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J’ai nom Jeanne la Pucelle. Journal d’une courte vie

Jeanne_la_Pucelle2Les 600 ans du phénomène Jeanne d’Arc sont l’occasion de nombreuses publications sur le sujet de la part d’universitaires et d’érudits parmi lesquels il est parfois difficile au néophyte de trier le bon grain de l’ivraie. Les meilleures ventes ne sont pas forcément un gage de qualité et les médias sont pollués de thèses abracadabrantesques qui n’engagent que ceux qui osent les écrire. Au milieu de ce fouillis quelques ouvrages sortent néanmoins du lot et ont réellement une place à tenir dans la bibliographie johannique. L’ouvrage d’Alain Vauge est de ceux-là.recommande

 

Journal d’une courte vie

Au loin, dans les brumes du temps, l’ombre d’une forteresse, au premier plan une silhouette en armure qui détourne la tête et dont seule la bannière permet d’identifier le mystérieux assiégeant : Jeanne d’Arc ! Image originale, mais pourquoi ne pas avoir utilisé un tableau connu du grand public comme celui de Dominique Ingres, d’Eugène Thirion ou ceux de Jules Eugène Lenepveu ? Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il s’agit là de représentations tardives et romantiques d’une Jeanne d’Arc telle que l’on se l’imaginait, telle qu’on voulait la voir, à la fin du XIXème siècle. Alain Vauge lui ne veut pas transmettre cette image de la sainte héroïne, il veut que l’image de Jeanne se dessine dans nos esprits non par l’art, mais par les sources historiques avec leurs détails et leurs lacunes, pour une Histoire démystifiée. Ces sources il s’agit bien entendu principalement des deux procès de Jeanne d’Arc, celui de condamnation (1431) et celui de réhabilitation (1456), mais il s’agit également avec plus de pincettes des diverses chroniques postérieures qui doivent être prisent en compte sans pour autant les prendre « pour parole d’Evangiles ».

La première, et principale, partie de l’ouvrage est donc consacrée à un « journal » de la vie de Jeanne d’Arc, où plutôt de « Jeanne la Pucelle » comme elle s’était elle-même nommée (de fait, de Jeannette à Jeanne la Pucelle voir Jeanne Du Lys, elle ne s’est jamais entendue appeler Jeanne d’Arc), présenté de façon biographique selon l’enchainement chronologique des événements depuis son baptême jusqu’à son exécution (le phénomène de la « fausse Jeanne » n’est pas traité). Pour faire ce récit exempt de toute interprétation paranormale Alain Vauge s’est donc appuyé constamment sur les sources premières (directement citées dans l’ouvrage) et les a confronté de manière à ne prendre pour vrai que ce que les sources semblent tenir pour vrai, pour faux ce que les sources semblent bel et bien contester, et pour vraisemblance ce que la raison nous permet de supposer sans contredire les sources. Le récit respecte donc parfaitement le matérialisme scientifique (ce qui n’est pas toujours le cas dans les ouvrages sur Jeanne d’Arc) et la confrontation des sources, il s’avère particulièrement explicatif, l’auteur prenant toujours soin de préciser le degré de certitude qu’il attribue à un fait selon les sources à sa disposition. Toutefois, on pourrait craindre qu’à trop épurer, à trop désenchanter, l’histoire de Jeanne en devienne fade, bien moins entrainante que ses hagiographies. Il n’en est rien. En effet la plume d’Alain Vauge est suffisamment habile pour rendre le récit fluide, clair et tout particulièrement agréable à lire. L’ouvrage est parfaitement structuré en une multitude de parties et sous-parties et les idées développées sont très régulièrement reprises dans de petites synthèses qui permettent au lecteur de faire le point sur ce qu’il apprit et de se l’approprier avant de reprendre son chemin aux côtés de Jeanne. Notons également que si l’auteur à volontairement banni les illustrations tardives il n’a pas pour autant privé son livre de toute une série de croquis, toujours les bienvenues pour appuyer le texte. On retrouve ainsi des cartes pour comprendre la complexité administrative de la seigneurie de Vaucouleurs et du village de Domrémy, une représentation de la coupe de cheveux de Jeanne (justement bien loin de la longue chevelure représentée par Dominique Ingres), une restitution d’elle en habit de gentilhomme ou avant son supplice, une carte de campagne…

Alain_Vauge

Dans cette partie de son œuvre Alain Vauge nous présente donc adroitement les faits, tel qu’un historien peut le faire, sans passion ni prise de parti autre que le matérialisme scientifique qui défini la discipline (à ne pas confondre avec le matérialisme historique marxiste qui nie l’influence des religions dans l’Histoire). La seconde partie va un peu plus loin, puisque l’auteur va quitter le domaine factuel pour entrer sur les terres de l’interprétation, en faisant notamment appel à d’autres disciplines comme la psychothérapie.

Pour un profil apuré et incarné

Dans cette sorte de supplément à son ouvrage Alain Vauge sort du cadre purement chronologique au profit d’une analyse plus thématique en vue de cerner le personnage Jeanne d’Arc , toujours en l’étudiant d’un œil dépassionné et en rejetant tout ce qui peut avoir trait au paranormal ou au surnaturel. Néanmoins le matérialisme scientifique et/ou l’absence de sources ne permet pas toujours d’expliquer le phénomène Jeanne d’Arc. La démarche est donc difficile, mais Alain Vauge parvient avec brio à nous faire ce portrait « apuré et incarné ». Un profil qui devient profondément humain tout en gardant une part du mystère que l’Histoire ne peut lever et qui restera certainement pour longtemps du domaine des convictions de chacun.

