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Des guerres et des hommes. Idées reçues

guerresethomesLa guerre fascine et révulse à la fois. Elle est un élément incontournable de l’histoire, même si l’étude de la guerre a connu quelques hauts et bas historiographiques, notamment autour de l’histoire-bataille. La guerre en histoire, c’est autant la politique, la stratégie, les batailles que l’expérience du combattant, ou du civil qui subit les conséquences des conflits. L’ouvrage de M. de Fritsch et O. Hubac, Des guerres et des hommes. Idées reçues sur 25 siècles de conflits (Le Cavalier Bleu), a pour ambition d’aborder ce sujet complexe par le biais des préjugés et des idées reçues.

 

La collection « Idées reçues » et les auteurs

Editée par le Cavalier Bleu, la collection « Idées reçues » compte aujourd’hui plus de deux cents titres. Son ambition est « de démêler le vrai du faux dans tous les domaines : société, économie, environnement, santé, éducation, culture, sciences, etc », en s’adressant à un large public.

Les deux auteurs sont saint-cyriens. Marc de Fritsch est colonel dans l’Armée de terre et sous-directeur à la Délégation aux Affaires stratégiques ; il a également commandé le 4e régiment d’hélicoptères des forces spéciales. Olivier Hubac, juriste, est consultant au CEIS. On lui doit par exemple, en collaboration avec M. Anquez, L’enjeu afghan. La défaite interdite (éd. A. Versaille, 2010).

Définir la guerre

Suivant le principe de la collection « Idées reçues », les auteurs commencent par définir leur (vaste) sujet, la guerre, remontant au terme franc werra, qui finit par remplacer le bellum latin à partir du XIIe siècle. Vient ensuite l’évolution du terme, qui passe de l’affrontement entre deux princes à celui entre deux (ou plus) nations, « en vue de défendre un territoire, un droit ou de les conquérir, ou de faire triompher une idée ». A cela, les auteurs ajoutent les termes qui aujourd’hui ont tendance à remplacer la guerre (trop négatif ?), tels « conflit », « crise » ou « opérations ».

La guerre, à l’image de l’humanité ?

La complexité à définir la guerre, et la diversité des approches pour l’étudier, sont évoquées dans l’introduction de l’ouvrage. Les auteurs insistent également sur des principes communs à toutes les cultures et les époques, et ils citent pour cela le maréchal Foch. Ce dernier, grand artisan de la victoire française en 1918, définissait trois grands principes : « la proportionnalité entre les buts et les moyens », « la préservation de la liberté d’action », « l’économie des forces ».

La guerre est également une « activité sociale », ce qui amène M. de Fritsch et O. Hubac à en appeler à toutes les sciences humaines. La philosophie y compris, puisque la guerre pose évidemment la question du bien et du mal. Le droit, enfin, puisque la guerre est, selon les auteurs, « un état dérogatoire qui tend cependant à être de plus en plus encadré par le droit ». Pourtant, on remarquera qu’aujourd’hui, on ne déclare plus la guerre par exemple...

Enfin, la guerre est bien sûr le terrain des passions humaines, de l’héroïsme, du courage, autant que de la lâcheté, de la cruauté ou de la perversion. Ce qui fait dire à M. de Fritsch et O. Hubac que « la guerre nous renvoie à notre humanité dans ce qu’elle a de plus noble et de plus abject ».

Idées reçues sur 25 siècles de conflits

L’ouvrage est divisé en trois grandes parties, qui ne suivent pas forcément tous les thèmes abordés dans l’introduction.

Le chapitre « La guerre et l’homme : une si vieille complicité » revient sur le topos du lien indissociable entre la guerre et l’histoire de l’humanité. L’idée reçue « La guerre existe depuis la nuit des temps » pose la question de la nature même de l’homme, et ce n’est pas un hasard si les auteurs introduisent cette partie par une citation de Gengis Khan et pas de Rousseau. D’autres points fondamentaux sont abordés dans ce chapitre, comme « Ce qu’il faudrait, c’est une bonne guerre », ou « Il existe des guerres justes », ce dernier point étant particulièrement intéressant tant la notion de « guerre juste » a évolué dans le temps.

Le second chapitre, « La guerre, une affaire facile ? », traite des moyens et des modalités de la guerre, de son « nerf » (l’argent), jusqu’à ses acteurs. Des idées reçues fameuses sont abordées ici, comme la citation de Clemenceau, « La guerre est une chose trop grave pour la confier à des militaires », pour laquelle les auteurs proposent une relecture assez éclairante, surtout venant de militaires eux-mêmes.

Le dernier chapitre, enfin, s’il s’intitule « La guerre : toujours un bel avenir ? », fait plutôt fourre-tout, même si les questions/idées reçues traitées valent pour certaines le détour. On retiendra principalement « Supprimons les armées et il n’y aura plus de guerres », « La guerre est devenue un super jeu vidéo » ou « Le pétrole est une bonne raison de faire la guerre ».

En conclusion, M. de Fritsch et O. Hubac affirment que le dénominateur commun de toutes les guerres, depuis la Préhistoire jusqu’à nos jours, est « une violence organisée visant directement l’intégrité physique de l’adversaire ». On peut, sans être des experts, se poser tout de même la question du terme « organisée » car beaucoup de conflits, en particulier des guerres civiles, ont montré des explosions de violences loin d’être organisées, même si le conflit en lui-même pouvait sembler l’être dans son ensemble, a posteriori parfois. Les auteurs insistent beaucoup sur le droit, mais peu sur les violations de ce droit (qui a certes évolué), qui sont récurrentes en matière de conflits (emploi d’armes interdites, traitement dégradant des prisonniers,…). En revanche, les spécificités des guerres contemporaines, et l’évolution vers des affrontements « par [les] armes détournées que sont l’économie ou encore les systèmes d’information et de communication », sont abordées, et auraient d’ailleurs mérité encore plus de développement.

L’avis d’Histoire pour tous

Le sujet est tellement vaste et complexe que le sentiment de relative déception est assez logique à la lecture de l’ouvrage de M. de Fritsch et O. Hubac. L’approche pas strictement historienne, mais plutôt militaire et politique, voire juridique, peut être tout autant gênante qu’originale, selon ce que l’on attend d’un tel ouvrage. La difficulté du thème traité donne une construction un peu bancale, mais les idées reçues traitées dans chaque chapitre sont pour beaucoup intéressantes. Les annexes, l’une des bonnes idées de la collection « Idées reçues », sont peu nombreuses, avec quelques cartes et un entretien entre le spécialiste Gérard Chaliand et le général Vincent Desportes. Enfin, la bibliographie est à l’image du livre, essentiellement constituée d’ouvrages de politologues et de militaires, et très peu d’historiens.

C’est donc le principal reproche que l’on fera à Des guerres et des hommes. Idées reçues sur 25 siècles de conflits : une approche qu’on aurait voulue plus historique.

 

- M. de Fritsch, O. Hubac, à Des guerres et des hommes. Idées reçues sur 25 siècles de conflits, Le Cavalier Bleu (coll. Idées reçues), 2012, 198 p.

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