataille des Éperons d’or

Dans une courte introduction, X. Hélary rappelle « le récit traditionnel » de la bataille de Courtrai à partir de la chronique de Gilles Le Muisit, abbé de Saint-Martin de Tournai. Le chroniqueur du XIVe siècle insiste sur le fait que cette bataille est la défaite, voulue par Dieu, de la noblesse française (à cheval et orgueilleuse) face aux fantassins flamands (humbles).

Les Éperons d’or sont le symbole parfait de cet épisode. Ils auraient été récupérés par les Flamands sur les nombreuses dépouilles des chevaliers français après la bataille, et exposés ensuite dans l’église de Courtrai. Le symbole est tellement marquant pour les contemporains que Jean Froissart raconte qu’en 1382, le jeune Charles VI, victorieux contre les milices flamandes à Roosebeke, aurait fait piller Courtrai peu après, et ordonné de récupérer les éperons d’or et de brûler l’église !

On voit bien que la bataille est donc une date importante pour les deux parties, avec pour conséquence non seulement des querelles historiographiques, mais également l’affirmation des nationalismes, terme toujours difficile à utiliser pour ces périodes, comme on peut le voir avec les débats sur le « sentiment national » de Jeanne d’Arc.

Contexte, forces en présence et bataille

Le livre de X. Hélary suit le même plan que les autres volumes de la collection « L’histoire en batailles ». Tout d’abord, un contexte global dans « Le comté de Flandres et les Flamands », puis un resserrement autour du contexte plus spécifique à la bataille, avec « Les Matines de Bruges ». Ensuite, chaque armée (celle de Philippe le Bel, représenté par le comte d’Artois, et celle des Flamands) est présentée chacune dans un chapitre, que ce soit les principaux acteurs ou le type de troupes engagées. Enfin, les trois chapitres suivants sont consacrés à la bataille elle-même, jusqu’à la déroute française (bilan humain compris).

Systématiquement, l’historien cite les sources des deux camps, les questionne et n’hésite pas à laisser en suspens certaines interrogations (les circonstances de la mort de Robert d’Artois, par exemple). Le récit est donc à la fois rigoureux scientifiquement, et très vivant.

Mémoire et postérité de la bataille de Courtrai

Les deux derniers chapitres montrent que la bataille, pourtant moins connue que d’autres en France, a eu un véritable impact historiographique et a provoqué des débats enflammés, notamment entre Henri Pirenne et Frantz Funck-Brentano à la fin du XIXe siècle. L’enjeu peut paraître anodin, vu qu’il se concentre sur l’existence ou pas de fossés creusés par les Flamands, qui auraient empêché la chevalerie française de combattre ! Pourtant, il est fondamental pour « juger » du mérite des vainqueurs et de leur loyauté au combat. On laisse le lecteur découvrir l’issue de cette controverse entre deux grands historiens de leur temps…

Prenant ce débat pour exemple, X. Hélary en revient une nouvelle fois à s’interroger sur les sources disponibles et sur leur utilisation. Il rappelle que des chroniqueurs contemporains, y compris français comme Geoffroy de Paris (mort en 1320), ont vu dans cette bataille une défaite de la chevalerie, et en ont profité pour critiquer cette dernière. Evidemment, des chroniqueurs étrangers, anglais par exemple, se sont aussi réjouis de cette débâcle et en ont relayé le récit…

Enfin, X. Hélary évoque la postérité de la bataille de Courtrai, à travers l’anecdote de Jean Froissart citée plus haut, et plus encore par l’intérêt renouvelé que cet événement connaît avec la naissance de la Belgique en 1830. En effet, la bataille est alors vue comme « un des événements fondateurs de l’histoire nationale belge », racontée aux enfants dans les écoles, et reprise dans des tableaux, des statues ou des romans. L’historien compare le symbole de Courtrai pour les Belges à l’épopée de Jeanne d’Arc pour les Français. On pouvait aussi penser à Bouvines. Toutefois, X. Hélary souligne les limites de cette « appropriation » à travers, par exemple, l’usage du français dans le jeune pays. La conséquence est évidemment que la bataille est finalement récupérée par le nationalisme flamand.

L’avis d’Histoire pour tous

Parfaitement clair et équilibré, bénéficiant d’une bibliographie très complète, Courtrai, 11 juillet 1302 est sans doute l’un des meilleurs volumes de la collection « L’histoire en batailles ». De plus, il nous éclaire sur une bataille trop méconnue en France.

Evidemment, il est indispensable à tout passionné d’histoire militaire du Moyen Âge.

 

- X. Hélary, Courtrai, 11 juillet 1302, Tallandier, 2012, 208 p.

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