Nous parlons de portrait et c’est justement par cet aspect que l’auteur commence en nous dressant un portrait physique de Jeanne, loin des interprétations cinématographiques et des multiples représentations dont elle fut l’objet sur de multiples supports tant elle fut un sujet prisé par les artistes, les publicitaires et les politiques… Loin aussi des interprétations récentes qui en firent parfois une anorexique maladive. Alain Vauge nous décrit une brune bien faite, n’émerveillant pas tant par sa beauté que par sa piété, portant cette coupe au bol masculine qui ne la met pas en valeur, portant les habits de son temps (forts bien présentés par l’auteur) avec son petit chapeau. Une femme ordinaire, dans un habit de gentilhomme ordinaire. Mais c’est aussi l’occasion de parler de son caractère, émotif, vif et au final colérique. Sur ce point peut-être le cinéma a donné une interprétation assez convaincante quand on pense au rôle de Mila Jovovich. Tenter de comprendre le caractère de Jeanne amène également à une étude de son comportement, assez dual et paradoxal en vérité, toujours en balance entre la modestie et l’auto-affirmation de sa Mission, toujours vive, à la limite de l’insolence, et pourtant cherchant toujours la communion divine, dans la prière, l’eucharistie, la pureté de l’âme et du corps… Plus compliquée est la tentative d’étudier rationnellement les talents prophétiques attribués à la Pucelle, or l’auteur s’en sort à merveille avec une analyse approfondie d’une partie des prophéties, de celles qui en sont vraiment, de celles qui ne sont que des condamnations lancées par une jeune fille agacée lors de son interrogatoire, de celles qui n’ont été évoquées que par des sources tardives, de celles qui n’ont rien d’exceptionnel… Au final une voire deux prophéties sont retenues à l’honneur de la Pucelle d’Orléans, ce qui atténue le phénomène mais rend les exemples plus frappants. Bien entendu le passage que tout un chacun attends concerne la tentative d’explication rationnelle des voix et des apparitions de Jeanne d’Arc (chapitre intégralement téléchargeable à la fin de cet article). L’hypothèse que nous propose Alain
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Vauge ne fait pas de Jeanne une mythomane, ni une folle, bien qu’il considère qu’elle souffrait d’une maladie psychique se concrétisant par des bouffées délirantes aigües qui la confortèrent dans la mission qu’elle s’était donnée par un système d’échos de la pensée. Le thème est particulièrement développé par l’auteur qui étudie la nature des visions de Jeanne et les compare avec celles d’un autre individu du XIXème siècle se proclamant également envoyé de Dieu et qui aurait vu des choses similaires. Néanmoins Alain Vauge a pris grand soin d’aborder ce sujet avec des pincettes, ne se targuant pas d’apporter un diagnostic mais établissant un parallèle, offrant une comparaison, des clefs de compréhension. La théorie en elle-même est toujours contestable par les sources, notamment quand il est dit dans le procès que Charles VII entendait les voix quand Jeanne était à ses côtés. Toutefois, faute de pouvoir convaincre tout le monde, cette théorie offre à chacun un formidable sujet de réflexion, et indéniablement des nouveaux éléments à prendre en compte, souvent ignorés des biographes et qui ont très certainement un fort intérêt, tant pour celui qui recherche la vérité médicale que la vérité spirituelle.

Repères historiques

Le livre se termine sur une annexe forte intéressante qui permet au néophyte de s’immerger dans la période pour comprendre un peu mieux le contexte, l’écrin qui abrita le phénomène johannique. Alain Vauge nous présente donc très rapidement la guerre de Cent Ans, mais aussi les grands contemporains de la période qui influencèrent le paysage politique, social et artistique de l’époque. A ce titre nous ne pouvons que conseiller aux capésiens qui auront l’ouvrage entre les mains de jeter un œil à ce petit chapitre qui offre de courtes synthèses biographiques sur des artistes (les frères Limbourg, Fouquet, Jean de Gerson, Henri Bellechose, Jan van Eyck…) des compositeurs (Guillaume Dufay…) , des hommes et femmes de lettre (Christine de Pisan…) et d’autres qui par leurs commandes (Jacques Cœur… ) ou leurs travail (Johannes Gutenberg…) influencèrent fortement le monde des arts en ce début du XVème siècle. Des exemples toujours bons à relire dans le cadre de la question « Le Prince et les Art, en France et en Italie ».

 

Au final Alain Vauge nous offre un travail remarquable, précis, scientifiquement rigoureux, facile à libre et accessible à tout un chacun. Un travail sérieux, prenant la peine de différencier matériellement au sein de l’ouvrage une partie purement historique et une partie qui laisse plus libre cours à l’interprétation. Une frontière nette qui permet au lecteur de savoir ce qu’il en est et de se forger sa propre opinion sur l’épopée Johannique. Ce travail érudit pourrait servir de leçons aux amateurs qui mélangent la recherche historique et leurs fantasmes (pensons à la thèse de la substitution…), mais aussi à certains universitaires qui croient à tort que l’hermétisme est un signe extérieur du sérieux de leurs recherches. Pour parler au cinéphile vous retrouverez à la lecture d’Alain Vauge le rapport aux sources narratives d’un Bresson avec l’enthousiasme d’un Besson. Quoique qu’Alain Vauge n’ait pas besoin de magnifier l’image de Jeanne au détriment de l’exactitude historique, c’est ce qui fait la supériorité de l’écrit sur le cinéma. Un livre à avoir donc, dans toute bonne bibliothèque d’amateur de l’Histoire de France.

 

Vauge Alain, « J’ai nom Jeanne la Pucelle. Journal d’une courte vie », Edition Bénévent, 2012.

Pour aller plus loin

- Avec Alain Vauge suivez Jeanne d’Arc au jour le jour du 29 avril au 8 mai 1429 / 2012.

- En exclusivité HPT téléchargez le chapitre « Voix et apparition ».

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