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Algérie : des événements à la guerre (S. Thénault)

algriethnaultLa guerre d’Algérie reste en France un sujet douloureux, voire polémique, où l’histoire et la mémoire peuvent parfois être amenées à s’affronter. Comme tout sujet de ce genre, cette guerre d’indépendance, vue aussi par certains historiens comme une (voire plusieurs) guerre civile, véhicule tout un tas d’idées reçues, que ce soit sur ses origines, sur le conflit lui-même ou sur ses conséquences. C’est justement à ces préjugés ou à certains clichés que s’attaque Sylvie Thénault dans son ouvrage Algérie : des « événements » à la guerre. Idées reçues sur la guerre d’indépendance algérienne (Le Cavalier Bleu).recommande


 

La collection « Idées reçues » et l’auteur

Editée par le Cavalier Bleu, la collection « Idées reçues » compte aujourd’hui plus de deux cents titres. Son ambition est « de démêler le vrai du faux dans tous les domaines : société, économie, environnement, santé, éducation, culture, sciences, etc », en s’adressant à un large public.

Sylvie Thénault est une spécialiste de la guerre d’Algérie, chargée de recherche au CNRS – Centre d’histoire sociale du XXe siècle. Ses recherches « portent sur le droit et la répression légale pendant la guerre d’indépendance algérienne ». On lui doit, entre autres, Violence ordinaire dans l’Algérie coloniale : Camps, internements, assignations à résidence (Odile Jacob, 2012).

Définir la guerre d’indépendance algérienne

Comme pour les autres livres de la collection « Idées reçues », S. Thénault commence par une définition de la guerre d’Algérie, et précise pourquoi elle lui donne le nom de « guerre d’indépendance algérienne », rappelant au passage qu’on a longtemps parlé des « événements » d’Algérie. L’historienne veut dépasser les significations politiques de « Guerre d’Algérie » et de « Guerre de libération », en « [s’affranchissant] des points de vue nationaux ». La guerre est ainsi vue par son enjeu, l’indépendance, « qu’on ait été pour ou contre ».

« Replacer la guerre dans une durée plus longue »

Dans son introduction, S. Thénault revient sur l’imposante bibliographie consacrée au sujet, et surtout aux polémiques récurrentes, qui rendent « délicat » le travail de l’historien. Elle tente de sortir de ces « débats passionnés, nourris d’enjeux politiques », pour s’inscrire dans le long terme en construisant son ouvrage de façon d’abord chronologie : origines, guerre, situation en France, et conséquences de la guerre, en France comme en Algérie.

Les origines de la guerre d’indépendance algérienne

Le premier chapitre tente d’expliquer, en répondant à des idées reçues, les origines de la guerre, et se demande par exemple si elle était attendue par les Français, au moment où elle éclate en 1954. Une réponse intermédiaire, qui montre que si les Français s’intéressant aux évolutions du mouvement nationaliste algérien ne furent pas forcément surpris, il en va autrement pour la majorité d’entre eux, qui refusaient surtout, une fois l’insurrection déclarée, « [d’admettre] une réalité difficile ». Il en sera d’ailleurs ainsi durant le reste de la guerre.

Dans le même chapitre, S. Thénault se pose aussi la question des complexités au sein même des Algériens : tous souhaitaient-ils l’indépendance ? De même, la guerre aurait-elle pu être évitée ? Enfin, l’historienne revient sur un débat qu’on entend souvent, notamment chez Daniel Lefeuvre [ NDLR : auteur, entre autres, de Pour en finir avec la repentance coloniale, chez Flammarion, 2006. Ouvrage qui a fait polémique cette année, quand le CVUH s’est étonné qu’il soit étudié comme œuvre unique par les étudiants de l’IEP Grenoble], à savoir le véritable coût de l’Algérie (et plus globalement de la colonisation) pour la France, que ce soit durant la période coloniale, ou suite à l’indépendance. On laisse découvrir sa réponse.

« Au cœur des événements »

La deuxième grande partie plonge dans la guerre, où les idées reçues sont nombreuses, évidemment. D’abord sur la nature même du conflit, les « événements » donc, vus longtemps comme « des opérations de maintien de l’ordre ». Puis, période qui charrie beaucoup de clichés et d’idées plus fausses que reçues d’ailleurs, la bataille d’Alger, « symbole de la guerre d’Algérie ». La torture n’est évidemment pas oubliée, tout comme le rôle du général De Gaulle qui aurait « donné l’indépendance à l’Algérie ». Dans le prolongement, retenons également le premier des deux chapitres sur les accords d’Evian, dont on a vu qu’ils n’avaient pas été spécialement célébrés cette année…

La guerre d’indépendance algérienne vue de France

Cette partie est peut-être la plus intéressante, car on peut presqu’affirmer que c’est celle qui concerne le plus directement un public français, les conséquences étant encore perceptibles aujourd’hui (y compris durant la période présidentielle). L’auteur aborde tous les « camps », et montre la complexité de la situation en France : les tenants de l’Algérie française (pas seulement l’OAS), les intellectuels soutenant le FLN, la situation difficile des immigrés accusés de soutenir le FLN (souvenons-nous du 17 octobre 1961), sont ainsi étudiés.

« Après la guerre »

Toute guerre a ses conséquences et son bilan, qui font toujours débat. Ici, S. Thénault revient sur les accords d’Evian, et sur l’action du FLN une fois arrivé au pouvoir : Etat autoritaire ou pas ? La violence extrême, et pas uniquement celle de la torture, semble être un marqueur permanent de cette guerre, et l’historienne montre bien que cette idée a ressurgi durant la période tout aussi violente de la guerre civile algérienne des années 1990. Enfin, le débat le plus contemporain, celui des mémoires : Français d’Algérie, harkis, appelés,…Des polémiques amenant à des réponses politiques plus polémiques encore, telle la proposition de loi du 23 février 2005 (l’article 4), finalement abandonnée. Mais S. Thénault insiste, « sous couvert de guerre des mémoires […], c’est une bataille politique qui se dévoile », que ce soit d’un côté l’antiracisme, par exemple, qui prend appui sur la mémoire du 17 octobre 1961, ou, à l’inverse, l’extrême droite, avec une « revalorisation » de l’OAS. Tous ces débats sont d’actualité et empêchent, selon l’historienne, « l’élaboration d’une politique de commémoration susceptible de panser les plaies et de solder les comptes du passé ».

L’avis d’Histoire pour tous

Cette présence encore aujourd’hui de la guerre d’Algérie dans les débats français (et le cinquantenaire de l’indépendance qui approche va accroître le phénomène) doit amener à une « vision renouvelée » de cette histoire conclut l’auteur.

Son ouvrage est ainsi une bonne introduction « pour aller plus loin » comme le propose la très pratique bibliographie que S. Thénault livre en fin d’ouvrage. Celui-ci, comme les autres de la collection « Idées reçues », est également ponctué de petits articles sur des sujets ciblés comme ceux consacrés aux hommes du contingent, aux pieds-noirs, aux harkis, à l’OAS ou au 17 octobre 1961. Billets permettant d’éclaircir de nombreux points.

Ce volume des « Idées reçues » est donc tout à fait recommandable et recommandé, spécialement en cette année de cinquantenaire de l’indépendance algérienne, où l’on risque justement d’entendre pas mal de clichés et de contre-vérités.

 

- S. Thénault, Algérie : des « événements » à la guerre. Idées reçues sur la guerre d’indépendance algérienne, Le Cavalier Bleu (coll. Idées reçues), 2012, 204 p.

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